mercredi 21 octobre 2020
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Illustration (SD/L'Essor).

Le pandore et la Gendarmerie : la véritable histoire..

Le pandore et la Gendarmerie c’est une longue histoire. Pourquoi les gendarmes sont-ils parfois encore appelés pandores ? Est-ce péjoratif ? Notre version de l’histoire par Jean-François Nativité 

Pandore en boîte!

Le langage populaire attribue encore parfois aux gendarmes le sobriquet de “Pandores“. Si l’on a longtemps fait l’analogie entre ce surnom et la célèbre “boîte de Pandore“, (jarre censée contenir tous les maux de l’humanité offerte en dot à Pandora littéralement “celle qui à tous les dons“, la première femme de la mythologie grecque créée sous l’ordre de Zeus et envoyée à Epiméthée pour punir les Hommes de leur trop grande puissance), il semble établi aujourd’hui qu’il n’en est rien.

C’est à un illustre chansonnier du XIXe siècle, Gustave Nadaud, que nous le devons. En effet, la chanson qui l’a notamment rendu célèbre est Les deux Gendarmes (1857) interprétée par le chanteur et acteur comique Pierre Levassor, où il campa un gendarme obéissant à outrance, élevé dans la crainte de Dieu et de ses supérieurs, et incapable d’initiative ou d’idée personnelle. La figure de Pandore fut d’ailleurs surtout connue pour son propos invariablement prononcé avec un fort accent alsacien “brigadier vous avez raison !“(1).

Originaire de Roubaix et connaissant le Flamand, Nadaud se serait inspiré pour baptiser son personnage du terme néerlandais issu du hongrois, “pandoer” désignant un gendarme dans le royaume des Pays-Bas. Voilà l’origine du mot, et d’une longue tradition où il faut bien reconnaître, le gendarme n’eut pas toujours le plus beau rôle, comme d’ailleurs dans les spectacles de Guignol, créés à Lyon sous la Révolution (2).

Une caricature irrévérencieuse envers la Maréchaussée

Considérée comme irrévérencieuse envers la Maréchaussée et donc subversive, cette caricature de Nadaud fut interdite durant tout le Second Empire et valut même des poursuites judiciaires à son auteur en 1863, avant que la chanson ne soit finalement autorisée par la Troisième République.Les personnages de Pandore et du brigadier ainsi que les références successives à la chanson de Nadaud par des artistes populaires durant toute la fin du XIXe siècle contribuèrent après la fin de la Première Guerre Mondiale à forger la plupart des stéréotypes gendarmiques : des gendarmes allant par deux, à la fois conservateurs et incorruptibles, maillons quasi mécaniques d’une institution tatillonne et inflexible au point de faire de la loi un rempart infranchissable entre les soldats de l’ordre et la société qu’ils sont supposés protéger.

Ainsi, le terme de “Pandore” apparut par exemple dans le Dictionnaire d’argot historique de Lorédon Larchey (1880), ainsi que dans celui d’Albert Dauzat L’argot de la guerre (1918) assimilant de la sorte durablement cette terminologie à celle du gendarme (3).

Si la perception du soldat de l’ordre fut évolutive dans le temps, (à l’image du rustre de la contravention succéda dans l’imaginaire collectif populaire celle notamment du gendarme fripon), ce fut en général la même rengaine qui servit de modèle à maintes variations. Tantôt tutélaire, tantôt ornementale, voire licencieuse, la représentation du gendarme en chanson resta humoristique. Il fallut attendre le succès de la célèbre tactique du gendarme du comédien Bourvil, juste après la Libération, pour que les figures de Nadaud perdent en pérennité et que d’autres lieux communs comme l’image du gendarme veule et cocu s’imposent portés notamment par la faconde de Georges Brassens (4). Pour autant l’affaire était entendue : le gendarme Pandore était passé à la postérité !

(1) Jean-Noël LUC, Frédéric MÉDARD (dir.), Histoire et dictionnaire de la gendarmerie. De la Maréchaussée à nos jours, Éditions Jacob-Duvernet / Ministère de la Défense, Paris, 2013, p. 410.

(2) Laurent MICLOT, « Gendarmes et chansons », dans Revue de la Gendarmerie nationale, Dossier image(s) de la gendarmerie, 1er trimestre 2007, p. 89.

(3) Jean-Noël LUC, Frédéric MÉDARD (dir.), Ibid., pp. 410-411.

(4) Yan GALERA, « Quand Orphée rencontre Pandore : le gendarme en ballades », dans Société & Représentations, Éditions de la Sorbonne, 2003/2 (n°16), p. 130.

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