L'Essor

Ce qu’attendent les gendarmes du Beauvau de la sécurité

Les membres du Conseil de la fonction militaire Gendarmerie prennent la parole le 1er février 2021, lors du lancement du Beauvau de la sécurité (Capture MinInt)

Les violences policières? Elles concernent d’abord les policiers, et les gendarmes ne veulent pas en faire les frais. En revanche, ils demandent des moyens supplémentaires pour pouvoir accomplir leurs missions.

Voici, en substance, les deux messages que les représentants des gendarmes ont fait passer au Premier ministre Jean Castex pour l’ouverture, lundi 1er février, des travaux du Beauvau de la sécurité. Rappelons que le président de la République Emmanuel Macron avait lancé cette grande concertation nationale après une série d’affaires de violences policières. 

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Pour ce premier jour de débats, policiers et gendarmes ont eu la parole pour donner leur son de cloche. Parmi eux, les représentants du Conseil de la fonction militaire Gendarmerie (CFMG), l’instance de concertation de l’Arme.

Premier à intervenir, l’adjudant-chef Erick Verfaillie a immédiatement pris ses distances avec les dérapages policiers. “Notre formation initiale, qui est empreinte de militarité, donne à nos jeunes recrues des valeurs déontologiques ainsi que des notions de responsabilité individuelles et collectives”, a ainsi lancé ce gradé en gendarmerie départementale.

“La Gendarmerie a été exemplaire”

Même son de cloche du côté de la gendarmerie mobile. L‘adjudant Frédéric Le Louette, également président de l’association professionnelle de gendarmes GendXXI, a ainsi rappelé que “la Gendarmerie a été exemplaire dans l’exercice de ses missions. Elle a démontré son expertise, sa maîtrise, dans un contexte parfois insurrectionnel, devant des groupes organisés, équipés, armés”. Le nombre d’enquêtes judiciaires ouvertes à l’encontre des forces de sécurité pour des opérations de maintien de l’ordre confirme ce propos. Ainsi, en 2019, on en dénombrait 12 pour les gendarmes, contre 389 pour les policiers. 

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Les gendarmes ont donc peur de faire les frais du Beauvau de la sécurité. Avec des réformes taillées pour la Police qui remettraient en cause un modèle qui a fait ses preuves. “Si les huit chantiers peuvent être communs aux deux forces, les réponse qui y seront apportées (..)  doivent être absolument différenciées”, a ainsi avertit le général Gaspari, secrétaire général du CFMG. “L’organisation, les modes de fonctionnement, la culture même des deux forces sont en effet très différentes”.

Ne pas détruire ce qui fonctionne bien

Surtout, la Gendarmerie a lancé sa modernisation sur un mode participatif dès 2013. Sous l’impulsion du général Favier et de sa feuille de route. “Ce Beauvau de la sécurité, monsieur le Premier ministre, ne sera pas une rupture mais bien une continuité dans la transformation de la Gendarmerie initiée il y a plus de 10 ans par la direction générale”, a ainsi rappelé l’adjudant-chef Raoul Burdet. 

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“Je tiens à préciser qu’il faudra  éviter l’écueil de détruire certains modèles qui ont fait leurs preuves dans le coeur des crises que nous venons de vivre récemment”, ajoute l’adjudant-chef Erick Verfaillie. 

Et les gendarmes avancent des exemples concrets. L’Institution “continue à payer au prix fort la décision politique de dissoudre quinze escadrons sous la RGPP”, rappelle Frédéric Le Louette. Le taux d’emploi des unités mobiles est désormais tel que l’entraînement, pourtant “indispensable au maintien opérationnel” en pâtit.  Résultat, “nous perdons en performance”, regrette le sous-officier.  

Les gendarmes attendent surtout des moyens du Beauvau de la sécurité

C’est donc sur la question des moyens que les membres du CFMG ont mis l’accent pour ce Beauvau de la sécurité. “S’améliorer et se transformer en permanence pour rendre un service optimal à la population et répondre aux crises qui se succèdent est dans l’ADN du gendarme”, note l’adjudant-chef Verfaillie. “Mais cela ne sera rendu possible que si les moyens nécessaires sont octroyés dans les années à venir”

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Au delà de l’équipement et des recrutements, cette demande concerne également leurs familles, “trop souvent hébergées dans des logements vétustes voire insalubres”, précise Frédéric Le Louette. Il liste alors les casernes “de Satory, de Roanne, de Prade et, pour la Garde républicaine pas loin d’ici, de Babylone. La Gendarmerie a besoin de casernes adaptées pour accueillir le public, elle doit aussi prendre soin de ses soldats et de leurs familles”

Matthieu Guyot

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