lundi 10 août 2020
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Les policiers mènent la vie dure aux dealers à Toulouse

Les policiers ont durci récemment le combat contre les dealers aux Izards, plaque tournante du trafic de drogue à Toulouse, s’attirant des jets de pierres et – ce qui a plus de mal à passer – une grave mise en cause de la part d’un avocat de délinquants. Les Izards sont le quartier de Mohamed Merah, qui n’a jamais vraiment quitté ce coin du nord-est toulousain après y avoir passé ses premières années.

Trois de ses connaissances interpellées cette semaine dans l’enquête sur ses éventuelles complicités viennent des Izards. Mais l’intensification récente des opérations policières aux Izards n’a a priori rien à voir avec Merah. Sauf à ce que la notoriété du quartier ait contribué à en faire fin 2012 l’une des nouvelles Zones de sécurité prioritaires (ZSP), ces territoires que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls veut reconquérir en y affectant des moyens supplémentaires et en y menant une action taillée sur mesure. Après comme avant l’affaire Merah, les Izards, ces quelques pâtés de petits immeubles et de maisons toulousaines, restent connus comme un marché aux stupéfiants et à la cocaïne opérant presque à ciel ouvert.

Dans ce secteur très différent des grands ensembles du Mirail qui ont été classés ZSP au même moment, les dealers bloquaient jusqu’à récemment la circulation avec leurs voitures à la sortie du métro, occupaient les halls d’immeuble et faisaient régner la loi du silence. Beaucoup d’habitants se désolaient d’avoir été abandonnés par l’État. Depuis le début de l’année, ils voient beaucoup plus d’uniformes. Les opérations ont été multipliées par trois ou par quatre, dit le chef de sécurité publique en Haute-Garonne, Lucien Pourailly. Les policiers ont entrepris de “massifier” leur présence sur le terrain. Depuis cette semaine, une quinzaine de CRS veillent au grain tous les jours. Bilan provisoire, outre les saisies de drogues, d’armes et d’argent: une vingtaine d’interpellations en bonne et due forme; encore est-ce sans compter sur des dizaines de contrôles de consommateurs, y compris des “gens bien sous tous rapports”, qui y réfléchiront à deux fois avant de revenir. Cela n’est pas allé sans heurts. “A partir du moment où on dérange, on n’est pas accueilli avec des fleurs”, reconnaît M. Pourailly.

Le 22 mars, une trentaine de policiers ont essuyé des jets de pierres et de bouteilles au cours d’interpellations. Encerclés par une trentaine de jeunes encouragés par des habitants plus âgés, ils ont fait usage de lacrymogènes pour se dégager. Dans la nuit, sept voitures ont brûlé. Il y a eu d’autres caillassages depuis, dit un policier. Ce à quoi les policiers ne s’attendaient pas, c’était une riposte par avocat interposé. En ouvrant la Dépêche du Midi, ils ont découvert que Christian Etelin, qui fut l’avocat de Merah et qui défend nombre de jeunes des cités au point d’avoir été dénommé le “Robin des beurs” dans Libération, répercutait les griefs de certains habitants contre des interventions musclées et surtout contre la confiscation de drogue et d’argent “sans aucune procédure derrière”.

Les policiers et le procureur l’ont mal pris. “Je serai impitoyable si j’apprends qu’un policier, un gendarme, prend de l’argent ou de la drogue hors procédure et se comporte comme un voyou”, dit le procureur Michel Valet, mais les accusations ou les “insinuations” de Me Etelin ne sont fondées sur aucun fait. “Ou bien il sait quelque chose et (…) il faut me faire savoir ce qu’il sait, ou bien il ne sait rien et on ne peut pas se permettre de lancer ce qu’il a lancé”.

Les policiers veulent croire, prudemment, au soutien d’une population exaspérée ou lasse d’être réduite à cette image par la faute de quelques-uns. “On s’entend dire: enfin on s’occupe de nous”, dit l’un d’eux. Il n’est pas dupe. Les trafics peuvent se déplacer vers d’autres quartiers. Les habitants du quartier voisin de Borderouge se plaignent d’être négligés au profit des Izards. Au moins les policiers auront-ils perturbé le commerce des dealers, dit-il, et ces derniers ont intérêt à numéroter leurs abattis s’ils envisagent de s’installer sur des territoires déjà pris.

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