mercredi 30 septembre 2020
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Nicolas Dhuicq, député : “Pour des polices municipales intercommunales”

Député (UMP) d’une circonscription rurale, Nicolas Dhuicq propose que les petites communes mutualisent leurs polices municipales pour effectuer le travail de police de proximité que les gendarmes, faute de temps, ne pourraient plus accomplir. L’augmentation de la délinquance dans les zones rurales est un effet pervers des bons résultats du plan Vigipirate dans les grandes agglomérations.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Que pensez-vous de la question des logements de gendarmes ?

Nicolas Dhuicq.– Tout d’abord, je constate que le regroupement entre Police et Gendarmerie nationales a fait que policiers et gendarmes comparent leurs statuts et que, souvent, les policiers reprochent aux gendarmes d’avoir un logement. Ils oublient cependant que les gendarmes payent la taxe d’habitation, et que, surtout, ces logements sont souvent vétustes.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Pensez-vous que ces logements doivent devenir de la responsabilité des collectivités publiques territoriales ?

Nicolas Dhuicq.– Je pense que nous sommes dans un mouvement où l’Etat doit réduire la voilure. Dans le même temps, des besoins nouveaux sont apparus en milieu rural, et ce dans tous les domaines. En matière de sécurité, du fait de l’évolution de la société, des questions, internes à l’espace Schengen et externes, des flux migratoires, du recours à la violence qui est plus important, du non-respect du bien public et du bien privé, vous avez une augmentation du nombre de faits, et les collectivités territoriales vont devoir engager des dépenses dans ce domaine.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Quelles missions devraient incomber aux municipalités, selon vous ?

Nicolas Dhuicq.- C’est localement que l’on saura facilement quelles sont les missions qui reviennent à l’Etat ou aux collectivités. Les deux doivent être complémentaires. Donc, obligatoirement, je pense que les collectivités territoriales auront ces dépenses supplémentaires.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Quel bilan tirez-vous de l’instauration du système des communautés de brigades ?

Nicolas Dhuicq.– Je considère qu’il est obligatoire. Aujourd’hui, on ne peut pas faire sans si l’on veut atteindre l’objectif : mettre du bleu à l’extérieur. Ce regroupement permet d’augmenter les patrouilles, et il est évident que des brigades à deux, trois ou quatre gendarmes ne peuvent pas être opérationnelles.

Par contre, cela signifie que les élus territoriaux comprennent qu’il faut essayer de dégager le gendarme de tâches subalternes. Je vais vous donner un exemple : j’ai demandé à mes employés municipaux de tondre la pelouse devant la brigade de ma commune. Je le fais bien volontiers, parce que ce n’est pas à mes gendarmes de faire cela, je préfère qu’ils me fassent de la sécurité.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Pour vous, les municipalités doivent-elles participer plus directement à la sécurité publique ?

Nicolas Dhuicq.– J’ai un objectif, c’est la mutualisation des polices municipales, et nous avions fait un colloque avec le général Wattin-Augouard sur ce sujet, il y a quelques années. Le travail des gendarmes a évolué, et aujourd’hui ils n’ont plus le temps de passer sur la commune, de voir le maire, de prendre des cafés avec lui et de tirer des renseignements.

Aujourd’hui, beaucoup sont officiers de police judiciaire, ils doivent traiter des enquêtes qui deviennent longues et compliquées avec la délinquance qui s’est adaptée, s’est modernisée, qui s’est internationalisée. Notamment à cause du plan Vigipirate.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Pourtant, ce plan est connu pour avoir réduit la délinquance grâce aux patrouilles de l’armée ?

Nicolas Dhuicq.– Certes, mais en renforçant la sécurité sur les grands centres urbains, il a eu l’effet pervers de reporter la délinquance sur des zones qui n’étaient pas touchées autrefois. Sur ma circonscription (1ère circonscription de l’Aube), proche de quelques grands axes de communication, un objet volé dans une église peut se retrouver le lendemain matin à Amsterdam, sur un marché parallèle.

