vendredi 6 décembre 2019
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Le monument national de la Gendarmerie à Versailles, place de la Loi (Ph : Mairie de Versailles)
Le monument national de la Gendarmerie à Versailles, place de la Loi (Ph : Mairie de Versailles)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Gendarmerie pendant la Grande Guerre (troisième et dernière partie)

Nous terminons la diffusion de l’étude du lieutenant-colonel (ER) Marcel Sirdey sur le rôle et la place de la Gendarmerie lors de la Première guerre mondiale

Vous pouvez relire la première et la deuxième partie de cette étude. 

La crise de l’Arme

La guerre d’usure a dégradé la situation des prévôtés. L’effectif des brigades a atteint un seuil critique. La crise d’indiscipline au lendemain des offensives du printemps 1917, et les vagues de grève à l’intérieur surprennent la Gendarmerie. L’année 1917 est donc le moment d’une centralisation de la Gendarmerie aux armées et de la création de forces de police militaires plus manœuvrières.

Avant que les mutineries n’éclatent en 1917, des signes d’impatience et de rébellion apparaissent auxquels la Gendarmerie doit apporter une réponse. En 1917, le point le plus sensible du dispositif de contrôle exercé par la Gendarmerie est le chemin de fer. Les permissionnaires ont un sentiment de liberté et ils chantent et boivent. 130 incidents éclatent dans la zone des armées. La Gendarmerie est responsable du rétablissement de l’ordre. L’intervention des gendarmes à tendance à fédérer contre eux l’ensemble des voyageurs. Les cadres militaires refusent de prêter main forte aux gendarmes.

Treize meurtres de prévôts d’avril à décembre 1917

Des agressions violentes et des crimes sont commis contre les gendarmes. Victor Fey, dit Roy, fantassin du 11ème régiment d’infanterie a été condamné à mort le 8 novembre 1917 pour le meurtre du gendarme Eugène Lempereur le 9 septembre 1917. Le contexte de la fin des mutineries a ramené le calme. D’avril à décembre 1917, il y a eu 13 meurtres de gendarmes (trois en 1914, deux en 1915, trois  en1916, deux en 1918 et quatre en 1919).

Le spectre insurrectionnel à l’intérieur du pays : l’économie est au plus bas et les grèves se multiplient. Les gendarmes ne sont pas en effectif suffisant pour assurer l’ordre. On renforce les départements touchés par des détachements pris sur des départements plus calmes. Tensions à l’intérieur et aux armées se conjuguent tout au long de 1917. Entré en rébellion au camp de Mailly-Le-Camp (Aube) le 14 mai 1917, le corps expéditionnaire russe en France est transféré le 19 juin à la Courtine (Creuse) et entouré par 1 600 soldats français. Le général Comby, commandant la 12ème région de gendarmerie, s’appuie sur les maigres forces de réserve de sa région qui sont commandées par le lieutenant-colonel Joseph Plique. Les troupes russes se mutinent mais le calme revient grâce aux gendarmes. Ces deux officiers se font remarquer à Paris.

En 1919, Georges Clemenceau rappellera le général Comby et le lieutenant-colonel Plique pour réorganiser la gendarmerie. Ce dernier deviendra en 1920 le premier commandant de la Gendarmerie. L’attention du pouvoir est donc attirée sur la situation de la gendarmerie. Avec la crise de 1917, le commandement fait de la gendarmerie départementale non plus un organe de renseignement en cas de circonstance particulière mais un observateur régulier et continu de la vie et des sentiments du pays. Rapport annuel par brigade sur le nombre des arrestations, celui des PV, contraventions, des transfèrements, des hommes en situation irrégulière, rapports adressés aux services de renseignements et contre-espionnage, indication sur les manifestations, nombre d’usines et d’ouvriers travaillant pour l’armée et un portrait de l’opinion publique. Il n’existait rien auparavant.

Les brigades manque d’effectifs

Les rapports donnent satisfaction puisque le général Philippe Pétain en demande communication à partir de fin juillet 1917. Mais pour les réformes nécessaires, la Gendarmerie se heurte à des difficultés : insuffisance du nombre de prévôts; faible qualité des brigades constituées d’auxiliaires et de réservistes et manquant de moyens.

Les nouvelles façons d’opérer et de renseigner n’ont pas réglé les problèmes essentiels de la Gendarmerie. Le général Achille Bouchez est nommé à la tête à la tête de l’inspection générale : c’est un camarade de promotion de Pétain. Ce qui lui permet d’attirer l’attention du grand quartier général sur la situation et les besoins de la Gendarmerie. L’inspection de la Gendarmerie aux armées est supprimée. Les officiers d’état major sont récupérés pour être remis en Gendarmerie. La nouvelle inspection est commandée par un général de division.

