vendredi 7 mai 2021
Accueil / A la Une / Le passé sulfureux de Fabre-Bernadac, ancien officier de gendarmerie à l’origine de la tribune des généraux
Violences urbaines - photo d'illustration (M. GUYOT/ESSOR)
Violences urbaines - photo d'illustration (M. GUYOT/ESSOR)

Le passé sulfureux de Fabre-Bernadac, ancien officier de gendarmerie à l’origine de la tribune des généraux

[INFO L’ESSOR] Une “tribune irresponsable”. C’est ainsi que la ministre des Armées Florence Parly a qualifié la “Lettre ouverte à nos gouvernants” publiée par 24 généraux en deuxième section et un millier d’officiers et sous officiers en retraite. Derrière ce texte qui met en garde contre un risque de “guerre civile”, on trouve un ancien capitaine de Gendarmerie, Jean-Pierre Fabre-Bernadac

D’abord discrètement mis en ligne début avril sur le site Place d’armes, son texte connait un écho considérable depuis quelques jours, après que Valeurs actuelles l’a relayé. A un an de la présidentielle, Marine Le Pen s’est aussitôt emparée de cette tribune en invitant les signataires à la rejoindre dans la “bataille qui s’ouvre”. Celle-ci sera “politique et pacifique”, précise-t-elle néanmoins, conservant ainsi une certaine distance avec le texte sulfureux. 

Une salve de tweets de Florence Parly lui a répliqué quatre jours plus tard. La ministre des Armées fustige alors la “méconnaissance grave de l’institution militaire” dont la présidente du Rassemblement national (RN) ferait preuve avec cette “politisation des armées”.

Chez les signataires de la tribune, la main tendue de Marine Le Pen a également reçu un accueil glacial. “Il est pour le moins maladroit d’effectuer une opération de “racolage” pour des objectifs électoraux”, peut-on lire sur le site Place d’armes. Reprenant les propos de Florence Parly, le site mentionne même “la méconnaissance totale du monde militaire” de Marine Le Pen. “En effet, précise-t-il, sur le millier de signataires (et il en arrive de nouveaux en permanence), elle a privilégié les seuls vingt généraux”.

“Elle était jeune à l’époque, elle ne se souvient pas de moi”

Surtout, elle n’a pas mentionné l’instigateur de la lettre, Jean-Pierre Fabre-Bernadac, 70 ans. Celui-ci n’est pourtant pas inconnu dans l’univers du Rassemblement national. Il a en effet été, de juillet 1993 à mai 1994, le patron du département protection sécurité (DPS), le service d’ordre du parti alors appelé Front national. “Elle était jeune à l’époque, elle ne se souvient pas de moi”, élude aujourd’hui Jean-Pierre Fabre-Bernadac. 

A voir. Les vocations sont en effet précoces dans la famille Le Pen. En 1993, Marine Le Pen militait déjà depuis six ans dans le parti de son père. C’est surtout l’année de sa première candidature à une élection législative, à Paris.

L’arrivée de Jean-Pierre Fabre-Bernadac “marque la volonté de rationaliser, voire de respectabiliser le DPS”, estimait en 1999 une commission d’enquête parlementaire consacrée au service d’ordre frontiste. L’officier s’appelle alors simplement Jean-Pierre Fabre. Il accolera plus tard à son nom celui de sa mère après avoir été victime d’une confusion avec un homonyme.

Pour les députés, il fait partie des trois “brebis galeuses” recensées dans ses rangs par la Gendarmerie nationale avec le lieutenant-colonel Gérard Hirel et le colonel Jean-Jacques Gérardin, tous deux également retraités. Une “commission d’enquête qui a été faite par le parti communiste”, balaye aujourd’hui Jean-Pierre Fabre-Bernadac. 

