mercredi 30 septembre 2020
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Le rôle croissant des logiciels de gestion des foules

Les logiciels de gestion des foules sont de plus en plus utilisés lors de grands rassemblements tels que la COP21 et bientôt l’Euro 2016 et le Tour de France, permettant une surveillance renforcée, d’autant plus nécessaire que ces évènements se tiennent dans le cadre de l’état d’urgence.

Ainsi, Evitech, société française d’une vingtaine de personnes basée à Antony (Hauts-de-Seine), aura bientôt en charge le comptage des personnes dans la fan zone de Paris située sur le Champ-de-Mars lors de l’Euro 2016 à partir du 10 juin. “Le dispositif qui a été choisi par la préfecture de Paris est de compter les entrants et les sortants et d’en faire le solde, de manière à savoir combien de personnes se trouvent à l’intérieur”, explique Pierre Bernas, fondateur de l’entreprise créée en 2005.

A la faveur d’un dispositif de financement mis en place par la Direction générale de l’armement (DGA) et la Direction générale des entreprises (DGE)*, Evitech développe le logiciel « Lynx » dédié à la gestion des foules. Ce logiciel permet de compter le nombre de personnes franchissant une ligne qui sera utilisé lors de l’Euro 2016. Il permet également de mesurer la densité des personnes, de détecter les attroupements, les personnes se déplaçant à contresens, ou tout autre situation anomale.

Des caméras sont reliées au logiciel qui récupère, analyse les images et alerte en cas de besoin. “Avec ce système, vous n’avez pas besoin d’avoir un gendarme ou un policier dans une salle en train de regarder des vidéos en permanence. Il lui suffit simplement de lever les yeux dès que l’alerte émet un signal sonore”, poursuit Pierre Bernas.

Evitech, qui équipe les toits du ministère de l’Intérieur et des sites militaires, a également remporté un marché de plusieurs milliers de caméras équipées du logiciel “Lynx” au Moyen-Orient, dont la livraison est prévue dès cette année.

Le succès grandissant de ces dispositifs est avant tout lié aux progrès considérables réalisés dans le domaine de l’analyse d’image, alliant haute précision et haute définition. Désormais, les entreprises spécialisées dans ce secteur raisonnent davantage en termes de résolution d’images que de positionnement des caméras en distance. “On parle plutôt en taille de pixels, précise le fondateur d’Evitech, les détails des visages doivent par exemple faire entre cinq et dix pixels pour détecter des comportements anormaux ». Pour les acteurs de la biométrie, les normes sont supérieures puisqu’on estime qu’il faut entre 40 et 50 pixels entre les deux yeux pour identifier un individu. Ces outils deviennent précieux dans le renseignement, la détection et l’identification de comportements anormaux ou suspects, souvent peu décelables par les surveillants lors de la gestion de foules.

Différentes alertes agrégées dans un même logiciel

Ces systèmes modernes de vidéosurveillance sont généralement connectés à des centres de télésurveillance, aussi appelés C2 (Command and control) ou PC sécurité. Ils peuvent traiter en temps réel les informations transmises par leurs propres systèmes et sont aptes à intégrer en temps réel la quasi-totalité des informations données par d’autres capteurs.

La société Egidium Technologies, basée à Orsay (Essonne) a ainsi développé une solution qui permet de coordonner l’ensemble des dispositifs de sécurité : dispositifs de sécurité électronique (titres d’accès), moyens de vidéosurveillance, coordination des agents de sécurité via des fonctions de géolocalisation, applications mobiles. “Les coordonnateurs qui se trouvent dans un PC sécurité vont avoir des pop-ups (fenêtres surgissantes) sur leur écran, les alertant d’éventuels mouvements de foule et leur indiquant la procédure à suivre”, souligne Pierre-Yves Le Guen, directeur marketing d’Egidium Technologies.

Vidéo présentant le logiciel “Event Monitor” de l’entreprise Egidium Technologies

 

Cette société a notamment été chargée d’assurer la sécurité de grands événements tels que le salon international de la Défense Eurosatory en 2014 ou la COP21 en 2015. Généralement, Egidium Technologies traite directement avec les organisateurs de l’événement. “Pour la COP21 par exemple, notre utilisateur était l’ONU qui utilisait notre système dans la zone des négociations. Bien évidemment, il y avait des agents de sécurité de l’ONU, des agents de sociétés de sécurité privée, et puis, à l’extérieur, un périmètre de protection assuré par les forces de l’ordre. C’est justement cette mixité qui implique de coordonner les choses de manière efficace”, résume Pierre-Yves Le Guen.

Se former à la gestion des foules

Dans la même idée, le projet européen Safeciti visa à mettre au point un logiciel de formation au contrôle des foules. “Il s’agit d’un simulateur d’entraînement destiné aux officiers des forces de l’ordre pour s’entraîner à différentes situations dans des environnements urbains, des foules avec différents niveaux d’agressivité. Les officiers vont pouvoir tester l’impact de leurs décision dans un contexte de maintien de l’ordre”, explique Stéphane Donikian, PDG de la société Golaem, PME rennaise qui fait partie des trois sociétés en charge du projet. Le logiciel est actuellement testé par la police espagnole pour une mise en service ultérieure.

Pour autant, les algorithmes n’ont pas encore complètement remplacé l’oeil humain selon Pierre-Yves Le Guen : “Même si de plus en plus de moyens vidéos sont utilisés pour couvrir des événements, il y aura toujours une part d’humain dans l’appréciation d’incidents”, insiste le directeur marketing d’Egidium Technologies. L’évaluation de la situation, la conduite des opérations, voire l’information des autorités, restera de l’ordre de l’humain et non de ces nouvelles technologies.

Nathalie DELEAU

 

*Dispositif Rapid (Régime d’Appui PME pour l’Innovation Duale)

 

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