vendredi 7 mai 2021
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Margot Boulet a été gravement blessée lors d'un accident de parachute durant sa formation avec le GIGN. (Crédit-photo DR)
Margot Boulet a été gravement blessée lors d'un accident de parachute durant sa formation avec le GIGN. (Crédit-photo DR)

L’incroyable destin de Margot Boulet : du GIGN aux Jeux paralympiques de Tokyo

Victime d’un grave accident de parachute lors d’un stage avec le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), Margot Boulet a su rebondir grâce à une résilience hors norme. Elle pourrait disputer les Jeux paralympiques de Tokyo l’été prochain.

Le destin de Margot Boulet se joue à peu de choses. A ces centièmes de retard qui l’empêchent de percer dans le haut niveau de natation française. A cette seconde qui lui brise le rêve de faire carrière dans le GIGN. Ou encore cette rencontre qui lui ouvre les portes des Jeux paralympiques… Pour Margot Boulet, le quotidien n’est plus le même depuis un accident de parachute en 2017. “Mais cela ne m’empêche pas de vivre des choses intenses et d’avoir une belle place”, sourit celle qui, sans hésitation répond “Oui” quand on lui demande tout simplement si elle est heureuse aujourd’hui, malgré son handicap. En réalité, la vie de Margot Boulet est une question de rebonds. D’échecs aussi qui, à la force d’un dépassement de soi quotidien, sont devenus des opportunités. Et des succès.

Une boulimique de défis

Margot Boulet, c’est surtout une boulimique de défis. Et le sort lui en a d’ailleurs déjà réservés pas mal. Avec cette impression, à chaque fois, de ramer pour revenir encore plus forte. Cette résilience, elle la puise déjà en elle dès la fin de l’adolescence. Cela commence par la natation. A la base, Margot Boulet est très à l’aise dans les bassins. Elle est même considérée comme un espoir de la natation française. “Hélas, j’ai raté le train du haut niveau pour un rien. Cela s’est joué à quelques centièmes”. Suffisant pour lui barrer les portes d’un rêve devenu inaccessible. Mais pas assez pour lui briser le moral.

D’abord au service de la Garde républicaine

Bien au contraire, cette expérience la rend encore plus forte. Sortie des bassins en 2011, Margot Boulet obtient dans la foulée sa licence de chimie. Mais elle ne conçoit pas le reste de sa vie sans action. Ce besoin d’être en permanence en mouvement est vital. Obsessionnel presque. Une question de personnalité. “J’ai besoin d’un métier dans lequel je bouge”, insiste-t-elle. Entrer dans la Gendarmerie sonne alors comme une évidence. Elle passe le concours d’entrée en 2011, se forme à l’école sous-officiers de Tulle et obtient une première affectation au 3ème escadron du régiment de cavalerie de la Garde républicaine en novembre 2012. “J’ai eu de la chance d’obtenir cette place dès la sortie de l’école. J’avais découvert l’équitation quelques années plus tôt. Avec mon tempérament, mon envie de bouger, d’être dehors, je ne me voyais que dans la Garde républicaine dans un premier temps”.

Margot Boulet a été au 3ème escadron du régiment de cavalerie de la Garde républicaine. (Crédit-photo DR)
Margot Boulet a servi au 3e escadron du régiment de cavalerie de la Garde républicaine. (Photo DR)

Devenir une femme du GIGN

Car Margot Boulet a un autre plan de carrière : le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). “Mais à l’époque, je n’ai que 22 ans. Et il faut avoir 24 ans et un passage de carrière de deux ans pour postuler aux tests”. Elle en profite alors pour se former et prendre de l’expérience lors “de détachements partout en France, sur des rallyes, en Nouvelle-Calédonie”. Et plus les missions s’enchaînent, plus son choix d’intégrer le « Groupe » se conforte. “Dès 2013, je commence sérieusement à m’entraîner physiquement. J’étais de plus en plus attirée par la force d’observation et de recherche du GIGN. Ensuite, il y avait aussi un défi personnel. Les tests d’entrée étaient les plus difficiles de la gendarmerie pour les filles. C’était un challenge, un défi contre soi-même. Peu de filles avaient réussi ces tests. Pour moi, c’était très clair, je voulais en faire partie !”.

Quelques mois après les attentats de novembre 2015, elle débute les tests d’entrée. A l’automne 2016, elle entame un pré-stage de 8 semaines avec des tests en continue. Elle n’est déjà plus que la seule fille. “Très peu de gens sont éliminés finalement car beaucoup partent d’eux-mêmes”.  De ces tests d’entrée, elle retient que “le corps humain est capable de s’adapter énormément. Sur le moment, ce n’est pas agréable, mais derrière, on est tellement riche !”. Ancienne nageuse de haut niveau et sportive accomplie, elle franchit les premières étapes. Début 2017, elle est affectée au quartier de Satory à Versailles où est basé le GIGN pour un stage de 10 mois de formation. Jusqu’ici tout se passe bien.

Accident de parachute avec le GIGN

Mais un exercice de parachutisme à Pau vient tout chambouler le 22 mars 2017. “J’avais 26 ans. C’était lors d’un saut du brevet spécialisé. Il y a un eu un déventement. Pourquoi? J’ai revu les images, il n’y a pas eu de faute. Je n’ai pas eu de chance. J’ai fait les dix derniers mètres en chute libre.” Sur l’impact, Margot Boulet s’imagine “paraplégique car je ne sens plus mes jambes. C’est un choc”. Puis, quand les secours arrivent, “je sens enfin la douleur et ça me rassure, même si elle est terrible. A l’hôpital, je me dis que pourrai un jour revenir au GIGN.”

