dimanche 20 septembre 2020
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Photo d'illustration (L'Essor).

Rapport de l’IGA : les chiffres de la délinquance délibérément faussés à Paris

Tout juste bouclé par l’Inspection générale de l’administration, ce rapport, commandé par le préfet de police de Paris Bernard Boucault en septembre 2012, devait dresser un état des lieux des pratiques d’enregistrement des faits de délinquance à Paris et dans la petite couronne. Mais en se plongeant dans les méandres du recueil statistique policier, ses auteurs ont mis à nu un système mis en place depuis plus d’une dizaine d’années et monté en puissance à partir de 2008, visant à minimiser la délinquance.

Minoration des faits (un cambriolage enregistré comme une dégradation par exemple), report (les services stoppent l’enregistrement des plaintes avant la fin du mois), ou même destruction pure et simple de certains faits, sont les principales techniques mises en évidence.

“Une pratique de report systématique”

Le rapport évoque notamment près de 16.000 faits de délinquance escamotés en 2011 à Paris et 13.000 en 2012, a précisé lundi matin dans un communiqué la préfecture de Police. A l’époque, celle-ci était dirigée par Michel Gaudin, un fidèle de l’ex-président Nicolas Sarkozy. Les auteurs démontrent qu’à partir de 2008 ces pratiques ont été “organisées, systématisées et donc pilotées”, explique également la PP.

“Les chefs de service agissent rarement de leur propre initiative”, a réagi Emmanuel Roux, secrétaire général du premier syndicat des commissaires de Police, qui a demandé au ministère de l’Intérieur la publication de ce rapport. Ce document fait écho à un autre rapport de l’IGA publié en juillet 2013 qui avait conclu à la disparition entre 2007 et 2012 de près de 130.000 faits de délinquance sur l’ensemble du territoire, des “anomalies” que l’IGA attribuait à la politique du chiffre pratiquée sous Nicolas Sarkozy.

Ce document accablait déjà la préfecture de Police de Paris, les rapporteurs ayant noté que depuis 2006 ou 2007, “perdurait dans la capitale une pratique de report systématique”.

“Mauvaises habitudes”

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a de nombreuses fois attaqué la droite sur la dissimulation de ces chiffres, insistant sur une exigence de transparence. Mais si ce nouveau rapport confirme bien l’escamotage organisé des statistiques à la PP, il atteste également de la persistance de mauvaises pratiques dans certains services, au moins jusqu’à l’été 2013, soit un an après l’arrivée de Bernard Boucault nommé par Manuel Valls.

“Il semble difficile pour certains de rompre avec des habitudes qui avaient été établies pendant des années. Cela traduit à quel point ces pratiques ont déstabilisé les équipes”, explique un haut fonctionnaire à la PP. “Mais les consignes données par le préfet sont très claires, ces pratiques, qui ont diminué comme le note le rapport, doivent cesser”, souligne-t-il.

“Pourquoi se tirer une balle dans le pied ?”

Le rapport cite l’exemple d’un gradé reconnaissant qu’il notait sciemment, y compris depuis les nouvelles directives du préfet, toutes les tentatives de cambriolages dans la rubrique des dégradations, afin de “ne pas faire exploser les chiffres”. Un commissaire de banlieue parisienne a également expliqué aux rapporteurs classer toutes les tentatives de cambriolages en dégradations lorsqu’il n’y a pas de préjudice car, selon lui, “les magistrats ne poursuivent pas, alors, pourquoi se tirer une balle dans le pied ?”

Dans un commissariat parisien, les délits de vente à la sauvette “ne sont plus du tout annexés” depuis février 2013, écrivent les rapporteurs, “en raison de leur volume très élevé”. “Cela a été corrigé”, a affirmé le haut-fonctionnaire de la PP. Ces anomalies “sont sur le point d’être définitivement réglées”, a ajouté ce haut fonctionnaire, notamment avec le déploiement fin avril d’un nouveau logiciel d’enregistrement.

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