lundi 20 août 2018
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Illustration (MG/L'Essor).

Un officier supérieur de Gendarmerie défend publiquement Hadrien Desuin, l’officier sanctionné

L’affaire Hadrien Desuin n’en finit pas de faire débat. C’est sous ce pseudonyme qu’un officier de Gendarmerie a écrit de nombreux articles et un livre sur des sujets géopolitiques, ce qui lui avait valu un blâme de son commandant de région, une sanction confirmée récemment par le Conseil d’Etat. 

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Un officier supérieur de Gendarmerie, le lieutenant-colonel David Maitrot, officier adjoint commandement au groupement du Haut-Rhin, a publié, il y a deux jours, un texte défendant le droit des militaires de participer au débat public. 

Devoir de vérité contre devoir de réserve

Bertrand Soubelet, en 2013, lors de son audition à l'assemblée nationale
Bertrand Soubelet, en 2013, lors de son audition à l’assemblée nationale

Associant “Jean-Hugues Matelly, Bertrand Soubelet, Pierre de Villiers et Hadrien Desuin”, dont il ne “partage pas forcément les analyses, les opinions ou les propositions”, David Maitrot  estime qu’ils n’ont “toujours cherché qu’à servir la France, qu’à alimenter des débats nécessaires et parfaitement légitimes, qu’à informer les citoyens pour les encourager à prendre leur citoyenneté à bras le corps en s’intéressant à des sujets majeurs pour notre destin collectif”.

Opposant le “devoir de vérité” au devoir de réserve, le lieutenant-colonel Maitrot écrit que les militaires le doivent au “seul et unique détenteur de la souveraineté, c’est à dire le peuple français”, et à “ses représentants légitimes, c’est-à-dire le Parlement”.

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Lorsqu’on lui demande s’il ne cautionne pas ainsi des comportements séditieux, l’officier supérieur répond par la négative: 

“Ce n’est pas la même chose de dire que l’on n’est pas d’accord et de refuser d’obéir. J’ai été confronté à ce cas de figure comme chef et comme subordonné et je pense que l’on exécute mieux un ordre que l’on désapprouve si on a pu en débattre et faire entendre ses objections. Cela permet au chef d’y répondre et d’en tenir compte, même s’il maintient sa décision. On sait alors qu’il décide en pleine connaissance de cause. Il ne s’agit pas de lui forcer la main : dans des situations complexes et impliquant une part d’incertitude, il n’y a pas de choix parfait, tous comportent des risques que le décideur assume”.

D’ailleurs, ajoute David Maitrot, “de tels échanges ont déjà lieu en interne, de façon informelle ou grâce à la concertation, notamment. Sur les sujets majeurs il faut qu’ils puissent aussi avoir lieu avec l’autorité politique, et en y associant nos concitoyens pour les choix qui nous engagent à long terme“. 

Membre du Conseil de la fonction militaire de la Gendarmerie, le colonel David Maitrot avait initialement publié son texte sur la liste de diffusion interne des membres de cette instance de concertation.

Parmi les titulaires du CFMG figurent des adhérents d’associations professionnelles nationales de militaires qui lui ont proposé de le relayer sur leurs sites associatifs, sous la forme d’une tribune libre, à destination du grand public, ce qu’il a accepté. Ainsi, Gendarmes et citoyens a mis en ligne les propos de cet officier qui insiste sur le fait qu’il s’exprime à titre personnel, et pas au nom du CFMG. 

Fausse sécurité

L’analyse de la situation est radicalement différente pour le président de l’association Adefdromil, Jacques Bessy, ancien gendarme et avocat. Pour lui, “le Conseil d’Etat applique sa jurisprudence” dans une affaire de “liberté d’expression individuelle” pour lequel “le principe est le devoir de réserve et de loyauté envers l’employeur pour tout agent public”.  

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Il rappelle que, “dans le privé, il existe des dispositions comparables et qu’un un salarié identifié critiquant sans retenue son entreprise ou l’équipe dirigeante peut être sanctionné”. 

“L’existence de blogs, de sites acceptant des publications sous anonymat donne une fausse sécurité aux auteurs”, avertit Jacques Bessy, rappelant que l’Adefdromil avait défendu “plusieurs militaires, dont des gendarmes, dans des affaires comparables”.

Selon lui, “face à l’Etat et aux administrations, deux voies peuvent permettre  d’avancer : l’expression collective et le dialogue social d’une part, les actions en justice  d’autre part”.

Le débat est lancé.

Matthieu Guyot.

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