3 000 gendarmes rendus aux brigades

Gendarme de la prévôté avec son képi (Ph : Musée de la Gendarmerie)
Gendarme de la prévôté avec son képi (Ph : Musée de la Gendarmerie)

Dès le mois de mai 1917, le ministère de la Guerre rend trois mille gendarmes aux brigades. Chaque fois que la Gendarmerie est demandée pour exécuter une mission qui ne relève pas de ses compétences, une réclamation est adressée à l’inspection. Les officiers de Gendarmerie se sentent soutenus. Les prévôtés d’armées et de division sont diminués mais pas ceux des prévôtés ordinaires. La réforme Bouchez aboutit à une réorganisation définitive de la Gendarmerie aux armées, laquelle fait disparaitre l’appellation prévôt au profit de celle de commandant de Gendarmerie. La centralisation qui va de pair avec son autonomie n’est consacrée dans les textes qu’en 1918. La crise va entrainer la réforme de la Gendarmerie.

Clemenceau ou le printemps de la Gendarmerie

Clemenceau forme son gouvernement le 16 novembre 1917. Il garde la main sur les armées et un œil sur la Gendarmerie. L’impuissance de la Gendarmerie tient à la fois à trois facteurs : manque d’autorité des chefs, manque de considération pour les gendarmes, priorité donnée à l’organisation en vue du maintien de l’ordre.

Le nouveau président du Conseil crée une sous-direction de la Gendarmerie auprès de la direction de la cavalerie (décret du 16 février 1918). Joseph Plique, un saint-cyrien, est désigné comme sous-directeur avec un bureau technique, un bureau du personnel et une section administrative. La Gendarmerie est organisée en légions commandées par un général (cinq secteurs de gendarmerie). Les gendarmes conservent leurs titres et prennent le rang de sous-officiers.

Augmentation des soldes

Les soldes sont augmentées (1 800 francs annuels au début puis 2 400 francs au bout de huit ans). Soit 151, 50 francs par mois, l’équivalent d’une hausse de 20 %. Les chevaux étaient achetés par les gendarmes, ils sont remplacés progressivement par des véhicules motorisés. En 1919, le commandement dispose d’une voiturette Ford. Une moto side-car est placée dans chaque arrondissement. Le cheval n’est vraiment remplacé par un véhicule qu’en 1940 (en 1919, il y avait 130 véhicules légers et 400 motocyclettes en Gendarmerie). La généralisation du téléphone permet la diffusion du renseignement, il supprime un certain nombre de notes. Fin 1918, presque toutes les unités en sont équipées.

En donnant de l’attrait au métier de gendarme, la sous-direction de la Gendarmerie veut relancer le recrutement d’une arme en sous effectifs. A l’entrée de 1919, près de 150 postes d’officiers sont à remplacer, d’où la nécessité de créer une école d’officiers à Versailles. En 1918, il y a création de centres d’instruction de la gendarmerie pour les sous-officiers (stage de trois semaines, porté à trois mois) à Varennes-sur-Allier et Moulins (Allier), Strasbourg, puis Mamers (Sarthe). Lorsque la démobilisation est proclamée en octobre 1919, 7 000 gendarmes ont été formés.

Grèves et mouvements sociaux

Le maintien de l’ordre, indispensable lors de l’effort de guerre, est le principal souci du président du Conseil. La vie chère, le mécontentement des ouvriers sur les salaires, le rationnement du pain et du sucre conduisent à des troubles jusque dans les campagnes. On enregistre 98 mouvements sociaux entre 1915 et les 314 grèves de 1916. Il y a agitation sociale jusqu’en 1918.

Au début, le maintien de l’ordre est fourni par les effectifs des brigades puis, à partir de 1918, on requiert la troupe. L’action est délicate car les manifestants sont souvent des anciens combattants.
En 1918 Clemenceau demande d’employer les gendarmes en maintien de l’ordre, comme ça avait été le cas lors de la mutinerie du corps expéditionnaire russe en 1917. C’est ce qui est fait et pratiqué avec succès jusqu’en juillet 1919. D’où la création de deux pelotons par légion, un à pied, l’autre à cheval.
 La sous-direction devient direction autonome permanente sous le commandement du général Plique en février 1920.

Victoires et frustrations

Le monument national de la Gendarmerie à Versailles, place de la Loi (Ph : Mairie de Versailles)
Le monument national de la Gendarmerie à Versailles, place de la Loi (Ph : Mairie de Versailles)

Dans les années qui suivent la fin de la Grande Guerre, la Gendarmerie sera récompensée pour son action : médaille commémorative, médaille interalliés de la victoire, médaille militaire, carte du combattant (décret du 28 juin 1927) avec retraite du combattant. La  Gendarmerie en1928 accorde une place importante au souvenir avec l’érection à Versailles d’un monument national de la gendarmerie.

Après une entrée en guerre marquée par la crainte de la Gendarmerie, la guerre d’usure signe son impopularité croissante. La guerre a favorisé la réforme de la Gendarmerie. Sortie de la guerre profondément réformée et pourvue de personnels renouvelés, la Gendarmerie a consolidé sa position au prix d’un divorce avec l’armée de ligne.

Marcel Sirdey

 

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