Jean-Pierre Fabre-Bernadac sanctionné pour “manquement au devoir de réserve”

Le rapport de la commission détaille une carrière faite d’allers-retours avec le civil après une faute initiale. Issu de l’infanterie, Jean-Pierre Fabre-Bernadac intègre en effet la Gendarmerie en 1980. En juillet 1986, il commande la compagnie de Bron lorsqu’il est mis en cause pour “manquement au devoir de réserve”. Il dévoile “des renseignements, dans le cadre d’une affaire judiciaire, à un membre du Front National”, écrivent les députés. “C’est faux”, s’insurge l’officier retraité. “Je n’ai pas donné d’information, j’ai juste dit “Vous avez un problème avec untel”, argumente-t-il.

Cette entorse aux règles lui vaudra le “retrait de son habilitation d’officier de police judiciaire (OPJ) pendant un an, ainsi qu’un blâme du ministre de la Défense”, notent les députés. Le blâme constitue le niveau le plus élevé du 1er groupe des sanctions disciplinaires.

Il enchaîne ensuite les congés sans solde et les reprises d’activité, travaillant au passage comme directeur de la sécurité de Moët-Henessy, ou chargé de mission aux Presses de la cité ainsi que dans la société PHL de l’ancien patron du GIGN Philippe Legorjus.

Au total, de 1980 à 1999, il n’aura servi que 10 ans sous le statut d’officier de Gendarmerie en activité. Entré capitaine dans l’Institution, il l’a donc quittée au même grade.

Depuis, il écrit. Des polars, mais aussi, depuis 2013, de nombreux articles sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire. De manière plus inattendue, il s’est également fendu, en 2018, d’une déclaration d’amour aux Gilets jaunes.

Lire aussi: Les Gilets jaunes, retour sur un an d’une mobilisation hors norme (dossier)

Avec les signataires de sa lettre ouverte qui fait aujourd’hui tant de bruit, Jean-Pierre Fabre-Bernadac espère “avoir un maximum de militaires retraités derrière nous pour être une force d’appoint, un lobby”

Un programme flou mais une envie de peser

Lorsqu’on lui demande ce qu’il préconise, il évoque “une attitude nette, tranchée”. Plus précisément? “Il faut prendre les décisions permises par l’état d’urgence, c’est à dire de bloquer une zone, de mettre des militaires à un barrage de manière à ce que ça crée un impact. Parce que ces bandes n’ont plus peur de la Police”, explique-t-il.

Mais en quoi auraient-elles plus peur de l’armée si celle-ci ne tire pas dans le tas? Il botte en touche: “Le gouvernement a les solutions, c’est à lui de réfléchir, pas à moi. Je suis là pour le titiller ». Le capitaine à la retraite va avoir l’occasion de le faire. Surfant sur le buzz de sa tribune, il enchaîne les directs ce lundi, de CNews à RMC en passant par Sud-Radio et LCI. 

“De toute façon, prophétise-t-il, il va y avoir des élections bientôt et on verra bien ce qu’il va se passer”.

Matthieu Guyot

Crowdfunding campaign banner

8 Commentaires

  1. Hirondelle

    Une fantasmagorie de bas niveau anime les médias à la suite d’une lettre utilisée par des politiques comme un chiffon rouge le moyen de convaincre leurs sympathisants d’un potentiel coup d’état !
    L’Essor et Profession gendarme relaient cette information du fait de l’origine gendarmerie de son rédacteur.
    Sa lettre semble exprimer le désespoir de défenseurs de l’ordre, lequel est d’ailleurs représentatif de l’état d’esprit de la majeure partie de ses concitoyens qui l’expriment dans l’entre soi.
    Pouvait-il en être autrement de la part de retraités des armées dont le recrutement initial puise aux sources de la population française, diverse dans ses origines comme dans l’expression de ses sensibilités politiques.
    En outre l’exercice de leurs fonctions les positionne en première ligne de la réalité quotidienne et de l’inadéquation entre la teneur du discours politique et la cohérence de ses actes ou mesures.
    La réplique politique est constante et cyclique lors des périodes pré et post électorales, instiller la crainte tout en oubliant l’histoire passée.
    Il semble d’ailleurs bon de rappeler le droit à l’oubli qui existe pour les sanctions disciplinaires militaires tout comme pour les condamnations pénales, car même si le blâme du ministre ne fait pas l’objet d’un effacement systématique il peut l’être par la voie du contentieux administratif.
    Pour sa part, Profession gendarme a publié une réponse d’un groupe d’officiers retraités à ce qui agite certains membres de la représentation politique. http://www.profession-gendarme.com/reponse-a-lappel-de-mille-militaires/
    Le relais du courrier initial aura eu l’ intérêt de braquer les feux de la rampe sur une réflexion qui d’ordinaire ne serait pas sortie du blog ‘’Place d’Armes’’ et de non niveau de fréquentation habituel. Il doit être heureux de cette publicité gratuite !

