vendredi , 18 juin 2021

Emilie Sonvico boxera vendredi soir pour une place aux Jeux olympiques de Tokyo. (Crédit-photos DR)
Emilie Sonvico boxera vendredi soir pour une place aux Jeux olympiques de Tokyo. (Crédit-photos DR)

Boxe : le combat d’une vie de la gendarme Emilie Sonvico

Gendarme à la brigade territoriale de Lavaur (Tarn), Emilie Sonvico montera sur le ring de boxe vendredi 4 juin avec l’ambition de gagner cet ultime combat, synonyme de qualifications pour les JO de Tokyo.

Trois petits rounds. 9 minutes de souffrance pour réussir ce combat. Sans aucun doute le plus important de toute une vie. Cela fait plus d’un an qu’Emilie Sonvico attend cet ultime duel qui peut lui ouvrir les portes des Jeux olympiques. En réalité, elle patiente depuis mars 2020, moment où le monde s’est mise sur pause. A l’époque, Emilie Sonvico, sous-officier de Gendarmerie à Lavaur, dans le Tarn, était à un combat d’obtenir son ticket pour les JO de Tokyo. Mais l’épidémie du coronavirus allait sonner le gong de fin du Tournoi de qualification olympique (TQO) de Londres avant que les qualifications ne soient terminées. “C’était la veille de ce combat décisif”, se souvient la boxeuse de 32 ans. “A l’époque, c’était très difficile à avaler, de nous dire qu’on devait rentrer chez nous, qu’il n’y avait plus de qualification. C’étaient des années de préparation intensive balayées d’un revers de main. Mais une fois revenus en France, on a vraiment compris ce qu’il se passait”.

Emilie Sonvico est entière et déterminée. (Crédit-photos DR)
Emilie Sonvico est entière et déterminée. (Photo: DR)

A une victoire de la qualification olympique

La boxeuse renouera avec son destin et le fil des qualifications olympiques vendredi 4 juin, lors du TQO qui aura lieu à Villebon-sur-Yvette, dans l’Essonne. Les qualifications reprendront exactement là où elles se sont arrêtées avant la Covid-19. Un dernier combat à gagner donc, face à une adversaire qu’elle a eu tout le temps d’étudier depuis plus d’un an. “C’est une Italienne, et nous nous sommes rencontrées déjà deux fois. Et cela fait un partout”. Emilie Sonvico n’en dira pas plus sur son adversaire, préférant les actes à la parole.

La boxe a longtemps été son exécutoire

Juste avant de monter sur le ring, elle puisera sa force dans son destin hors-norme, où rien ne lui a été épargné. La championne de boxe est prête à résister à tout. Au lieu de s’apitoyer sur son sort quand elle a “pris ce coup de massue” avec le report des Jeux, elle s’est vite remise dans sa bulle pour être prête le jour-J. Car on ne vient jamais dans la boxe par hasard. Les coups, Emilie Sonvico a toujours su les encaisser. Pour toujours revenir plus forte et cracher le venin des frustrations passées.

La boxe, discipline à laquelle elle consacre 100% de son temps libre depuis 2019, lui a longtemps servi d’exutoire. Pour se défouler à coups de frappes dans un sac et évacuer des scènes de son quotidien de gendarme. Mais la première fois qu’elle est montée sur un ring, c’était pour chasser une image plus personnelle. “Un jour, je suis restée tétanisée quand une amie s’est faite agresser”, se souvient-elle. “J’ai ensuite eu besoin d’essayer la boxe, et puis…” Comme toujours, Emilie Sonvico s’est donnée à fond. Sans demi-mesure. Nous sommes à l’époque en 2009. Deux ans plus tard, elle entre à la brigade territoriale de Lavaur après avoir fait l’école de Gendarmerie de Chaumont. Pendant des années, cette fille de militaire expulse, grâce à la boxe, les drames auxquels elle doit faire face dans son métier de gendarme. Mais elle ne perd jamais le rêve qu’elle caresse depuis sa plus tendre enfance. “A la base, je suis entrée dans la Gendarmerie pour faire du sport de haut niveau et participer aux Jeux olympiques”.

