jeudi 25 février 2021
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Myriam Sakhri: l'enquête pour harcèlement réouverte ? (Photo: famille Sakhri).
Myriam Sakhri: l'enquête pour harcèlement réouverte ? (Photo: famille Sakhri).

Myriam Sakhri: le parquet général requiert la réouverture du dossier

Nouveau rebondissement dans l’affaire Myriam Sakhri. La requête plaidée le 26 janvier devant la cour d’appel de Lyon par les avocats de la famille a été couronnée de succès. Le parquet général a en effet requis la réouverture du dossier pour harcèlement et homicide involontaire. Réponse le 30 mars.

Grâce à l’AFP, on en sait désormais un peu plus sur les “éléments nouveaux” dont disposent les proches de cette gendarme de 32 ans, retrouvée morte en 2011 dans son logement de fonction de la caserne Delfosse de Lyon. La famille n’a jamais accepté la version officielle de sa mort. Une enquête interne avait conclu au suicide pour “raison personnelle”. La jeune femme, qui se plaignait d’être harcelée par ses collègues, devait en effet comparaître devant un tribunal correctionnel dans deux procédures pénales diligentées à son encontre.

La longue bataille judiciaire de la famille de Myriam Sakhri

Après un premier classement de l’affaire, sa famille avait porté plainte, déclenchant l’ouverture d’une information judiciaire. Laquelle a débouché sur un non-lieu, confirmé en appel puis en cassation en 2015. “Si les raisons du suicide de Myriam Sakhri restent en l’état inconnues et se heurtent à l’incompréhension de la famille, cet événement survenu dans un contexte de très forte alcoolisation (la défunte était sortie tard dans la nuit et avait bu, ndlr) doit être rapproché des difficultés professionnelles que rencontrait la jeune femme”, avaient à l’époque jugé les magistrats, écartant tout harcèlement.

Pour autant, le mot laissé par la défunte dans son appartement – “Merci à G. le connard!” – a toujours entretenu une suspicion sur les causes réelles de son passage à l’acte. Il désignait le colonel qui commandait à l’époque la gendarmerie du Rhône. C’est cet officier, devenu général de brigade au sein de la direction générale, qui est au coeur de la requête déposée en janvier par les avocats de la famille visant à faire rouvrir le dossier.

Victime pour avoir dénoncé les propos racistes de ses collègues ?

Les attestations de témoins recueillis par les conseils de la famille éclairent de fait d’un jour nouveau les derniers mois de la militaire, affectée en 2010 au Centre d’opérations et de renseignements (Corg). Un service chargé de répondre aux appels du public que la défunte souhaitait quitter pour retrouver le terrain.

Selon ses proches, Myriam Sakhri aurait dénoncé à ses supérieurs le comportement de certains de ses collègues. Elle les accusait de raccrocher au nez d’usagers à coups d’insultes racistes (“bougnoule”, “boukak”). Pour la partie civile, cette mise en cause a conduit à l’isolement puis au harcèlement de la gendarme.

 A contrario, la justice a tenu la défunte pour responsable de la dégradation de l’ambiance au Corg. “De l’avis de tous ses collègues, écrivaient les magistrats en 2014, Myriam Sakhri aurait changé de comportement, accumulant des congés synonymes de surcroît de travail pour les autres”. Pour parvenir à quitter le Corg, elle aurait même été “prête à invoquer le fait qu’elle était victime de propos racistes”.

Myriam Sakhri devenue “la bête noire” du Corg

Mais plusieurs témoins assurent aujourd’hui que la gendarme était réellement “affectée” par le comportement de certains de ses collègues. Elle avait d’ailleurs contacté une association de défense des droits des militaires pour dénoncer la situation et demander conseil.

Devenue “la bête noire du Corg”, sa hiérarchie se serait en effet mise “à surveiller ses moindres faits et gestes”.  Le rôle du colonel G. est notamment pointé du doigt par la partie civile. L’ancien patron des gendarmes du Rhône a déclenché les deux procédures pénales contre la gendarme. Pour ce faire, il a eu recours à l’article 40 du Code pénal. Un article qui permet de saisir le procureur sans plainte de tiers.

Les semaines précédant sa mort, la militaire fut aussi soupçonnée à tort d’avoir volé la carte bancaire de sa nièce et usurpé l’identité d’un collègue. Les victimes présumées assurent aujourd’hui avoir été fortement incitées à témoigner “pour porter préjudice” à la gendarme.

Décision le 30 mars

Les auditions menées après le décès par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale sont également remises en cause par des témoignages. L’un des anciens collègues de Myriam Sakhri regrettant en particulier que sa déposition ait été “mal retranscrite”. Une autre affirmant qu’on lui avait demandé “de ne pas parler du mot visant le colonel G.”. “Tout le monde a eu peur et s’est tu”, déplore un autre.

Lire aussi: Suicide de Myriam Sakhri : l’enquête pour harcèlement relancée?

Des consignes auraient également été données pour ne pas se rendre aux obsèques, au motif – erroné – que la famille s’y opposait.

Autant d’éléments qui ont conduit le parquet général a demander la réouverture du dossier. C’est maintenant à la chambre de l’instruction de se prononcer. Sa décision est attendue pour le 30 mars.

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2 Commentaires

  1. Desbois

    Si tout cela est confirmé, c’est réellement lamentable et inadmissible de la part de la Gendarmerie d’avoir couvert une telle chose. Dans une telle condition, on peut se poser la question de savoir à quoi sert réellement cette Inspection Générale si cela ne sert pas à faire sortir la vérité.
    Maintenant, attendons le 30 mars pour découvrir la décision de la chambre d’instruction….

  2. MICHELE HUART

    Honte à ces femmes et à ces hommes (y compris les membres de l’IGGN) qui par leur silence ou leur indifférence cautionnent le comportement inacceptable d’un gradé ! Gradé qui entache l’image de cette belle institution “la Gendarmerie” par le harcèlement, la misogynie ou le racisme n’y a plus sa place !
    Gendarmerie qui se doit d’être exemplaire !
    Que justice soit rendue à ces Femmes victimes de tels agissements qui ne devraient pas exister dans une corporation qui se doit de lutter contre la violence faite aux Femmes !

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