mercredi 26 février 2020
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Marc Watin-Augouard (Crédit photo: GT/L'Essor).
Marc Watin-Augouard (Crédit photo: GT/L'Essor).

Marc Watin-Augouard, le gendarme derrière le succès du FIC

Marc Watin-Augouard, lors d'une conférence du FIC (Crédit photo: GT/L'Essor).
Marc Watin-Augouard (Crédit photo: GT/L’Essor).

Vous l’avez sans doute croisé dans les couloirs du Grand-Palais, à Lille, ou entendu ses appels vigoureux à une nécessaire prise de conscience des cybermenaces. Animations de conférence, présentation de l’événement, accueil de personnalités… Pendant deux jours, ces mardi 23 et mercredi 24 janvier, Marc Watin-Augouard était au four et au moulin, à Lille, pour la dixième édition du Forum international de la cybersécurité (FIC).

Le train-train habituel pour ce général d’armée (2S) féru de technologie âgé de 66 ans, depuis 2012 directeur du centre de recherche de l’école des officiers de la Gendarmerie nationale. Chaque année, le représentant de l’Arme au comité de direction du FIC donne rendez-vous au gratin de la cybersécurité dans la capitale nordiste.

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Une belle histoire qui commence en 2005. A l’époque, Marc Watin-Augouard commande le groupement de Gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais, avec à ses côtés le lieutenant-colonel Régis Fohrer, chargé de mission “Intelligence économique et nouvelles criminalités”. Les deux gendarmes veulent sensibiliser les entreprises aux risques, alors émergents, liés à la cybercriminalité.

Drapeaux rouges et noirs

Avec une poignée de premiers fidèles, ils se retrouvent d’abord pour des rencontres à la caserne de Villeneuve-d’Ascq (Nord), puis sur le campus. La première édition de ce qui n’est alors qu’un simple colloque d’une demi-journée en plein cœur de cet automne brûlant dans les banlieues est mouvementée. Les spécialistes de la sécurité se retrouvent nez-à-nez avec les drapeaux rouges et noirs d’étudiants peu enclins à leur ouvrir les portes de la faculté.

La contestation fait long feu et est devenue l’une des anecdotes qu’on répète avec malice d’édition en édition. Mais on imagine bien qu’elle n’a pas dû déplaire à Marc Watin-Augouard, un gendarme amoureux du dessin et du petit bricolage dans sa maison de Bourgogne. Ce Parisien aux racines nordistes est chaleureux et jamais avare d’explications. Le succès de ces premières rencontres est tel que les organisateurs décident de passer à la vitesse supérieure. En juin 2007, grâce au soutien de l’Union européenne, la première édition du FIC, alors dénommé Forum international de la cybercriminalité, accueille environ cinq cents visiteurs à Marcq-en-Baroeul, près de Lille, à la Cité des échanges.

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La cybercriminalité est déjà le dada du général. En 2005, il a contribué au rapport éponyme de Thierry Breton, alors patron de France Télécom, qui préconisait justement l’organisation d’un tel événement. Dans les années 1990, il a été l’un des conseillers du directeur général et magistrat Jean-Pierre Dintilhac, où il mettra en place un groupe de prospective. Et, en tant que commandant du groupement de Gendarmerie dans l’Eure, il est l’un des expérimentateurs de Rubis, alors le premier réseau national numérique à disposition d’une force de sécurité.

Un des hauts potentiels

Mais le parcours de ce cyrard, venu à la Gendarmerie par amour du service public et de la fonction militaire, ne résume pas au high-tech. Il conseille pour la sécurité Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2002. Et cinq ans plus tard, il fait partie de la short-list pour succéder à Guy Parayre comme prochain patron des gendarmes. Sans suite. “Cela m’a donné une liberté d’action que je n’aurais peut-être pas eue”, souligne-t-il. Qu’importe : il terminera sa carrière comme inspecteur général des armées-Gendarmerie, le seul “5 étoiles” de l’Institution avec le directeur général.

L’officier est également connu pour sa fibre sociale. Décembre 2001 : la Gendarmerie fait face à l’une des plus graves crises interne de son histoire. Une crise marquée par des défilés inédits de plusieurs milliers de gendarmes en uniforme dans toute la France, notamment aux abords des Champs-Elysées. La contestation, centrée sur les conditions de travail, est pacifiée lors d’une réunion entre les représentants des gendarmes et Alain Richard, ministre de la Défense. Dans l’amphithéâtre Foch de l’Ecole militaire, les mots de Marc Watin-Augouard dénouent la crise, réglée un samedi en fin d’après-midi par un accord.

Au FIC 2018 (Crédit photo: GT/L'Essor).
Au FIC 2018 (Crédit photo: GT/L’Essor).

Un appétit pour le dialogue, malgré des problèmes d’audition, qui s’illustre à travers le FIC. Quand l’aide de l’Union européenne arrive à sa fin en 2010, se traduisant par deux années blanches sans forum (2011 et 2012), il prend son bâton de pèlerin pour trouver de nouveaux partenaires. Ce seront les sociétés CEIS et Euratechnologies, et bien sûr la région Nord-Pas-de-Calais. Les entreprises privées sont invitées à financer l’événement en louant des stands. L’événement change de nom. Le Forum international de la cybersécurité veut désormais, outre la cybercriminalité, s’intéresser à la cyberdéfense, à la protection des données personnelles et à la transformation numérique.

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Elargissement du forum

Un élargissement qui n’est pas sans susciter quelques interrogations. Certains observateurs s’interrogent sur la cohérence du forum, qui accueille indistinctement des ministres, des lycéens, et des techniciens. “Cela fait un peu ‘Foire”, cela manque de rigueur et se disperse, au risque de perdre son identité originelle, tout en devenant un très bel événement”, remarque ainsi un spécialiste.

“Le FIC évolue très positivement, en particulier avec la présence de délégations étrangères”, salue au contraire Jérôme Notin, le directeur général de la plateforme d’assistance aux victimes Cybermalveillance, qui loue “l’extraordinaire capacité de mobilisation” de Marc Watin-Augouard.

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Au FIC 2018 (Crédit photo: GT/L'Essor).
Au FIC 2018 (Crédit photo: GT/L’Essor).

Pour les gendarmes et les policiers spécialistes de la cybercriminalité, le rendez-vous est toujours incontournable. “Les ateliers permettent de s’informer des nouvelles tendances, de se former, et on peut y découvrir de nouveaux outils intéressants pour les investigations numériques”, énumère la commissaire divisionnaire Anne Souvira, conseillère cybercriminalité du préfet de Police de Paris. Avec 8.600 visiteurs, en hausse de 20%, le FIC a le vent en poupe. Marc Watin-Augouard pense déjà à quelques pistes d’innovations. Un forum sur trois jours au lieu de deux, de nouveaux événements complémentaires ou encore d’autres lieux pour accueillir les festivaliers. Vous n’avez pas fini de croiser la silhouette du général à Lille…

Gabriel Thierry

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