mardi 24 novembre 2020
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Illustration (SD/L'Essor).

Usage du cannabis : répression peu efficace mais gare à la banalisation, jugent des policiers

Des procédures jugées trop “chronophages” pour des résultats “limités” voire “inefficaces“: en matière de répression contre les consommateurs de cannabis, des policiers dressent un constat d’échec mais soulignent aussi les risques d’une banalisation.

L’instauration d’une amende pour réprimer l’usage de stupéfiants, et singulièrement de cannabis, préconisée par un rapport parlementaire, “serait plus dissuasive que le système actuel“, estime un officier spécialisé dans la lutte anti-stupéfiants de l’agglomération lyonnaise, interrogé par l’AFP.

L’usage de cannabis est devenu tellement répandu qu’il est impossible d’envisager des gardes à vue systématiques. C’est un contentieux de masse, on serait submergés de procédures s’il fallait poursuivre systématiquement“, juge ce policier.

Présentée comme “chronophage“, chaque procédure pour usage représente en moyenne cinq heures de travail et jusqu’à dix heures en cas de garde à vue, détaille le rapport parlementaire citant la direction centrale de la sécurité publique (DCSP). “Le temps de travail consacré au traitement de ces infractions par les forces de l’ordre peut être estimé à plus d’un million d’heures en 2016 pour 182.161 faits constatés, parmi lesquels 31.477 faits ont donné lieu à une garde à vue, soit 600 équivalents temps plein“, complète le document.

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L’effet sur les usages est pourtant “limité” avec, pour près de la moitié des contrevenants, des procédures qui aboutissent à de simples rappels à la loi et/ou une “orientation” en structure sanitaire, considère un cadre de la Police nationale.

Cela “renforce le sentiment d’impunité“, analyse-t-il, convaincu que sur la forfaitisation, le gouvernement “va y aller“. Sur le débat laissé ouvert par les rapporteurs entre “amende forfaitaire délictuelle” assortie éventuellement de poursuites, et la simple contravention, tout est affaire de “grammage“, juge un autre policier lyonnais prêt à faire peu de cas d’une “boulette ou d’une barrette“. “On pourrait aussi imaginer un système proche de celui des fraudeurs de la SNCF où le cumul d’amendes deviendrait délictuel“, ajoute-t-il.

Il vaut mieux rester dans la situation actuelle, nuance un enquêteur de la région parisienne. D’abord parce que c’est un mauvais message envoyé. Ensuite parce que la forfaitisation est problématique dans la lutte contre les réseaux plus importants“.

Dans les enquêtes, il nous faut des clients pour travailler. A l’heure actuelle, ils ont peur d’être placés en garde à vue et ça peut les inciter à dire ce qu’ils savent du trafic. Avec une simple amende, on n’aura plus aucun moyen de pression: s’ils ne veulent rien nous dire, ils ne parleront pas“, explique cet officier. Avant d’ajouter dans un trait d’amère ironie: “Mais la guerre contre les trafiquants est tellement perdue qu’au point où en est, un peu plus ou un peu moins…

AFP

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