dimanche 18 avril 2021
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(Illustration L'Essor)
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Covid long: une année de calvaire pour une gendarme

Il y a un peu plus d’un an, l’adjudante Anne Bermont se faisait une joie de partir en Espagne. Secrétaire au Sirpa, cette gendarme du corps de soutien s’était naturellement portée volontaire pour une mission de cinq mois dans ce pays qu’elle affectionne. Il s’agissait de participer à l’encadrement des élèves gendarmes de Tulle pendant leurs cinq mois de stage au collège militaire de la Guardia civil à Valdemoro

Mais, le 10 mars 2020, cette mission de rêve tourne au cauchemar. Après la découverte de cas de contamination dans l’école espagnole, celle-ci ferme ses portes. Les élèves français et leurs encadrants sont alors confinés. “La situation sanitaire en Espagne avait une semaine d’avance sur la France”, se souvient Anne Bermont. 

Surtout, les connaissances sur la maladie sont encore très parcellaires. “Personne ne portait de masque à l’époque. Le seul qui le faisait était un cadre espagnol dont la femme était malade mais qui était quand même présent à l’école”, se souvient Anne Bermont. Lorsque, le 13 mars, la Gendarmerie décide de rapatrier les 120 élèves et les 20 encadrants, “on s’est fait la bise pour se dire au revoir”.   

Pas de tests pour les asymptomatiques

Arrivée à Tulle, l’adjudante Bermont développe les premiers symptômes de la Covid-19 et fait un malaise. L’infirmière du détachement la place alors à l’isolement. Terrassée, elle passe ses journées clouée au lit. Il faut attendre le 17 mars, premier jour du confinement, pour qu’une équipe de l’agence régionale de santé passe effectuer des tests. La politique qui prévalait à l’époque était de ne pas tester les personnes asymptomatiques. Seules trois personnes sur les 140 du détachement le seront. Le diagnostic ne se confirme que pour Anne Bermont. 

Lire aussi: Deux gendarmes mobiles de Grasse contaminés au coronavirus Covid-19

Tout le monde est placé à l’isolement jusqu’au 3 avril. Mais à l’issue, lorsque élèves et encadrants rentrent chez eux, Anne Bermont est trop faible. “Le médecin militaire de Tulle a voulu me garder une semaine de plus car je n’étais pas en état de reprendre le volant”

Quand elle remonte sur la capitale, elle traverse le pays sur des routes désertes. La France est confinée et elle ne croise “pas un gendarme”. A l’arrivée, il faut que des amis lui montent ses cantines au deuxième étage car elle est trop faible. Il lui faudra une dizaine de jours pour se remettre des cinq heures de route. 

Elle est alors en arrêt maladie. Aux premiers symptômes de fatigue et d’essoufflement viennent s’ajouter des douleurs articulaires mais aussi des problèmes neurologiques. “Je ne pouvais pas me concentrer, même regarder la télé me demandait trop d’effort”, se souvient Anne Bermont. Elle ne sait alors pas que ces symptômes peuvent être liés à la Covid-19. Elle commence néanmoins à douter car, sur les réseaux sociaux, elle  réalise que “beaucoup de personnes avaient les mêmes symptômes”

Des amis lui font des courses de temps à autre car elle gravit toujours ses deux étages au prix d’un épuisement et d’un essoufflement qui l’inquiètent. L’immeuble est vide: qui la trouvera si elle s’effondre? Pendant ce temps, les douleurs articulaires passent puis reviennent plus fortes. “Après trois semaines, le Dafalgan codéiné ne me faisait plus d’effet. Le médecin militaire m’a dit qu’il ne savait pas quoi faire”

Un jour, son coeur s’emballe, elle  ressent une oppression au niveau du thorax et le Samu la conduit à l’hôpital militaire de Percy. “Quand ils sont su que j’étais militaire. Ils m’ont examiné de la tête aux pieds. Ils ont découvert certaines anomalies, pas graves, au niveau du coeur et ne savaient pas si elles étaient dues au Covid ou pas”. Anne Bermont doute néanmoins car, 18 mois plus tôt, elle avait effectué un électrocardiogramme qui s’était avéré parfaitement normal. 

Covid long: la maladie enfin nommée

Reste que “ce sont les premiers qui ont mis le terme de Covid long sur ce que j’avais”. On lui prescrit du Tramadol, un anti douleur plus puissant. Avec un nom sur sa pathologie, la gendarme n’est cependant guère plus avancée. “C’était un soulagement mais, comme on ne sait pas le soigner, vous restez avec vos incertitudes”, explique-t-elle.

Lorsque le premier confinement se termine, elle rejoint aussitôt sa famille dans le sud. Elle ne conduit pas mais elle met quand même à nouveau “dix jours à se remettre du trajet”.  Entourée, elle s’astreint à marcher un petit peu tous les jours et reprend quelques forces, même si “un simple effort pouvait déclencher une rechute”.

Fin septembre, après six mois d’arrêt Anne Bermont reprend le service. Difficilement, en raison, notamment, de l’arrivée du “brouillard cérébral. On vous parle, vous entendez, mais vous n’arrivez pas à retenir. Il fallait que je note tout. Dans mon cerveau, c’était comme des bulles qui explosaient”.

La pandémie lui fait franchir le pas de la reconversion

Très gênant pour le travail, cet état est heureusement intermittent et finit par s’atténuer à la mi-novembre. Anne Bermont continue, vaille que vaille, jusqu’au 22 janvier. Elle part alors en permission avant un congé de reconversion. Comme beaucoup de monde, l’épreuve de la pandémie aura été une occasion de remettre sa vie en question. Elle avait déjà envisagé de se reconvertir et décide alors de franchir le pas. Dans l’apiculture et le maraîchage, comme son père. Elle a désormais pour projet de recréer une exploitation agricole pour laquelle elle a “déjà du matériel et des terres”.

Malgré la difficulté du métier, elle pense tenir bon en allant à son rythme. Aujourd’hui, elle souffre d’acouphène et elle a toujours le souffle court. 

Pour échanger sur ses difficultés, elle passe par l’association #Après J20, qui rassemble des malades atteints de Covid long. Un soutien bienvenu en cas de baisse de moral. “Quand ça va mal, la communauté est là”, explique-t-elle.

MG

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