Une femme dans un bastion masculin

En 2018, Emilie Sonvico prend une décision forte alors qu’elle est arrêtée au niveau de la Gendarmerie à cause de problème au genou. Elle se rééduque grâce au sport. Mais depuis deux ans, elle cogite. Et la mise sous projecteur de la boxe féminine, grâce à Sarah Ourahmoune et Estelle Mossely, respectivement vice-championne et championne olympiques à Rio en 2016, l’invite à ne plus passer son tour. Elle relève alors le pari de se qualifier pour les JO de Tokyo, à la base pour 2020. A 30 ans, il faut oser! Elle s’autorise à ne rien s’interdire. Quitte à se heurter à un mur, car une femme dans un bastion masculin, ça peut choquer. Il faut donc casser certains codes. “Quand je suis rentrée en Gendarmerie, j’étais déjà championne de France. Un jour, j’ai contacté l’équipe de France militaire, on m’a dit ‘pas de femme en boxe’. J’ai clairement dû m’accrocher et persévérer. Les mentalités ont peut-être évolué aujourd’hui, mais on n’est pas tous logés à la même enseigne. Heureusement, j’ai pu intégrer l’équipe de France. Avec l’équipe de France militaires, cela s’est arrangé aussi”, raconte-t-elle.

Lire aussi: Les 17 sportifs de haut niveau de la Gendarmerie nationale : réponses à 5 questions

Actuellement en disponibilité

En 2018, Emilie Sonvico “trouve un compromis avec la Gendarmerie” qui lui permet de préparer les JO de Tokyo. Elle aurait dû réintégrer son unité en 2020, après les épreuves. Sauf que les Jeux olympiques sont finalement reportés d’une année. “La Direction générale a accepté que je me mette en disponibilité pour reprendre ma carrière ensuite.”  

Trouver du temps pour se consacrer à 100% à son objectif est aussi un parcours du combattant. D’autant qu’Emilie Sonvico ne bénéficie pas du statut de sportif de haut niveau de la Gendarmerie nationale. “Je l’ai demandé à deux reprises, avec le soutien de la Fédération française de boxe, et cela m’a été refusé. Je ne sais pas pourquoi”, dit-elle. “Intégrer, ne serait-ce, que l’armée des champions aurait été plus simple. Je pense que j’aurais peut-être mérité ce soutien avec toutes mes années de services”.

Pas facile d'être une femme en boxe, Emilie Sonvico a dû mener d'autres combats. (Crédit-photos DR)
Pas facile d’être une femme en boxe, Emilie Sonvico a dû mener d’autres combats. (Photo: DR)

Pourquoi ne bénéficie-t-elle pas du statut de sportif de haut niveau ?

Même si elle n’en fait pas une revanche personnelle, Emilie Sonvico ne peut pas s’empêcher de nourrir un léger sentiment d’injustice. Car ce statut de sportif de haut niveau de la Gendarmerie nationale, elle le revendique à plus d’un titre. “Il n’existait pas de statut pour moi. Pourtant, quand on voit d’autres sportifs, qui ont ce statut à la Gendarmerie, on constate qu’ils ne connaissent pas les nuits, les procédures judiciaires, les interventions, nos horaires décalés… Je n’ai rien contre eux. J’en côtoie d’ailleurs certains en équipe de France. Je respecte leur carrière de sportif, mais ils n’ont pas l’expérience du terrain. Certains, pour une médaille, ont des grades plus élevés que d’autres qui œuvrent au quotidien. Ils n’ont pas la même légitimité au niveau de la Gendarmerie”. Aux JO, Emilie Sonvico entend bien être l’exception qui confirme la règle. Pour se qualifier, elle n’a plus qu’à finir le travail entamé il y plus d’un an.

F.S

2 comments

  1. Dominique LOUVIEAUX

    Tenez bon. Vous y arriverez.

  2. Ne lâches rien rien Émilie, accroches toi. L’objectif de ta qualif est à portée de main.
    La consécration sera plus belle avec une médaille aux J.O de Tokyo.
    Le MDL/C (r) RAMIREZ Thierry, aussi éducateur sportif de boxe à La Réunion

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