mardi 4 août 2020
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Photo d'illustration (S.D/L'Essor).

Un ex-gendarme condamné à de la prison ferme pour avoir frappé sa femme

Un ancien gendarme a été condamné ce mercredi soir à quatre mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Nantes, pour avoir de nouveau frappé sa compagne, sa fille de 3 ans et sa belle-fille de 12 ans, le 11 mars dernier à Haute-Goulaine (Loire-Atlantique), alors qu’il avait 2,5 g d’alcool par litre de sang.

G.B, 43 ans, n’a toutefois pas été écroué aussitôt à l’issue de l’audience : c’est un juge d’application des peines (JAP) de Saint-Nazaire qui décidera des modalités d’exécution de sa peine de prison ferme.

L’homme s’est également vu infliger quatre mois de prison avec sursis supplémentaires et une mise à l’épreuve de deux ans, qui l’obligera à entamer des soins psychiatriques et à continuer de travailler pour indemniser ses trois victimes. Le montant des dommages et intérêts qu’il devra leur verser sera fixé lors d’une audience ultérieure, prévue le 8 mars 2019.

Pendant ces deux ans, il aura interdiction d’entrer en contact avec elles ; la possible déchéance de son autorité parentale a été laissée aux soins d’un juge aux affaires familiales. Enfin, le prévenu devra accomplir à ses frais un stage de sensibilisation aux violences sexistes et intra-familiales. Le jugement – conforme en tous points aux réquisitions du parquet – a été frappé d’exécution provisoire, ce qui signifie qu’il s’applique dès à présent, même s’il en faisait appel.

Un “bon enquêteur”

Ces faits n’étaient en réalité pas isolés : par le passé, l’ex-gendarme avait déjà eu droit une simple composition pénale à Saint-Nazaire, puis à une discrète comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) en 2016 à Angers. Il avait en effet tenté d’étrangler sa compagne en novembre 2015, quand il était encore en poste à Segré (Maine-et-Loire).

Ce soir-là, sa belle-fille de 12 ans avait dû s’enfuir par la fenêtre pour alerter la hiérarchie de son beau-père ; elle avait d’ailleurs passé le reste de la nuit “chez la capitaine“.

Suite à cela, ce “bon enquêteur” avait été muté à Saint-Macaire-en-Mauges (Maine-et-Loire), où il avait de nouveau dégradé un grillage ; il avait ensuite été affecté à Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique), où il avait de nouveau “tout cassé”, selon sa femme. Il avait finalement été “poussé à la retraite” par sa hiérarchie en janvier dernier, a précisé la procureure.

Le soir des faits, à Haute-Goulaine, son interpellation par ses anciens collègues avait donc été “très compliquée”, a relaté la présidente : il avait refusé de monter dans le fourgon de gendarmerie et avait “cassé beaucoup de choses” dans le logement. Ses trois victimes, au préalable, s’étaient enfuies dans la rue en chaussons et pyjamas.

Plus tôt dans la soirée, il avait tenu des propos “surréalistes”, comme l’a prouvé l’enregistrement clandestin fait par sa femme : traitée de “pauvre débile” et “pauvre conne”, cette secrétaire en intérim d’origine portugaise était invitée par son compagnon à “prendre sa corde” et “se suicider“… Un “rire sadique” ponctuait ses propos, a relevé son avocate.

Mis à la retraite

“Il a dit à plusieurs reprises aux gendarmes qu’il était de la maison, et a pris soin de ne pas laisser de traces de coups… Il connaît les failles du système“, a encore souligné l’avocate de sa femme. G.B  avait ainsi fait “un croche-pattes” à sa belle-fille de 12 ans, qu’il surnomme “La Peste”, et avait tiré sa fille de 3 ans des bras de sa mère pour la jeter sur un lit.

“La gendarmerie n’a daigné se déplacer qu’au troisième appel, quand ça devenait vraiment insupportable”, a poursuivi l’avocate de la victime. “Depuis, ma cliente présente tous les symptômes du stress post-traumatique : elle est en hyper-vigilance, au moindre bruit elle sursaute, elle est incapable d’ouvrir au facteur qui vient lui déposer un recommandé… Elle cherche désormais un nouveau logement, de type Fort Knox, où elle pourra vivre de façon un peu secure.”

Au final, le comportement du prévenu le place directement “dans le palmarès de l’année 2018 en matière d’emprise morale“, a grincé la procureure. “C’était mon travail pendant vingt-trois ans de taper là où ça fait mal”, s’est défendu le prévenu. “Des gardes à vues, j’en ai menées un paquet, mais jamais je n’ai été mené comme je l’ai été cette fois-ci.”

Ils s’etaient rencontres… au palais de justice

L’homme avait en effet été entendu par deux collègues spécialement formés aux questions de violences conjugales, qui ne s’étaient pas contentés des auditions initiales “assez succinctes” de la sa victime.

Lors de son audition, le prévenu a aussi admis boire “depuis six-sept ans” ; le soir des faits à Haute-Goulaine, il avait ainsi vidé “une bouteille de vodka”. Il avait pourtant “arrêté de boire” après les faits de Segré. “Je me suis réfugié dans le boulot, je pensais m’en sortir tout seul“, a-t-il confié. Depuis, il boit “un petit verre le soir”, mais “surtout le week-end”.

Ironie du sort, l’ancien gendarme avait rencontré sa victime au Palais de justice de Nantes, alors qu’elle venait dans le cadre de sa procédure de divorce. Il lui avait fait croire par la suite qu’il avait quitté sa femme pour elle, alors que son ex-épouse l’avait en réalité mis à la porte pour ses problèmes d’alcool et de violence… Il ne voit d’ailleurs plus ses trois enfants, nés de cette précédente union : ils vivent avec leur mère à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique).

“La tentation de se payer un gendarme est grande et elle fait envie”

L’ancien gendarme, qui travaille désormais dans une entreprise de transports de la zone aéroportuaire de Saint-Aignan-de-Grand-Lieu (Loire-Atlantique), s’était excusé pour la “méchanceté pure et dure” de “l’ordure” qu’il a pu être.

Le “cynisme” de la procureure de la République à son encontre, en tous cas, n’a pas été du goût de son avocat. “La tentation de se payer un gendarme à la barre, elle est grande et elle fait envie”, avait critiqué Me Aurélien Ferrand, provoquant la réprobation de la présidente du tribunal.

L’avocat de la défense avait aussi rappelé que la hiérarchie de son client avait “entretenu sa surpuissance” et l’avait “maintenu dans un certain confort” en le mutant de brigade en brigade. “C’était un très bon enquêteur, il était demandé… Il en a d’ailleurs joué : face à son problème d’alcool, il savait que c’était son travail qui pouvait le sauver.”

GF (Agence PressPepper)

 

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