jeudi , 17 juin 2021

Contrôle de la Gendarmerie dans une gare pendant l’Occupation, en présence d’un soldat allemand. (Illustration / Coll. privée Cazal)
Contrôle de la Gendarmerie dans une gare pendant l’Occupation, en présence d’un soldat allemand. (Illustration / Coll. privée Cazal)

Commander des gendarmes sous l’Occupation, la mission complexe d’un jeune lieutenant

Nicolas Nurdin, lecteur de L’Essor et étudiant à l’université de Franche-Comté, nous a adressé son mémoire de master. Un travail qui a pour sujet le commandement de la compagnie de gendarmerie du Doubs par un jeune lieutenant pendant l’Occupation. Le mémoire détaille ainsi l’organisation de la compagnie et son commandement sous le contrôle du préfet nommé par Vichy.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’échelon départemental de la Gendarmerie est alors la compagnie. L’équivalent de ce que l’on appelle de nos jours un groupement. Et les compagnies d’aujourd’hui sont à cette époque des sections. La compagnie du Doubs ainsi compte quatre sections: Baume-les-Dames, Besançon, Montbéliard et Pontarlier.

Après la défaite française de juin 1940, la France est découpée en plusieurs zones fixées selon les conditions de l’armistice. Le département du Doubs se situe dans la zone rouge, dite "zone réservée" ou "zone interdite". (Illustration: DR)
Après la défaite française de juin 1940, la France est découpée en plusieurs zones fixées selon les conditions de l’armistice. Le département du Doubs se situe dans la zone rouge, dite “zone réservée” ou “zone interdite”. (Illustration: DR)

Après l’armistice de juin 1940, la France est coupée en deux par la ligne de démarcation. Le Doubs se retrouve en “zone interdite”, dite aussi “zone réservée”, occupée par les Allemands. Le repli des unités de Gendarmerie en mai 1940 provoque une pénurie de gendarmes dans la compagnie du Doubs. De plus, les unités repliées devront attendre la fin de l’année 1941 pour traverser la ligne de démarcation et rejoindre leur affectation. La localisation de la compagnie du Doubs en “zone interdite” entrave donc le retour des personnels en raison du contrôle accru de l’occupant.

Sous l’Occupation, un jeune lieutenant prend la tête de la compagnie du Doubs

En août 1940, un jeune lieutenant Auguste Meunier, va prendre le commandement de la compagnie du Doubs. Alors qu’avant le conflit, elle regroupait 234 gendarmes (39 brigades), il ne lui en reste plus que 76. De même, elle comptait huit officiers en 1939. En octobre 1940, le lieutenant Meunier est le seul. 4 adjudants en 1939, un seul en octobre 1940. 39 maréchaux des logis-chefs en 1939, trois fois moins en octobre 1940. Les effectifs et l’encadrement de la compagnie du Doubs et de ses quatre sections sont donc réduits à une peau de chagrin.

Le lieutenant Meunier, mobilisé dans les rangs du 45e bataillon de chars de combat de la Gendarmerie de Satory, participe en mai 1940 aux très durs combats de Stonne, dans les Ardennes. Fait prisonnier, il est relâché en août. Malgré cela, il se porte alors volontaire dans le Doubs et se trouve désigné pour commander la compagnie. Un commandement qui aurait dû être assuré par un chef d’escadron!

En quelques mois, il réorganise son dispositif. Au lieu de 39 brigades, il y en a désormais 26, mais toujours avec un manque flagrant de sous-officiers pour les encadrer. Pourtant, les gendarmes ne vont pas chômer. Durant les huit premiers mois de l’année 1941, ils vont en effet dresser 11.654 procès-verbaux et procéder à 375 arrestations. Auguste Meunier, toujours lieutenant, assume sans faiblir les prérogatives de son commandement. Toujours sous le contrôle du préfet de Vichy et de l’intendant de police, un poste est créé en avril 1941 par l’Etat français.

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Obéissance à Vichy ou désobéissance avec la Résistance

Les difficultés matérielles sont grandes. Théoriquement, chaque gendarme dispose d’une arme de poing et… de neuf cartouches. Mais dans la brigade des Hôpitaux-Neufs, en juin 1942, il n’y a que cinq armes pour neuf gendarmes. Le manque de ravitaillement et de bois de chauffage se fait par ailleurs durement sentir dans certaines brigades.

Face à l’Occupation et à mesure qu’elle se prolonge, les gendarmes du Doubs vont choisir entre l’obéissance à Vichy et la collaboration pour certains, ou la Résistance pour d’autres. Les actes de résistance sont nombreux et souvent personnels. Des gendarmes facilitent ainsi le passage de clandestins et de juifs entre les zones. D’autres par ailleurs cachent des armements. D’autres encore aident les réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) à se cacher, ou bien ferment les yeux quand ils rejoignent un maquis. Enfin, certains renseignent la Résistance sur les mouvements allemands.

“La Seconde Guerre mondiale a démontré la capacité de dépassement de certains gendarmes. Ainsi, la compagnie du Doubs a manqué de chefs. Des hommes, comme le lieutenant Meunier, sans la légitimité du grade, ont tout de même assuré des responsabilités de commandement. Cela illustre tout le potentiel humain de la Gendarmerie”, écrit pour conclure Nicolas Nurdin.

En somme, les questions qui reviennent sont: Qu’est-ce qu’un bon chef? Que faut-il pour être chef? Etre chef, c’est posséder la légitimité du grade ou les aptitudes naturelles au commandement? Le bon chef est celui qui se montre capable, dans des circonstances exceptionnelles, de faire face à l’imprévu. Par son action, il sublime ainsi le collectif et permet la continuité du service. Il sert donc l’Institution et non sa gloire personnelle.”

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Repères

AVANT GUERRE
En 1939, la compagnie du Doubs compte :
• 8 officiers
• 4 adjudants
• 39 maréchaux des logis-chefs
• 234 gendarmes
HIÉRARCHIE
Avant l’Occupation, en 1939 :
• la compagnie du Doubs est commandée par un chef d’escadron;
• les sections, par un capitaine ou par un lieutenant;
• les brigades, par un adjudant-chef ou un MDL-chef.
OCTOBRE 1940
Au début de l’Occupation, les effectifs sont divisés par trois :
• 1 officier
• 1 adjudant
• 13 maréchaux des logis-chefs
• 76 gendarmes

One comment

  1. Monique THIBAULT

    mon Père était gendarme sous l’occupation. En 1943, étant accompagné de SS , il a été obligé d”arrêter une jeune juive. Malheureusement elle n’est pas revenue des camps de la mort. Mon Père m’a raconté cela alors que j’étais déjà une femme. Je pense que
    cela doit être a pire chose de sa vie. Mais il a été pardonné par le frère de cette jeune fille. En effet, peu après la libération alors qu’il était en patrouille à Noisy le Grand (93) passant devant le pavillon, il voit un soldat en uniforme de la deuxième D.B qui lui dot “ma soeur habitait là savez vous ce qui lui est arrivée. Mon Père lui a répondu ” c’est Moi qui l’ai arrêté”. Ce jeune homme a dit à mon Papa “je ne vous en veux pas, vous étiez sous la botte allemande, à part vous faire tuer que pouviez vous faire”. “Nous, nous étions en uniforme et face à l’ennemi”. . C’était un autre combat. Que tous les donneurs de leçons actuels réfléchissent, QU’AURAIENT ILS FAIT? Mon Papa était quelqu’un de merveilleux, mais Il avait sa femme et ses filles à la maison

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