lundi 12 avril 2021
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L'adjudante Nathalie S., au premier plan, lors d'un don à l'initiative des prévôts et du 7ème BCA. Les reliquats des rations ont été distribués à trois associations de Beyrouth (Crédit photo : Opération Amitié pour le Liban).
L'adjudante Nathalie S., au premier plan, lors d'un don à l'initiative des prévôts et du 7ème BCA. Les reliquats des rations ont été distribués à trois associations de Beyrouth (Crédit photo : Opération Amitié pour le Liban).

Moi, Nathalie S., adjudante à la brigade de recherches de la Prévôté

L’adjudante Nathalie S., 43 ans, est affectée à la brigade de recherches de la Gendarmerie prévôtale depuis septembre 2019. Elle vient de raconter son quotidien lors d’une rencontre avec les journalistes de l’Association des journalistes de défense. Témoignage.

“J’ai 43 ans, dont 16 ans dans la Gendarmerie, en active et en réserve. J’ai grandi près du fort de Romainville où il avait de nombreux militaires affectés à Mortier, à la DGSE. J’étais très attachée à tout cela. Et c’était évident pour moi que j’y aille, que je m’engage dans une carrière militaire. Je suis amoureuse de mon institution. Je m’estime chanceuse avec mon parcours, moi qui ait grandi dans une cité. Quand je suis rentrée dans la Gendarmerie, certains m’ont dit que j’étais passée de l’autre côté de la barrière. J’ai perdu des amis, mais sans aucun regret. Je suis très patriote, ma famille vient de Macédoine et du Kosovo, c’est une fierté de porter les couleurs tricolores.

D’abord réserviste dans la mobile

J’ai d’abord commencé comme réserviste dans la Gendarmerie. J’ai choisi d’être réserviste dans la mobile. A l’époque l’organisationnel n’était pas la même qu’aujourd’hui: j’ai donc commencé au 124/1 de Maisons-Alfort. La mobile n’était pas encore féminisée, mais il y avait un vide juridique pour les réservistes, et j’en ai profité. J’ai cependant eu une expérience de misogynie quand j’étais réserviste. Un gendarme mobile avait refusé de partir avec moi parce que j’étais une femme ! En réserve, j’ai fait tout type de mission, sauf du maintien de l’ordre. C’était par exemple des transferts de détenus, des patrouilles dans les gares ou le métro. J’aimais bien aller patrouiller Gare du Nord, on savait que cela allait bouger.

Aujourd’hui, je suis en brigade de recherches dans la Gendarmerie prévôtale, j’ai intégré l’unité en septembre 2019. Nous sommes sept, dont cinq sous-officiers. Nos affaires sont le reflet de la société, il y a de tout. On va avoir plusieurs formes de saisines. Ce sont exclusivement des affaires de militaires, victimes ou auteurs, personnels civils et familles dans les emprises des armées françaises lors d’une opération extérieure. Les prévôts dépendent d’un parquet spécialisé, dénommé AC3, à Paris. C’est lui qui décide de nous saisir ou pas. On peut par exemple être co-saisi avec la DGSI. Je suis par exemple directeur d’enquête sur l’affaire du militaire suspecté d’avoir tiré sur des collègues. La brigade de recherches sera saisie en cas d’affaire complexe. Nous pouvons nous projeter, mais avec la Covid-19 c’est plus compliqué, avec les quarantaines au départ et à l’arrivée. Du coup, on essaye de faire autrement.

Lire aussi: Ces prévôts français qui forment les gendarmes maliens à Gao (reportage)

Au Liban après l’explosion

La mission prioritaire des prévôts, c’est la police judiciaire. J’ai ainsi été en mission au Liban, suite à l’explosion qui a ravagé le port. Ce qu’on craignait à l’époque, c’était l’accident du travail. Je rappelle que c’était avant tout, pour les forces françaises, une mission de génie et humanitaire. Il s’agissait de déblayer le port. Nous vivions dans des conditions très rustiques, nous logions sur le port à 300 mètres du site de l’explosion – d’ailleurs, notre gorge et les yeux piquaient. Cela rapprochait les gendarmes des militaires: tout le monde vivait la même chose, sans quartier libre ou climatisation. La population était très contente de nous voir. Nous avions cependant peu de contacts car nous étions sur le port.

