dimanche 21 juillet 2019
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“La prochaine fois, je viserai le coeur” : Guillaume Canet dans la tête d’un gendarme tueur

A la fin des années 70, le gendarme Alain Lamare, de la brigade de Chantilly dans l’Oise, enquêtait sur le meurtre de jeunes femmes. Meurtres dont il était en fait l’auteur. “La prochaine fois, je viserai le cœur”, avec Guillaume Canet dans le rôle du “tueur de l’Oise”, en  salle ce mercredi, revient sur cette affaire criminelle qui a traumatisé la Gendarmerie.

“Vous êtes la honte de la Gendarmerie !”. Abasourdi et furieux, confronté à l’inimaginable, le capitaine de la brigade de Chantilly fait face à l’un de ses hommes, le 8 avril 1979. Au-dessus de tous soupçons, le jeune militaire vient d’avouer qu’il est “le tueur de l’Oise”, qui terrorise la région depuis des mois.

Le gendarme nargue ses collègues

Cédric Anger, le réalisateur, a pris le parti de raconter les faits du point de vue du tueur, livrant un film captivant, sous tension du début à la fin. Tout en mettant en lumière le séisme qui secoue la Gendarmerie lorsqu’elle découvre l’auteur des violences qui ont semé la psychose dans le département de l’Oise de l’hiver 1978 au printemps 1979. Un meurtre, cinq agressions de jeunes femmes blessées par balles – l’une des victimes restera paralysée -, trois braquages et des vols de voitures.

En service, le gendarme, très motivé, participe à l’enquête. Dans l’ombre, il rédige des revendications anonymes envoyées à la police de Creil, où il nargue ses collègues : “La prochaine fois, je viserai le cœur”, prévient-il.

Dans le rôle du gendarme à la double vie, un Guillaume Canet formidable, banal et inquiétant à la fois. Le jeune homme était fasciné par les commandos militaires. Il dort sous une tente dans la chambre, ses toilettes sont tapissées d’articles sur des faits-divers, il s’impose des entraînements commando en solitaire, de nuit, en forêt de Chantilly, pour tester son endurance.

Frustré par un refus d’affectation dans les commandos, le gendarme bascule pour de bon. La société a fait de lui un monstre, se justifie-t-il.

Interné depuis 1979

A la lecture des revendications du tueur, un inspecteur a cru reconnaître le style rédactionnel d’un gendarme ou d’un policier. Des soupçons balayés aussitôt par ses supérieurs offusqués. Le tueur de l’Oise sévit de plus belle. Yvan Stefanovitch, alors journaliste à l’AFP pour la région, finit par avoir vent de la piste d’un enquêteur fou.

“La haute hiérarchie de la PJ de Lille avait interdit de rechercher les empreintes parmi les policiers ou gendarmes de la région”, raconte le journaliste aujourd’hui à la retraite. Le 31 décembre 1978, il publie une dépêche titrée “Les enquêteurs sont persuadés que le nouveau maniaque de l’Oise est un policier ou un gendarme”. Suit peu après un démenti officiel de la PJ de Lille.

“Un assassin au-dessus de tout soupçon”

Trois mois plus tard, Lamare est confondu par ses propres collègues, la Gendarmerie ayant finalement décidé de recouper les heures de service de tous les membres de la brigade avec celles des agressions. “Ma dépêche n’a servi qu’à une seule chose : empêcher Alain Lamare de tuer à nouveau”, déclare Yvan Stefanovitch, qui a relaté cette incroyable affaire dans “Un assassin au-dessus de tout soupçon”, coécrit avec Martine Laroche et bientôt réédité au Livre de Poche.

A l’issue d’une bataille d’experts, le gendarme fou a été déclaré irresponsable, atteint d’une forme de schizophrénie très rare. Jamais jugé, il est interné depuis 1979. Le jour de ses aveux, il a démissionné sans aucune pension ni retraite, selon la direction de la Gendarmerie nationale.

Dix ans plus tard, l’État a été reconnu responsable des actes du gendarme fou. “Du fait de son appartenance à la Gendarmerie, et participant à l’enquête, il a pu poursuivre ses activités criminelles”, a jugé le Conseil d’État, en dernier ressort.

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