jeudi 4 mars 2021
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Un commissaire de Police à Paris, Place Beauvau (M. GUYOT/ESSOR)
Un commissaire de Police à Paris, Place Beauvau (M. GUYOT/ESSOR)

Les commissaires à l’école de la rue

Souvent en charge des opérations de maintien de l’ordre, les commissaires de Police sont-ils suffisamment formés à cet effet ? Nous avions relaté comment, en 2019, un commandant d’escadron avait désobéi à un commissaire de Police. Celui-ci dirigeait les opérations durant une manifestation de Gilets jaunes à Nice.

Lire aussi: Cet article fait partie de notre dossier consacré au maintien de l’ordre

Regrettant l’absence de conception de manœuvre et l’incohérence des actions du commissaire, le gendarme avait franchement réfléchi à se désengager. Surtout, il avait refusé de charger une foule calme, estimant cette action disproportionnée. Des policiers avaient obéi, en revanche, et leur charge avait gravement blessé une manifestante de 73 ans, Geneviève Legay.

Auparavant, les commissaires avaient une culture de la manifestation

Dans Politiques du désordre, les sociologues Fabien Jobard et Olivier Fillieule soulignent l’importance prise par les violences urbaines dans la culture des chefs policiers d’aujourd’hui. Leurs prédécesseurs avaient, dans les années 80, une culture de la manifestation forgée par “Mai 68, les mouvements étudiants ou les mobilisations de sidérurgistes”. Ceux de la décennie suivante “s’étaient également formés aux manifestations étudiantes, mais aussi à celles des chantiers navals en perdition, d’agriculteurs, de marins-pêcheurs, ou encore aux mouvements de sans-papiers”.

Un savoir-faire désormais perdu, selon les sociologues. Les chefs policiers ont “aujourd’hui en commun d’avoir été affectés dans les circonscriptions de “zones sensibles”, et donc confrontés aux violences urbaines”. Désormais, “depuis une quinzaine d’années, les galons se gagnent au feu des violences urbaines”. Cela pointe “une transformation que nous croyons profonde de la “culture institutionnelle” des responsables policiers de la sécurité publique”.


Partagée avec le pouvoir politique, cette conception passée “de la manif à l’émeute” aurait des conséquences importantes. Les chercheurs y voient l’une des causes de ce qu’ils appellent la “brutalisation” du maintien de l’ordre.

L’attitude face à des manifestants, même violents, n’est en effet pas la même que face à des émeutiers. Un haut gradé de la gendarmerie mobile l’explique dans le livre. “Dans les violences de type urbain, on a affaire à des délinquants. Et la mission première, c’est de faire cesser des infractions et d’interpeller les délinquants […] Lorsqu’on trouve transposés ou importés, dans la gestion d’un trouble à l’ordre public, des modes d’action semblables aux violences urbaines, on s’aperçoit qu’il y a un problème.”

Matthieu Guyot

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