Au Liban, dans le port de Beyrouth sur les chantiers confiés à l’armée française (Crédit photo: Opération Amitié pour le Liban).

J’ai eu la chance de partir sur la voie sacrée. La voie sacrée, c’est la mission logistique de l’opération Barkhane au Mali, de Port-Bouët en Côte d’Ivoire jusqu’à Niamey. C’est une mission majeure, tous les prévôts veulent la faire, mais il n’y en a qu’un à chaque convoi. J’ai eu un coup de chance, j’ai répondu la première. La mission dure trois semaines mais on se prépare des mois avant. Nous avons deux semaines préparation de pré-mission: on doit apprendre à évoluer au sein des armées et connaître le vocabulaire Otan. On revoit également l’instruction sur le tir de combat du Famas- on tire d’ailleurs pas mal, environ 300 cartouches.

On simule des Pick and run, des attaques. C’est important car sur le convoi, on sera le seul prévôt. Si on est pris à partie, on se doit de réagir. On avons des enseignements autour de la lutte contre les engins explosifs improvisés, la gestion des blessés, et évidemment la police judiciaire dans les armées. Mais ce n’est pas ce qu’on va pratiquer, heureusement, le plus dans cette mission. Le prévôt doit d’abord se fondre dans la masse. Enfin, avant chaque projection, le régiment qui participe au convoi fait une préparation de quelques semaines, on y participe dans la mesure du possible.

“Il y a parfois du public!”

On sait quand on part mais pas quand on rentre. Mon convoi est parti en octobre 2018 et est arrivé le 11 novembre 2018. Je suis partie avec les Premiers chasseurs de Verdun. En Cote d’Ivoire nous avons été escortés par les gendarmes ivoiriens. Le convoi, c’est cent véhicules qui s’étalent sur des dizaines de kilomètres. Le but, c’est de ne pas heurter les souverainetés de chacun. On leur demande de nous laisser passer et de bien vouloir nous escorter. Il y a parfois du public pour voir une femme prévôt ! Mais la zone rouge n’est pas forcément là où on l’attend. On rectifie la tenue, on met le Famas près à… La préparation psychologique, c’est important. Maintenant une Kalachnikov en Afrique; ce n’est pas forcement un djihadiste. Cela peut être une milice, un coupeur de route…

Sur le convoi de la “Voie sacrée” (Crédit photo: SGTIA Verdun).

Une fois, à 3h du matin, on a reçu un projectile lumineux. Mais on était sur le départ et nous n’avons jamais su qui l’avait envoyé. Le contact avec la population se passe très bien à partir du moment où l’on sourit. Par exemple au Burkina-Faso, je n’ai pas du tout constaté que la population était hostile ou fermée. La population africaine fait confiance aux gendarmes, dans ces pays là, c’est souvent l’institution la moins corrompue. Je pense avoir démontré que les femmes avaient leur place sur cette mission. J’ai été félicitée par le chef de corps du BIMA pour un renseignement que j’ai eu dans le nord du Burkina-Faso sur des hommes armés.

Ces conditions sommaires et rustiques créent un attachement, une fraternité de frères d’armes. C’est dans la difficulté qu’on créé des liens. A chaque fois qu’on apprend qu’il y a un mort en opération extérieure, on espère que c’est pas quelqu’un qu’on connaît. Il y a un appel à volontaire annuel pour la prévôté. On compte environ 65 prévôts projetés en permanence. Ce sont pour la plupart des pays francophones, donc l’anglais n’est pas primordial. Le plus important est d’être officier de police judiciaire, sauf pour les missions au Liban et en Jordanie où il y a un prévôt arabisant qui a un rôle d’interprète. Si il est officier de police judiciaire, tant mieux, mais ce sont les seuls postes où un gendarme mobile peut postuler. Attention, le stage de perfectionnement prévôtal est éliminatoire, que ce soit pour inaptitude physique ou un problème d’état d’esprit.”

Propos recueillis par GT.

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