Nous avons affaire à des raids de gens venus de nouveaux pays intégrés rapidement dans l’Union européenne. C’est pour cela que le travail des gendarmes a évolué ; et ce que j’appelle la petite sécurisation, c’est-à-dire les patrouilles à la sortie des écoles, au moment des repas, relèvera à terme des forces de police municipale. Comme, en zone rurale, les mairies n’ont pas les moyens de se payer un policier municipal – qui, de toute façon, ne servira à rien tout seul -, j’ai l’objectif de créer, à terme, des polices intercommunales.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Est-ce que vous pensez que dualisme, tel qu’il est établi à la date d’aujourd’hui, est stabilisé pour quelques années au moins ?

Nicolas Dhuicq.– Je suis très attaché au statut militaire des gendarmes et j’ai toujours une crainte qui est la scission entre le corps des officiers et des sous-officiers, du fait des comparaisons de statut entre policiers et gendarmes. Les gendarmes ne sont pas aux 35 heures, et un gendarme, en général, assure ses missions jusqu’au bout. Je ne dis pas que les policiers ne travaillent pas, mais ils sont sur un système de civils en uniforme dont l’état d’esprit n’est pas le même. Il reste un esprit de corps dans la Gendarmerie.

Ensuite, je crains toujours que les élus, dont la majorité vient de grandes villes, ne fassent pas bien la différence entre Police nationale et Gendarmerie nationale, et que pour faire des soi-disant économies d’échelle à court terme, certains proposent de regrouper les corps. Donc, je reste assez vigilant et inquiet par rapport au statut militaire.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Le passage de la Gendarmerie sous l’égide du ministère de l’Intérieur s’est pourtant passé sans accrocs.

Nicolas Dhuicq.- Il y avait là une logique opérationnelle que je pouvais comprendre et partager. Mais il faut bien conserver des garde-fous pour que le statut militaire soit maintenu. Donc là, on peut avoir des craintes à partir du moment où il y a un passage sous la houlette du ministère de l’Intérieur. Donc, pour moi, c’est à suivre.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Quel est votre sentiment sur la réforme territoriale en cours ?

Nicolas Dhuicq.- Ce sont surtout des gens de grandes villes qui s’expriment, qui prennent des compas et font de grands cercles sur la carte en regroupant des territoires qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. J’étais plus favorable à la précédente réforme qui, pour moi, était intelligente, et qui consistait à fusionner les conseillers territoriaux et les conseillers généraux.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Quelles sont vos propositions ?

Nicolas Dhuicq.– La bonne réforme, c’est celle que l’on avait soutenue, c’est-à-dire commencer d’abord par regrouper les élus, arriver à regrouper les administrations, de telle sorte que les départements deviennent en fait une déclinaison locale de la région. Là, on part dans tous les sens : dans le même temps on crée de grandes régions pour répondre à l’Europe, tout en supprimant le département. Cela peut fonctionner sur les territoires urbains, mais pas sur les zones rurales et, au bout du compte, ce que je crains, c’est que nous ne fassions pas d’économies.

La solution, pour moi, consiste à garder l’échelon départemental. Bien sûr, à Paris, Lille, Bordeaux ou Marseille, le département ne sert à rien. Mais quid des territoires ruraux ? J’ajouterai que les régions d’ancien régime étaient inscrites sur une histoire et une spécificité, et que nos régions ne correspondent à rien. Je n’ai rien contre les Ardennes, mais elles n’ont rien à voir avec les territoires de la Champagne.

« L’Essor de la Gendarmerie ».- Nous venons d’avoir une réforme des services de renseignement, avec un contrôle parlementaire qui va s’exercer différemment et, en principe, plus largement.

Nicolas Dhuicq.– Sur ce sujet, et je vais vous surprendre, je pense qu’il est peut-être préférable d’avoir toujours deux ou trois services concurrents qu’un seul. Cela donne plus de chances à l’information de franchir les filtres et de remonter jusqu’aux décideurs. Si l’on n’a qu’un seul service, la pensée unique règne, et comme toute administration fonctionne structurellement de manière soviétique, on ne remonte jamais au chef l’information qu’il peut considérer comme désagréable.

Ensuite, je ne crois pas à cette idée délirante de la transparence absolue. La raison d’Etat existe et fait l’objet d’un débat éthique important. L’Etat peut-être amené à commettre des gestes ou des actes que l’éthique individuelle réprouve, à utiliser la violence pour sa survie et pour la survie de la nation. Je ne crois donc pas au contrôle parlementaire absolu, cela ne peut pas fonctionner.

