jeudi 4 mars 2021
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la direction de la gendarmerie s'est adaptée à la crise sanitaire. Illustration (Photo: Gnd F.Garcia/Gendarmerie)
la direction de la gendarmerie s'est adaptée à la crise sanitaire. Illustration (Photo: Gnd F.Garcia/Gendarmerie)

Comment la Direction de la Gendarmerie a piloté la crise sanitaire

La Direction des opérations et de l’emploi (DOE), cœur nucléaire de la Gendarmerie, a dû gérer au plus près, dès le début de la crise sanitaire, la vie quotidienne et les missions de 130.000 gendarmes d’active et réservistes. Une gestion “horizontale, déconcentrée et agile” à la fois, laissant une marge de manœuvre aux unités sur le terrain.

Le Directeur général de l’Arme, le général Christian Rodriguez, a pu dresser – dès le 13 mai, devant les députés  – un premier bilan de cette manœuvre d’ampleur, dont la planification et la conduite étaient assurées, au sein de la DOE, par un Centre des opérations (CDO). Un mode de fonctionnement, a fait remarquer le DG, “adopté par les armées, qui a fait ses preuves et qui a vocation a être pérennisé”.

Une organisation de travail en bordées pour répondre à la crise sanitaire

Chaque échelon (région, groupement, compagnie, brigade territoriale) a pu ainsi adapter les directives venant du CDO, “quitte à sortir du manuel”, selon l’expression du DG.

Pour la Covid-19, le CDO a monté un état-major de crise fort d’une cinquantaine d’officiers, de stagiaires de l’école de guerre et d’élèves-officiers venus de l’EOGN. Avec un commandant des opérations entouré de deux chefs d’état-major. Et des équipes qui ne se croisent pas, mesures de distanciation obligent. Une organisation de travail en bordées, comme le font depuis toujours les marins, adoptée également à tous les échelons pour éviter les contaminations.

Ainsi, pendant la période du confinement (17 mars – 10 mai), 583 gendarmes seulement ont été détectés. Pour la Covid-19, le CDO a monté un état-major de crise fort d’une cinquantaine d’officiers, de stagiaires de l’école de guerre et d’élèves-officiers venus de l’EOGN. Avec un commandant des opérations entouré de deux chefs d’état-major. Et des équipes qui ne se croisent pas, mesures de distanciation obligent. Une organisation de travail en bordées, comme le font depuis toujours les marins, adoptée également à tous les échelons pour éviter les contaminations. Une organisation du travail qui a permis d’assurer les missions de contrôle du confinement et les missions habituelles non urgentes.

Cellule “Hygie”

Cet état-major de crise a réparti les tâches en trois entités.

D’abord, un groupe de conduite opérationnelle pour décliner toutes les directives : renseignement, suivi de la crise, planification quotidienne. Ainsi, une cellule “Hygie” (du nom de la déesse grecque de la santé) pour suivre et empêcher les vols de masques, de médicaments ou d’ordonnances dans les véhicules ou les logements des soignants. Pour surveiller également la vente illégale de masques, de gel hydroalcoolique ou de chloroquine.

Sans oublier l’organisation de missions comme l’escorte routière des précieux masques débarqués de l’avion ou des ambulances, et les évacuations de malades par hélicoptère.

Par ailleurs, un groupe Anticipation de la manœuvre a été chargé de surveiller la délinquance sur les faux vaccins, les sites frauduleux, les vols dans les pharmacies. Ce groupe a également travaillé sur les scénarios de la sortie de crise sanitaire : effectifs à mettre en œuvre, troubles éventuels à l’ordre public. Enfin, un groupe d’experts devait répondre à toutes les questions que posent les unités sur des thématiques comme la sécurité au travail, la logistique, le soutien.

Plus de 120 points de contrôle routier pendant la crise sanitaire

Et, pendant toute la crise sanitaire, une  cellule  a  centralisé  les  échanges  et tenu un Journal de marche  et  des opérations (JMO). Sans compter les Retex (retours d’expérience), indispensables pour tirer rapidement les premières leçons du pilotage de la crise.

Sur le terrain, chaque groupement a mis en œuvre les directives en les adaptant à ses spécificités. Dès le 17 mars, le groupement de l’Yonne, traversé par l’A6, a déployé 7j/7 quelque 150 gendarmes pour contrôler le respect des modalités du confinement sur plus de 120 points de contrôle routier, pour s’assurer que les lieux de promenade n’étaient pas fréquentés, ou que les marchés autorisés ouvrir respectaient bien les consignes de distanciation.

Des contrôles qui ont permis de constater que, dans ce département, à l’image du reste du pays, la très grande majorité des Français respectait le confinement. Sauf ce chauffard – sans doute un dealer de drogue en pleine action  – qui a poussé des pointes à 253  km/h sur des petites routes de l’Yonne, au volant d’une très grosse cylindrée. Il aura fallu 48 heures de traque, un hélicoptère et l’aide d’une antenne GIGN pour l’arrêter  !

Le confinement, allié des gendarmes

Le confinement a donc mobilisé l’Arme, de la DG aux plus petites brigades territoriales. Il a aussi compliqué la vie des malfaiteurs, qui ont dû se confiner. Sauf, évidemment, les cyberescrocs, qui ont rivalisé d’imagination en profitant de la crise.

Mais les gendarmes ont aussi trouvé dans le confinement un allié inattendu. Ainsi, les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) en ont profité pour repérer Félicien Kabuga, 84  ans, l’un des deux derniers organisateurs du génocide rwandais. La directrice d’enquête a travaillé pendant six semaines, pratiquement tous les jours, uniquement sur ce dossier. Il a fallu notamment analyser 1 million de données téléphoniques et digitales, ainsi que des relevés bancaires, à l’aide de logiciels capables de mettre en évidence des rapprochements.

Lire aussi: Confinement, terrorisme: comment la Gendarmerie s’appuie sur ses réservistes

Félicien Kabuga se déplaçait souvent pour échapper à une traque internationale. Le confinement l’a obligé à se terrer plus longtemps dans sa dernière cache, un appartement d’Asnières, près de Paris. C’est là qu’il a été interpellé au petit matin, le 16 mai, cinq jours après la fin du confinement !

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