Le bilan est pourtant sans appel: fracture de la première lombaire du dos et de la cheville gauche. Un chirurgien lui annonce même, en toute transparence, qu’elle aura probablement du mal à remarcher normalement. Cette terrible nouvelle est finalement salvatrice pour la suite. “Sur le coup, j’en ai voulu à ce médecin. Mais en réalité, il n’en fallait pas plus pour me motiver“.

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Sept opérations, trois ans de rééducation

Margot Boulet s’engage alors dans un parcours du combattant avec six mois d’hospitalisation, sept opérations et 36 mois de rééducation. Jamais, elle ne baissera les bras, remontant même à cheval avant de savoir de nouveau aligner quelques pas. Entre deux opérations, elle retrouve même le GIGN en septembre 2017 sur un poste sédentaire. Hélas, son retour est très bref. “Le GIGN m’a laissé le temps de revenir, de retrouver mes capacités. Jamais, je ne me suis sentie abandonnée”. Mise en congé longue maladie, elle sort du circuit médical militaire et se fait poser une prothèse de cheville et une arthrodèse lombaire en 2018. Comme un crève-cœur, elle sait alors que “la gendarmerie, c’est fini car je ne sais plus courir et je suis incapable de me contenter d’un travail dans un bureau”.

Le handisport pour surmonter l’obstacle

En rééducation, le fauteuil laisse ensuite place aux béquilles et aux sourires. Revenue chez ses parents, Margot Boulet a aussi repris la natation dans son club de Provins. Elle s’aligne dans les compétitions locales et défie les valides. Parallèlement, elle a aussi pris une licence au Cercle d’aviron Nogentais, le club d’aviron de Nogent-sur-Seine, là où ses parents sont dirigeants. Elle aide à encadrer les jeunes. Et une rencontre, en novembre 2019, va tout changer. Un cadre de la Fédération Française d’Aviron discute avec ses parents. Il manque une rameuse dans le quatre barré mixte français, qualifié pour les Jeux paralympiques de Tokyo. “On me propose alors de faire un essai”. Une occasion rêvée de rebondir.

Margot Boulet, au premier plan, disputera logiquement, les Jeux paralympiques de Tokyo l'été prochain. (Crédit-photo DR)
Margot Boulet, au premier plan, disputera logiquement les Jeux paralympiques de Tokyo l’été prochain. (Photo: DR)

Cette chance, Margot Boulet la saisit sans laisser de place au doute. Elle fait un test. Et dès son premier essai, elle termine à seulement deux secondes du record de France. “Ce défi m’a clairement fait sortir de ma rééducation”. Les Jeux sont reportés d’un an. Ses capacités sportives hors-normes la font rapidement progresser. Avec des résultats exceptionnels à la clé: médaille de bronze par équipe aux championnats d’Europe à Poznan en Pologne en 2020 et surtout championne du monde individuelle indoor handisport sur 2.000 mètres en février dernier.

Réformée puis sportive de haut niveau de la Gendarmerie

En novembre 2020, Margot Boulet est également devenue “la première athlète handisport de la Gendarmerie nationale“. Pour obtenir ce statut de sportif de haut niveau de la Défense, elle a été réformée le 27 octobre… avant de signer son contrat de Sportive de haut niveau de la Défense (SNHD) deux jours plus tard à l’école de gendarmerie de Fontainebleau, pour une durée de cinq ans. Soit jusqu’après les Jeux de Paris en 2024. “Rester dans la Gendarmerie est une très bonne chose et j’ai l’impression d’avoir surmonté l’obstacle. Ce n’est pas une revanche sur la vie, mais une nouvelle page qui s’écrit. Mon parcours est atypique et il peut représenter la reconstruction par le sport, pour retrouver la confiance et l’estime de soi”.

Margot Boulet réalise son rêve grâce à son handicap

Actuellement en plein préparation pour les Jeux paralympiques de Tokyo, qui auront lieu du 24 août au 5 septembre 2021, Margot Boulet va réaliser un rêve qu’elle avait abandonné le jour où elle avait compris qu’elle ne ferait pas carrière dans la natation. “Je vais me servir de mon handicap pour faire une chose que j’avais toujours voulu vivre. Ce sera intense. Certains disent de moi que je me sublime grâce à mon handicap”, ajoute-t-elle, avant de conclure: “il y a des jours où on aimerait bien ne pas être handicapé, mais je suis conscient d’être à une belle place. Ce que j’ai aujourd’hui, c’est beau aussi!”

FS

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3 Commentaires

  1. Hirondelle

    Son parcours du combattant n’a pas entamé sa détermination. Un honneur pour la gendarmerie, Chapeau bien bas Madame.

    • marc chever

      Un parcours exceptionnel qui mérite le respect !
      Cette volonté féminine qui se bat pour vivre ses rêves..

  2. Lionel Chauveau

    Tu es une battante Margot, il faut poursuivre le chemin de tes rêves !
    J’ai 40 ans de paraplégie derrière moi et de multiples rencontres avec des hommes et des femmes qui se sont transcendés par la pratique du sport à haut niveau.
    De Maurice Shonacker à Mulhouse, à Marcel Quémard près d’Angers, en passant par Thérèse Lemoine à Kerpape, ils ont su donner de l’espoir à ceux et celles qui entraient dans un monde qui leur fallait construire.

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