vendredi , 18 juin 2021

La représentation d'un cavalier de la Maréchaussée vêtu d'un "habit à la française" en 1772, exposé au Musée de la Gendarmerie. (Photo: LP/L'Essor)
La représentation d'un cavalier de la Maréchaussée vêtu d'un "habit à la française" en 1772, exposé au Musée de la Gendarmerie. (Photo: LP/L'Essor)

1720-2020 : l’uniforme des gendarmes au fil des âges

L’évolution de la tenue et de l’uniforme des gendarmes est intimement liée à celle des régimes qu’ils servent –Monarchie, Empire, République…–, et donc à l’histoire même de l’Institution. Bien qu’elles aient fait l’objet de nombreuses adaptations, avec l’ajout ou le retrait d’accessoires, on distingue cinq grandes évolutions des tenues dans l’histoire de la Gendarmerie.

1720 – Un premier uniforme : le justaucorps

Dès 1720, les hommes de la Maréchaussée revêtent un premier uniforme : le justaucorps. (Photo: F.Coune/Coll. Musée de la Gendarmerie nationale)
Dès 1720, les hommes de la Maréchaussée revêtent un premier uniforme : le justaucorps. (Photo: F.Coune/Coll. Musée de la Gendarmerie nationale)

Bien que les armées bénéficient officiellement d’uniformes depuis 1690, avec la réforme des armées par le marquis de Louvois, sous Louis XIV, leur mise en place réelle coûte cher et prend du temps. Ce n’est qu’en 1720 que la Maréchaussée, ce corps militaire de cavaliers, se voit dotée de son premier uniforme. Une création qui va de pair avec la volonté de mieux organiser le service de la Maréchaussée. Sa territorialisation se met en place avec l’apparition des premières brigades sur l’ensemble du territoire royal.

Les ancêtres des gendarmes se voient alors équipés d’un justaucorps de drap bleu avec doublure et parement rouges, les principales couleurs de la Maison de Roi. On y observe des boutons argentés et une aiguillette blanche. Les hommes de la Maréchaussée portent également une bandoulière et un ceinturon, tous deux de couleur ocre, ainsi qu’un chapeau tricorne. Ces trois accessoires portent des broderies d’argent, dont un “galon d’élite” sur le chapeau.

L’uniforme de la Maréchaussée ne cessera d’évoluer. Mais ces évolutions se font parfois uniquement au niveau de quelques détails : des boutons en plus ou en moins, des parements de manche différents, l’ajout d’éléments sur le chapeau, qui voit lui-même sa forme évoluer… L’uniforme de la Maréchaussée s’adapte également aux circonstances (cérémonies, petite tenue de sortie, tenue de ville…). Aujourd’hui encore, les gendarmes disposent d’un large panel de tenues adaptées aux missions et aux occasions.

1769 – L’habit à la française

Ce premier uniforme n’était toutefois pas des plus pratiques lorsqu’il s’agissait de combattre… En 1769, il va donc évoluer, passant du justaucorps à l’”habit à la française”, qui conserve les couleurs bleu et rouge. Avec une forme en V inversé, le nouvel uniforme est plus ajusté en haut et évasé en bas pour faciliter la montée à cheval. Il se termine avec des poches permettant de ranger des pistolets, jusqu’à présent plutôt fixés à la selle du cheval. Ces armes font d’ailleurs également l’objet d’une évolution avec une réduction de leur taille. C’est l’apparition, en 1770, des pistolets de Maréchaussée, dits de demi-arçon.

Un gendarme à pied vêtu d'un "habit à la française" en 1797. (Photo: LP/L'Essor)
Un gendarme à pied vêtu d’un “habit à la française” en 1797. (Photo: LP/L’Essor)

Quelques années plus tard, la Révolution française apporte son lot d’évolutions pour la Maréchaussée, qui prend officiellement le nom, le 16 février 1791, de Gendarmerie nationale. L’année suivante, en 1792, des unités à pied viennent s’ajouter aux unités à cheval. Si l’habit à la française est conservé, les fantassins sont équipés de souliers et de guêtres en tissu qui montent jusqu’aux genoux, tandis que les cavaliers gardent les bottes. Par-dessus leur tenue, ils revêtent, selon un système croisé, un baudrier portant le sabre et une banderole munie d’une cartouchière. Sur le chapeau devenu bicorne, toujours bordé du galon d’élite, une cocarde tricolore est apposée, parfois ornée d’un pompon rouge.

1812 – L’habit veste

Nouvelle évolution pour l’uniforme des hommes de la Gendarmerie nationale, devenue Gendarmerie impériale sous Napoléon. L’habit à la française fait place à un “habit-veste”. Le bleu, dit “bleu nuit”, est plus foncé, presque noir. Il bénéficie toujours d’une doublure rouge. Sur sa face avant, le vêtement s’arrête à la taille. Il descend à l’arrière en forme de queue-de-pie. La culotte/pantalon en chamois laisse progressivement place à un bas en drap bleu-gris, moins onéreux.

Représentation d'un gendarme départemental porteur de l'"habit veste" en 1830. (Photo: LP/L'Essor)
Représentation d’un gendarme départemental porteur de l'”habit veste” en 1830. (Photo: LP/L’Essor)

S’ensuivront une série de légères modifications de la tenue, au gré des changements de régimes tout au long du XIXe siècle. Dès 1815, époque des Restaurations, la Gendarmerie impériale devient la Gendarmerie royale. La tenue est conservée mais des détails changent, comme la cocarde tricolore chassée par une cocarde blanche, le retour des armes de France en lieu et place de l’aigle impérial sur les boutons et plaque de ceinturon. Après la révolution de 1830, la Gendarmerie royale devient la Gendarmerie des départements. Quelques années plus tard, en 1836, un habit-surtout remplace provisoirement l’habit-veste, avant que ce dernier ne revienne en force.

