mardi 13 avril 2021
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Photo d'illustration (Crédit photo: Chris Yang / Unsplash).
Photo d'illustration (Crédit photo: Chris Yang / Unsplash).

“On s’inquiète de la mainmise de l’Etat sur des données, pas de celles des entreprises privées” (Xavier Leonetti, ancien officier)

L’ancien officier de Gendarmerie Xavier Leonetti vient de publier un livre, Smartsécurité et cyberjustice (éditions Puf). Désormais substitut au parquet du tribunal judiciaire de Marseille, le magistrat brosse en 152 pages dans cet ouvrage l’évolution des technologies et les questions que cela pose sur le fonctionnement de la justice.

L’Essor: Pourquoi avez-vous écrit ce livre?

Xavier Leonetti (Crédit photo: XL).

Xavier Leonetti: Pour apporter une réponse à la question du futur visage de la sécurité en France dans les prochaines années. Comment la technologie va-t-elle renforcer la sécurité, et comment les ministères concernés peuvent se moderniser et améliorer les outils de lutte contre la délinquance. C’est une interrogation à avoir au regard de l’influence forte des nouvelles technologies. Dans ce livre, j’apporte plus précisément trois réponses. D’abord, quelle est la réponse technologique, à savoir ce qu’il est possible de faire, comme par exemple en Chine. Ensuite, ce que nous avons le droit de faire, et notre capacité à mettre en rapport la technologie avec nos valeurs. Et enfin, la troisième réponse, politique, ce que nous voulons en faire. 

Quels sont les risques liés à l’usage de ces nouvelles technologies que vous pointez?

Je parle des risques, mais je précise qu’ils ne sont pas concentrés sur la question d’un État policier. Nous sommes à ce sujet dans une fixation Orwellienne. C’est devenu un lieu commun de citer le livre phare de cet auteur, 1984. Depuis trente ans, notre regard s’est focalisé là-dessus, et nous avons regardé ailleurs pendant que les Gafam ont comblé cet espace. Alors qu’on s’inquiète de la mainmise de l’Etat sur des données, dans le même temps on cède à des entreprises privées, sans transparence et qui définissent leurs propres règles, l’accès à ses données personnelles. Regardez l’application StopCovid: le principal frein a été son acceptabilité sociale, pas la technologie, alors qu’elle gère moins de données qu’un radar. C’est encore un paradoxe français.

C’est un paradoxe que vous constatez personnellement?

Vivant et travaillant à Marseille, je cite ainsi le projet de “Safe city” de cette métropole. Alors qu’il y a des peurs autour de ce projet, je constate qu’avec les 1500 caméras actuelles, il y a eu, en 2020, 281 interpellations (dont 238 pour des vols avec violence) réalisées via ces caméras, dont 113 en temps réel. Elles sont des facilitateurs: à l’audience, quand vous avez une victime qui s’est fait dérober son téléphone à une heure tardive, c’est l’image qui prouve ses dires. Sur la technologie, il y a donc un écart considérable entre ce qui est dit et la réalité. 

Quel regard portez-vous sur l’évolution technologique de la Gendarmerie?

Je manque d’objectivité à ce sujet. J’ai un profond attachement à l’Arme. Ce sont mes origines, une famille qu’on ne quitte pas même si l’on s’expatrie. Je suis très admiratif des prouesses que peut accomplir la Gendarmerie. Évidemment en termes d’investigation cybercriminelle, avec le C3N, ou avec le PJGN.

Lire aussi: Le C3N fait tomber un vaste réseau de pédopornographie sur internet

Quand je vois la modélisation d’une scène de crime et l’analyse des traces de sang, c’est du travail de pointe. Avec cette capacité à faire travailler des sachants ensemble vis à vis d’un même objectif. Il y a également des avancées majeures dans l’utilisation des technologies du quotidien. A ce sujet, pour le moment, tout est en version papier dans la justice. Une procédure enregistrée numériquement par un policier et gendarme va ainsi être imprimée pour être transmise au tribunal et ensuite rescannée. On peut donc déjà rejoindre le 21e siècle, c’est en cours avec la procédure pénale numérique, et tout numériser. Cette future cyberjustice doit la rendre plus efficace et plus proche des citoyens. 

Propos recueillis par GT.

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Un commentaire

  1. Josette FREISZ

    Respect, soutien et courage à tous nos gendarmes de France.
    De tout coeur avec vous.
    Bien cordialement.

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