mercredi 21 octobre 2020
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Exercice commun du GIGN et du Raid à Beynes (Illustration/MG/L'Essor).

Le Raid, unité d’élite de la police, fête ses 30 ans

“Servir sans faillir”. Telle est la devise du Raid, l’unité d’élite de la police qui fête ses trente ans d’existence et s’est frottée aux plus spectaculaires prises d’otages ou affaires terroristes, le “risque majeur” aujourd’hui. Raid pour “recherche, assistance, intervention, dissuasion”.

Le sigle est né en 1985 autour d’une table de bistrot entre gens de cabinet de la place Beauvau. Mais l’idée vient de “grands flics”, Robert Broussard, le “tombeur” de l’ennemi public No 1 Jacques Mesrine, en premier. Constat: la police ne disposait pas, rappelle l’ancien coordonnateur national du renseignement et préfet Ange Mancini, son premier “patron”, d’un service d’intervention digne de ce nom face aux forcenés et au risque terroriste dans le monde depuis la prise d’otages aux jeux Olympiques de Munich en 1972.

Les gendarmes oui, depuis 1974 avec le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN). “Ce n’était pas une réponse au GIGN”, assure Ange Mancini, mais une “volonté commune de créer une culture d’entreprise, un service réactif avec des policiers de toutes origines”.

Broussard soumet l’idée au ministre de l’Intérieur du gouvernement socialiste de François Mitterrand, Pierre Joxe. Qui veut en faire une “vitrine”, un “laboratoire” de la Police, selon son expression. Une “Formule un”, dit Ange Mancini avec le recul. Le Raid nait officiellement le 23 septembre 1985. Il “prend”, deux mois après, une retentissante prise d’otages au palais de Justice de Nantes à laquelle Mancini, Broussard – qui n’en est pas le chef – et leurs hommes mettent fin sans effusion de sang.

La liste des interventions – 500 par an – du Raid est longue: forcenés anonymes mais aussi arrestation des chefs de l’organisation armée d’extrême gauche Action Directe en 1987, neutralisation du preneur d’otages dans une école maternelle de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) “HB” – pour “human bomb” comme il se surnommait – en 1993, où il est tué.

Comme Mohamed Merah qui avait semé l’effroi en France en mars 2012 en assassinant sept personnes au nom du jihad à Toulouse et Montauban. Ou Amédy Coulibaly, en janvier 2015 lors des attentats de Paris, dans un supermarché casher où quatre juifs sont morts.

“Barbarie du terroriste”

Sans compter la traque d’Yvan Colonna, condamné à perpétuité pour l’assassinat, en 1998, du préfet de Corse Claude Erignac. Ou l’assaut contre une planque du “gang de Roubaix”, des truands entre banditisme et islamisme radical, en 1996. “La mission du Raid”, rappelle son actuel chef, Jean-Michel Fauvergue, “c’est se confronter à la démence du désespéré, du forcené ou criminel dans un lieu clos, la folie meurtrière du tueur ou la barbarie du terroriste”.

Un terrorisme “low cost”, ajoute-t-il citant Merah et Coulibaly. Mais “il faut se préparer à un attentat de masse”, dit-il, “le danger est prégnant sur le long terme”. Selon des sources internes, le Raid s’y prépare à partir de différents scenarii. M. Fauvergue ajoute que les “délinquants, sans parler des radicalisés revenus de Syrie, sont de plus en plus désinhibés par la violence”. Que bien souvent la négociation, si longtemps utilisée et pensée au Raid, l’est “de moins en moins”. “Ils ne se rendent pas”, assène-t-il.

Les quelque 300 hommes et femmes du Raid – moins de 40 ans et rudement sélectionnés, trois morts en 30 ans – “sont à un tournant”, dit à l’ancien préfet Jean-Louis Fiamenghi, qui l’a dirigé entre 2004 et 2007. Il pose la question du maintien de deux unités d’élite, GIGN et Raid, deux “champions du monde”, selon lui, face à une “très lourde menace”. “Chacune a sa spécificité”, rétorque Ange Mancini, “ils se coordonnent”.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, doit se rendre vendredi au siège du Raid, à Bièvres dans l’Essonne, pour souffler les trente bougies.

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