samedi 19 septembre 2020
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Flash-Ball Verney Carron
Flash-Ball Verney Carron (Photo DC).

La légitime défense plaidée au procès du Flash-ball à Bobigny

Tirs “nécessaires”, “proportionnels”, “justifiés”: les avocats de la défense ont plaidé vendredi à Bobigny la légitime défense pour les trois policiers accusés d’avoir blessé six manifestants au Flash-Ball en 2009 en Seine-Saint-Denis.
Dans cette affaire, “il y a deux thèses”, a résumé Me Laurent-Franck Liénard, avocat du principal prévenu, accusé d’avoir éborgné par un tir de Flash-Ball, Joachim Gatti, 41 ans: “Celle, sans fondements, selon laquelle le policier se serait fait plaisir en tirant sur des manifestants. Et celle que je vous demanderai de considérer: il a vu des manifestants arriver, il a pris peur et a estimé qu’il était nécessaire d’appliquer deux tirs de Flash-Ball”.
Les faits reprochés aux trois policiers, jugés depuis lundi par le tribunal correctionnel de Bobigny, remontent au 8 juillet 2009.
Les forces de l’ordre étaient intervenues ce soir-là à Montreuil pour repousser plusieurs personnes rassemblées devant une clinique désaffectée, après un “repas de soutien” à des squatteurs expulsés le matin même. Lors de cette intervention nocturne, trois policiers avaient tiré chacun à deux reprises avec leur Flash-Ball, arme qui tire des balles de caoutchouc. Six blessés ont été recensés, dont quatre sont partie civile au procès.
Pour justifier leurs tirs, les trois fonctionnaires avaient invoqué la légitime défense, expliquant notamment avoir subi une “pluie de projectiles”.
Une version remise en cause par les témoignages de riverains et balayée jeudi par le procureur de la République Loïc Pageot, qui a dénoncé l’usage “illégal” ce soir-là de cette arme, “dangereuse et imprécise”.
Il a requis trois ans de prison avec sursis contre le principal prévenu, assortis de trois ans d’interdiction professionnelle et cinq ans
d’interdiction de port d’armes. Contre les deux autres fonctionnaires, dix mois avec sursis ont été requis, ainsi que 18 mois d’interdiction
professionnelle et cinq ans d’interdiction de port d’armes.
“Tous les policiers présents disent qu’il y a eu des jets projectiles”, a relevé Me Liénard, écartant l’idée d’un “mensonge concerté” de ces derniers, comme l’avait dénoncé dans sa plaidoirie Irène Terrel, l’avocate des parties civiles.
Me Didier Robiquet, avocat d’un autre fonctionnaire, a lui aussi défendu des tirs “justifiés” par “une situation d’urgence”. Dans la procédure, “les preuves selon lesquelles il aurait touché quelqu’un ne sont pas rapportées”, a-t-il souligné, en dénonçant également l'”absence d’instruction de la hiérarchie”.
Ainsi, a poursuivi Me Liénard, si faute il y a, ce n’est “pas une faute personnelle”, c’est une “faute de service”, à savoir “un défaut de formation et d’encadrement”.
“Il faut interdire le Flash-Ball”, a-t-il ajouté, en rappelant l’imprécision de cette arme à qui l’on impute de nombreuses blessures depuis
son introduction chez les forces de l’ordre il y a plus de dix ans.
“Les avocats des policiers essaient de jeter le doute sur des faits largement établis pendant la procédure”, ont réagi après l’audience Joachim Gatti et les membres du “Collectif huit juillet”, constitué après l’affaire.
“Ils prolongent les mensonges des policiers et, comme à chaque fois dans ce type de procédure, essaient de jeter le discrédit sur les plaignants”, ont-ils dénoncé.
Le jugement a été mis en délibéré au 16 décembre.

(Photo d'illustration L'Essor.)
(Photo d’illustration L’Essor.)
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