La Gendarmerie redevient impériale vers 1852. Le bas de drap bleu-gris est alors remplacé par un pantalon bleu nuit. La grenade orne les tenues, et les grades sont cousus sur les manches de l’habit-veste. Un premier képi arrive également à cette époque. Il ressemble alors à une casquette, plus pratique que le shako.

Lire aussi: Le Musée de la Gendarmerie prépare sa réouverture

1871 – La tunique

Un brigadier, vêtu de la tunique, entre 1895 et 1904. (Photo: LP/L'Essor)
Un brigadier, vêtu de la tunique, entre 1895 et 1904. (Photo: LP/L’Essor)

Suite à la mise en place de la Troisième République, une tunique vient remplacer l’habit-veste en 1871 pour l’ensemble des gendarmes. D’un bleu très sombre, limite noir, elle garde une doublure rouge pour les cavaliers. Plusieurs modèles de tuniques se succéderont. De neuf boutons elle passera à sept, avec également l’apparition de parements rouges au niveau des manches. Des poches l’équiperont brièvement, avant de disparaître dans sa version de 1895. Cette tunique est d’ailleurs toujours portée aujourd’hui, par les gendarmes de la Garde républicaine. Une seconde tenue l’accompagne. Semblable à une vareuse, elle est utilisée pour les activités de terrain ou salissantes.

Plusieurs coiffes équipent les gendarmes suivant leurs missions. Un chapeau bicorne, un képi associé à la petite tenue, ou encore un bonnet de police, généralement porté en intérieur ou lors des services de casernement.

Lorsque la Grande Guerre se déclenche, les gendarmes ne sont initialement pas autorisés à aller combattre. Leur présence est requise sur le territoire pour les missions de sécurité et d’ordre publics, ainsi que la police de conscription. Des gendarmes constituent néanmoins des unités prévôtales qui suivent l’armée au combat. Engagés auprès des unités combattantes, ils finiront par adopter les tenues bleu horizon et le casque Adrian, portés par les Poilus. Rien, hormis la grenade visible au col et sur les casques, ne permet de distinguer les gendarmes des autres militaires.

Au cours de la Grande Guerre, les gendarmes sont dotés du même uniforme bleu horizon que les autres militaires. Une vareuse qu'ils garderont encore quelques années après-guerre comme le montre cette représentation de 1919. (Photo: LP/L'Essor)
Au cours de la Grande Guerre, les gendarmes sont dotés du même uniforme bleu horizon que les autres militaires. Une vareuse qu’ils garderont encore quelques années après-guerre comme le montre cette représentation de 1919. (Photo: LP/L’Essor)

1921/1923 – La vareuse

En 1921, une vareuse bleu roi remplace officiellement la tunique en vigueur depuis un demi-siècle. Mais ce modèle bleu vif est vite remplacé, en 1923, par un modèle bleu nuit. Dans un premier temps, le col de la vareuse se ferme haut. Puis, en 1936, les cols s’agrandissent en reprenant le style demi-saxe. Enfin, avant la Seconde Guerre mondiale, les cols s’ouvrent. D’abord pour les officiers, puis pour tous. C’est ce modèle de vareuse que portent encore les gendarmes aujourd’hui. Parallèlement, le nombre de boutons passe de neuf à quatre.

Après-guerre, alors que les institutions se relèvent, plusieurs modèles de vareuses sont en service. Elles ne sont en effet remplacées que petit à petit. Aux alentours des années 1960, la vareuse se porte avec un képi, sur une chemise blanche et une cravate noire. Puis la chemise devient bleue elle aussi. Un modèle beige est également réservé au port estival. Par-dessus cet ensemble, un ceinturon et un baudrier portent l’arme et son étui.

Un gendarme en vareuse, dans sa version estivale en service entre 1965 et 1979. Une tenue devenue célèbre avec les aventures de Louis De Funès dans Le Gendarme de Saint-Tropez. (Photo: LP/L'Essor)
Un gendarme en vareuse, dans sa version estivale en service entre 1965 et 1979. Une tenue devenue célèbre avec les aventures de Louis De Funès dans Le Gendarme de Saint-Tropez. (Photo: LP/L’Essor)

Lire aussi: Un ex-motocycliste de la Gendarmerie à la recherche de tenues

L’uniforme des gendarmes se modernise et de diversifie

Dans les années 1980, la tenue se modernise autant qu’elle se diversifie en fonction des missions. La vareuse est mise de côté, désormais principalement réservée aux cérémonies, au profit tout d’abord d’un pull et d’une veste microporeuse pour le service courant. Enfin, au début des années 2000, apparaît la nouvelle “tenue d’intervention” que l’on connaît aujourd’hui.

Lire aussi: Uniformes des gendarmes: des tenues adaptées et empreintes d’identité

Loïc Picard,
avec l’aide précieuse du major(R) Bruno Dupuis et du Musée de la Gendarmerie.

Plus d’infos sur les uniformes de la Gendarmerie à retrouver dans votre magazine L’Essor de la Gendarmerie n°554 (juin 2021).

2 comments

  1. Très beaux uniformes, dommage qu’il n’y en ait pas plus. Où y a-t-il un musée proche de Toulouse, s’il vous plaît, merci

    • Bonjour,
      Bien que certaines casernes disposent de salles de tradition avec quelques pièces de collection exposées, la Gendarmerie n’a officiellement qu’un seul grand musée, implanté à Melun (Seine-et-Marne), à côté de l’Ecole des officiers.

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