Sauf dans des Etats qui n’ont pas de politique étrangère, comme la Suède ou la Suisse. Quand on s’appelle la France et qu’on a été une puissance planétaire, on doit accepter le revers de la médaille, la raison d’Etat, qui peut se matérialiser par des meurtres commandités ou des affaires qui ne sortent qu’après, au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Mais ce n’est pas dans l’air du temps.

« L’Essor de la Gendarmerie ». Avez-vous un message particulier à adresser à la communauté des gendarmes, et aux lecteurs de « L’Essor » en particulier ?

Nicolas Dhuicq.– Je voudrais faire part de mon respect pour les hommes et femmes de la Gendarmerie nationale –comme des autres armées –, parce que, et c’est un peu méchant ce que je vais dire… je préfère être arrêté par un gendarme que par un policier. Lors des manifestations contre le Mariage pour tous, nous préférions avoir en face de nous des gendarmes que des CRS. Parce que les gendarmes sont des militaires qui sont calmes et sont organisés et qui remplissent leur mission.

Mon respect vient aussi du fait que, et j’inclus maintenant les policiers, aujourd’hui, tout ce qui porte un uniforme devient une cible. Nous avons une évolution qui, au lieu de voir l’aspect protecteur de l’autorité, ne veut voir que l’aspect supposé persécuteur.

Propos recueillis par Alain Dumait

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3 Commentaires

  1. GCdecoeur

    “MES Gendarmes” … “…ME faire…” … No comment

  2. GCdecoeur

    La Gendarmerie n’est pas “qu’une” force de police à statut militaire et encore moins “qu’une” force composée de militaires, elle est une force militaire, une Arme, une Force Armée …

  3. GCdecoeur

    1) Bien vu sur le fait que beaucoup d’élus ne connaissent la campagne et concernant la fin annoncée (à moins que …) des départements.
    2) Je n’apprécie guère le côté parceque l’on est militaire, on est “bien”, les civils sont à jeter quasiment …
    3) Qui à mis la GN sous l’égide du MININT ? … D’où dailleurs la réponse un peu évasive et atténué de cet élu …
    4) Enfin je dirai que les Polices Intercommunales ont du bon en effet, mais que les maires continuent de décider librement de la vocation de leurs polices municipales … pourquoi pas, bien sûr en effet, si plusieurs maires s’entendent et ont pour objectifs premiers la lutte contre la délinquance, l’insécurité publique ou des biens privés ou publics de mutualiser ou même de créer sous égide d’une entité intercommunale des polices de ce type…
    5) Une idée : Au lieu de Police Municipale : un nouveau nom : Polices d’Agglomérations CitadineS (comme PACIS, autre nom en latin de paix) ou Polices Cutadines avec des Agents de Polices Citadines. Pour le très rural et/ou pour (y compris en zone urbaine) les missions environnementales dont la protection de la nature ainsi que pour l’exercice de la police agricole et forestière et des missions de protection des biens de ces domaines cités (voir aussi la protection animale) : des Gardes Champêtres composant les Polices Rurales et EnvironnementaleS (comme les prés, les champs). Le tout dans un grand ensemble, la filière Polices territoriales, deux corps différents avec catégorie B et C, un unique en A … mais dans cette filière unique.
    6) Pour l’alignement en matière social et de devoir comme de longueur de formation d’un côté et de l’autre pour les mêmes attributions judiciaires, vers le haut, de ces 2 corps…cependant “attributions” ne veut pas dire “missions” ou “vocations” … : Très bien qu’un GC puisse être totalement compétent pour la police route, l’APM (APC) pour la chasse, pêche etc… . Mais pour que ce soit des GC qui effectuent des missions spéciales (anti-braconnage, recencement espèces, safer, cadastre, anti-brigandage rural, surveillance de secteurs spécifiques “naturels” avec moyens idem : marais etc…, contrôle agraire, police forestière …) , les APM , eux, les missions de police route, de sécurité générale, de respects des réglementations divers en particuliers “en ville” sur le “bon vivre”, “le bon ordre”, les commerces etc…ainsi que dans certains cas de lutte contre la délinquance de diverses manières .
    7) Eventuellement les GC pour la sécurité publique générale et le “bon ordre” dans les petites entités territoriales …

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