jeudi 29 octobre 2020
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2014 est une année tragique pour la Police nationale qui a enregistré dans ses rangs pas moins de 55 suicides en douze mois. Ce chiffre est à rapprocher de la moyenne des trois années précédentes qui était d'une quarantaine.

La chronique du pandore

 Suicides dans les forces de l’ordre : des chiffres inquiétants

2014 est une année tragique pour la Police nationale qui a enregistré dans ses rangs pas moins de 55 suicides en douze mois. Ce chiffre est à rapprocher de la moyenne des trois années précédentes qui était d’une quarantaine.

Alors que le taux de suicide en France est de 15,8 pour 100.000 habitants, selon le rapport de l’Observatoire national du suicide, remis au ministre des Affaires sociales Marisol Touraine le 2 décembre 2014, celui qui touche la Police nationale a franchi le cap des 38,7 pour 100.000 l’année dernière, soit plus du double. Ce chiffre a en outre bondi de 10 points par rapport à 2013, ce qui en fait une des professions les plus exposée au suicide de ses agents.

En Gendarmerie, les chiffres sont en diminution depuis 2012 (22 en 2014). Ils représentent avec 23,1 pour 100.000 habitants un taux 50 % plus important que ceux de la moyenne nationale. Pourquoi une telle hécatombe, pourquoi autant de suicides ?


Bien évidemment nous pouvons attribuer certains d’entre eux à des problèmes personnels, d’autres à des conflits relationnels durant le travail. Il faut d’ailleurs à ce sujet insister sur la différence de chiffre entre Police nationale et Gendarmerie. Il est certain que la vie en caserne entraîne des inconvénients, mais elle a un avantage, celui de créer hors service des liens ou au minimum d’entretenir les contacts entre conjoints et personnels de tout grade.

On peut aussi observer qu’une personne dotée d’une arme de service passera plus souvent à l’acte qu’une autre…
Mais, dans cet article, je voudrais insister sur la troisième cause qui me parait plus structurelle et se réfère à la situation actuelle de la société : le non respect de la fonction par une couche importante de la population. 
Non respect qui se transforme souvent en menaces verbales déstabilisantes pour des policiers et gendarmes débutants qui croisent des adultes mais aussi des gamins capables des pires incivilités.

Très vite ces “bleus” comprennent que le port de l’uniforme n’est plus symbole de retenue. Que celui-ci n’est plus l’armure qui protégeait les anciens des insultes ou des faits délictueux. Il y a cinquante ans, le malfrat même s’il s’opposait aux forces de l’ordre, ne s’en prenait pas spécifiquement à eux, car il savait discerner entre travail, règlements et fonction.

Aujourd’hui ce n’est plus le cas et le ministre de l’Intérieur le reconnaît implicitement quand il explique :
”Le décalage éventuel entre les idéaux avant l’entrée en école et la prise de conscience de la réalité du terrain doit pouvoir être verbalisé, et entendu, dans le cadre d’un entretien neutre, indépendant et sans rapport avec l’évaluation de fin de scolarité.”
Oui il est essentiel de le dire : le terrain a évolué. Nous sommes passés du grand banditisme et des mafias qui avaient leurs règles à la délinquance en bandes organisées issus de gens du voyage et de clans inter cités.

Ces gens n’en ont pas simplement après le policier ou le gendarme ils en ont aussi après l’employé municipal, le conducteur de bus, le pompier ou le douanier. Ils en ont après tous les représentants de l’autorité car ils ne reconnaissent plus cette autorité.

Disons-le, ils ne reconnaissent plus l’autorité de l’Etat français. Il est vrai que celle-ci est en permanence battue en brèche, à longueur de colonnes, d’ondes et d’images vidéo dans un grand nombre de médias. Et même, souvent, à la tribune de nos assemblées parlementaires…

Et ils sont de plus en plus souvent violents; + 17% d’agressions physiques contre des gendarmes en 2013, selon l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale). Quand Bernard Cazeneuve dit : Il faut que le slogan “Merci la police” résonne en de multiples occasions, il se trompe ou il rêve.

Car, soit les gendarmes et les policiers ont à faire à une délinquance qui leur dénie le droit de les interroger voir de les arrêter, soit ils croisent des populations saines et paisibles, qui exigent plus d’arrestations et se retournent contre les fonctionnaires de gendarmerie et de police, ne pouvant comprendre que voleurs ou casseurs soient relâchés aussi vite sans passer par la case prison.

Il faut avoir aujourd’hui une sacrée force de caractère pour être policier ou gendarme !

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2 Commentaires

  1. Beaucoup de vérités dans cet article par contre le coup du “mais elle a un avantage, celui de créer hors service des liens ou au minimum d’entretenir les contacts entre conjoints et personnels de tout grade.” me fait doucement rigoler… C’est là que j’ai décroché et que je me suis demandé si l’auteur n’était pas sous l’emprise de stups…

    Pour avoir eu personnellement en 2014 à plusieurs reprises de jour comme de nuit des gendarmes au téléphone proche du passage à l’acte je sais que si cette affirmation était la réalité nous n’aurions pas autant d’amis, de camarades, de frères, de papa dans une boite en sapin aujourd’hui.

    Les suicides dans l’arme qu’ils soient en service ou non sont à prendre avec toutes les particularités qui font ce qu’est ce métier et la vie personnelle imbriquée dans sa vie professionnelle n’est certainement pas un atout c’est un facteur aggravant comme la vitesse au volant.

    C’est dommage…. Cet article est plein de bon sens mais cette “sortie” décrédibilise le tout! Le suicide en Gendarmerie c’est un tout, ce n’est pas spécifiquement professionnel ou personnel c’est la conséquence d’un mode de vie unique en France ou domaine comme l’autre peut être le déclencheur des conséquences que nous connaissons, la vie en caserne en est le catalyseur!

  2. Ne pas prendre mon commentaire précédent comme une attaque ce n’est que mon avis personnel.

    Cet article intéressant est partagé sur l’ensemble de nos supports.

    AG&C

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