mardi 24 novembre 2020
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Interview de Frédéric Gallois, ancien chef du GIGN pour lequel ce qui s'est passé vendredi soir à Paris ne fut pas une surprise : c'était le "pire des scénarios".

Comment faire face aux attentats ? : le point de vue de F.Gallois, ancien patron du GIGN

Des jihadistes portant kalachnikovs et ceintures explosives, déterminés à tuer puis mourir: face à cette menace inédite en France, il faut armer les gardes à l’entrée des bâtiments sensibles et former les forces de l’ordre à intervenir plus vite, et à tirer pour tuer, estiment des experts.

Les vigiles à l’entrée du Bataclan, censés fouiller les sacs, n’avaient aucune chance face aux trois hommes armés qui se sont présentés à la porte. Ils ont fait partie des premières victimes. Et pour arrêter la tuerie qui s’est jouée à l’intérieur, les policiers d’élite du Raid et de la BRI, confrontés à des ennemis prêts à se faire sauter plutôt que de se rendre, ont donné l’assaut pour les neutraliser le plus vite possible.

“On ne pourra jamais mettre des policiers et des militaires sur tous les sites sensibles, ils sont déjà à saturation sur leur cœur de métier”, explique Frédéric Gallois, ancien chef du GIGN. “Il n’y a pas d’autre solution que de faire ce qui se fait déjà dans de nombreux pays: armer une sécurité privée contrôlée par l’Etat, qui puisse offrir au moins une certaine dissuasion face à des attaques de ce type. C’est le cas en Allemagne, aux Etats-Unis, en Suisse, en Israël, où ça se fait depuis des décennies”, dit-il.  Certes, grâce à l’effet de surprise, des agresseurs à ce point déterminés pourront éliminer n’importe quel garde posté à n’importe quelle entrée. “Mais il n’y a pas de solution miracle”, ajoute M. Gallois.

“Si vous ne leur opposez rien, ils vont rentrer comme dans du beurre. Parfois il suffit d’un homme armé, déterminé, entraîné. Il suffit d’une balle. En Israël, des gardes armés seuls ont fait avorter des attaques”. Faute de pouvoir toujours les empêcher d’entrer, il va falloir ensuite penser à entraver leur progression, à la rendre plus difficile, explique un officier d’une unité d’intervention, qui demande à ne pas être identifié.

“Tirer pour tuer”

“Il faut sécuriser les lieux, pas seulement au niveau des accès mais aussi des étages”, dit-il. “Il faut utiliser des systèmes de contrôle d’accès. Il existe des sas, des systèmes de lecture de badges, de biométrie. Au pire, retarder leur progression”. Une fois que l’assaut a eu lieu, face aux kamikazes il n’y a pour les unités qu’un choix: neutraliser la cible avant qu’elle ne puisse appuyer sur le bouton caché dans sa poche. Tirer pour tuer. “Il n’y a pas deux solutions” assure Frédéric Gallois.

“Il faut viser la tête. C’est ce que font toutes les forces d’intervention. Vous ne voulez pas tirer dans l’explosif, il faut tirer très précisément, dans la tête, de manière fulgurante”. Si, comme ce fut le cas vendredi au Bataclan, les tireurs tuent des civils dès les premières minutes, la vitesse d’intervention est primordiale. Si les unités d’élite sont proches, elles interviennent mais il va falloir aussi former tous les policiers à ne pas attendre et à réagir le plus vite possible.

Des stages ont commencé, auprès du Raid notamment, pour habituer les forces de l’ordre à faire usage de leurs armes face à de tels agresseurs. Une modification des règles de la légitime défense, par la loi, est envisagée. Des équipements supplémentaires (gilets pare-balles, viseurs lasers, armes de gros calibre) vont être distribués à partir de 2016.

“On n’a plus le temps de mettre en place un dispositif de gestion de crise classique: périmètre, renseignement, négociateur, coordination globale”, ajoute l’ancien patron du GIGN. “Il faut pouvoir faire pénétrer au plus vite un élément d’assaut très puissant, hyper-protégé, qui sera capable d’aller au contact de suite. Ça signifie peut-être engager quatre à cinq hommes qui arrivent très vite, en moto”. Pour le même officier d’une unité d’intervention, ce qui s’est passé vendredi soir à Paris ne fut pas une surprise: c’était le “pire des scénarios”.

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