samedi 31 octobre 2020
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Les acheteurs de drogue frappés au portefeuille

En Seine-Saint-Denis ou à Marseille, les acheteurs de drogue pris sur le fait sont sanctionnés et doivent payer une amende: le ministre de l’Intérieur Manuel Valls n’exclut pas de généraliser cette expérience afin de lutter contre les trafics qui “gangrènent les quartiers”. “Ils sont surpris…”

Mercredi 23h00 au commissariat de Pantin: Manuel Valls est en visite dans la zone de sécurité prioritaire (ZSP) mise en place dans un quartier sensible de cette localité de Seine-Saint-Denis afin de lutter contre la délinquance et les trafics de drogue. En rangs serrés, autour du préfet du département Christian Lambert et de la procureure de la République Sylvie Moisson, des policiers lui détaillent comment ils ont décidé de frapper au portefeuille les consommateurs qui viennent s’approvisionner en stupéfiants dans les cités HLM du “93”. Ils doivent en effet payer sur le champ une amende, expliquent les policiers, comme un simple usager pris en défaut de ticket dans le métro. Au besoin, on les accompagne au distributeur de billets le plus proche.

Valls jubile et insiste sur ce moyen de lutte contre les trafics qui, dit-il, “gangrènent les quartiers”. Le lendemain, au micro de RMC/BFM-TV, le ministre en tire les leçons. Il annonce que ce système où tout est “payable quand on est pris sur le fait” va être “généralisé” en France. Il fonctionne également à Marseille et à Amiens dans d’autres ZSP, son “bébé” qui, a-t-il assuré à Pantin, “ne sont pas un coup de bluff” et donnent des “résultats”. Depuis septembre 2012, avait déclaré récemment Mme Moisson, Police et douanes ont uni leurs efforts face aux “acheteurs” de drogues, qui viennent “des beaux quartiers” parisiens s’approvisionner dans ce département où il y a quatre ZSP. “Ce qui perturbe la vie des immeubles”, selon elle, ce sont “les points de deal” où ils achètent “en petites quantités”. “Les douanes ont cette possibilité d’une grande efficacité”, poursuit-elle, “d’appliquer une transaction” – c’est-à-dire une amende – “avec l’accord du procureur”.

“Il faut des moyens”

Ce qui était jusque là réservé d’ordinaire aux trafiquants est désormais mis en place au niveau de l’acheteur, “ce qui éteint les poursuites pénales jusqu’à un certain seuil”. Il paye une amende proportionnelle à la quantité saisie. Quelque 26.000 euros ont été recueillis depuis la mise en place de cette expérience novatrice, soit 100 à 150 euros par acheteur contrevenant. Procureur et préfet ont dit au ministre que “cela dissuade” et que l’acheteur doit comprendre que cela va “lui coûter cher” d’être pris sur le fait. “Ça nous permet de travailler en amont sur l’approvisionnement” qui “vient des Pays-Bas”, selon le préfet Lambert, lequel insiste sur l’aspect “partenarial” avec les Douanes sans qui ce serait impossible à réaliser.

“Bravo !”, s’enthousiasme François, un officier de Police judiciaire qui a longtemps travaillé aux “stups”. “C’est dissuasif, c’est sûr”, selon lui, mais “il faut des moyens et … des douaniers”. “Difficile d’en avoir partout avec nous”, nuance-t-il, ajoutant que les acheteurs “trouveront toujours le moyen d’aller ailleurs, les dealers aussi”, ce qui va “déplacer le trafic” et “toucher d’autres quartiers”. “On rapporte de l’argent à l’État”, a aussi lâché au ministre un policier de Pantin, pensant bien dire mais essuyant quelques sourires ironiques.

Il y a de quoi faire si l’on s’en tient aux chiffres officiels. En 2010 en France, il y a eu plus de 122.000 interpellations pour usage simple de cannabis, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Plus de 150.000 personnes ont été mises en cause, en 2011, pour usage de stupéfiants, toutes drogues confondues, selon l’Office central des stupéfiants (OCRTIS). La justice a prononcé la même année plus de 45.500 condamnations pour ce motif dont une grande majorité concerne le cannabis.

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