    • michel

      Ancien de l’arme, réserviste, on m’a toujours appris de respecter la hiérarchie, même retraité, on reste des militaires…Cette Tribune aurait dûe être transmise au chef d’ETAT MAJOR, pour signaler les faits et le mécontentement et ne pas être diffusée dans les médias..

      • Martelle

        Michel, votre état d’esprit est tout à fait respectable.
        Cela dit qu’en aurait fait le CEMA à votre avis ? Personnellement je m’orienterais vers l’option “classement vertical”…croyez en mon expérience.
        Bien cordialement

  2. Guillaume

    Ce qui me gène dans cette tribune c’est le soutien aux gilets jaunes, qui sont des fouteurs de bordel, anarchistes, etc. Je crois que ces militaires n’ont pas compris que ce mouvement est aussi destructeur pour la France que les hordes de banlieue, certes tout à fait malfaisantes. Mais j’insiste, les deux ne sont pas à opposer. Les gilets jaunes ne sont pas le peuple français, les Drouet, les Nicolle, Rodriguez qui ont lancé ce mouvement ou l’ont porté, sont des ennemis de la France. Écoutez donc leurs vidéos, aucun militaire ne devrait se retrouver dans leurs discours porteurs de désordre. De même je ne comprends pas comment une pointure intellectuelle comme Michel Onfray peut soutenir ces hordes d’imbéciles, qui encore une fois, ne sont pas le peuple, ou un peuple qui nous entrainerait dans les bas fonds.

  3. santiago du chili

    bonjour a toutes et a tous je comprends le desaroi des ces militaires de carriere de prestige pour la france , il est bon de se manifester lorsque l on est en desaccord avec nos lois francaises et europeennes , mais je vous consede de gardez votre sang froid un coup de gueule oui mais soyez discret messieurs la france den bas elle bouge , et la confrontations entre ethnies et les religions comme en ex yougoslavie cela prend du temps les ecolos accellere le processus et encore quelques annees et nous aurons des guerilla urbaines ne tardez pas trop un amoureux des armées

  4. MARTINE

    mesdames, messieurs,

    Ceux qui ne sont pas d’accord sur la lettre ouverte de ces Généraux et Militaires de carrière, retraités de tout grade et de toutes armes , font partie de ceux qui cautionnent comme le gouvernement ces casseurs qui brûlent et cassent dans notre pays. Personne n’ose les nommer. Ils ont tous les mêmes origines, mais pas Française. Il faut y mettre un terme si l’on veut que notre pays survive. Reconnaissez que monsieur POUTINE ou NETANYAOU ne laisserait pas faire ce qui se passe chez nous. Et je leur donne raison, même notre justice n’est plus crédible. Du temps de notre regretté Général De Gaulle on aurait pas vu tout ça. Maintenant même la police et la gendarmerie ne sont plus soutenus par notre gouvernement. Honte à ces derniers.

  5. guillevin

    t-il capitaine ou général, je ne comprends pas , mais grosse implication au front !!

  6. Jean Pierre de Biasi

    Qui sont les irresponsables ? Les 24 généraux signataires de la lettre ouverte à nos gouvernants ? Ou Florence Parly qui, seule, juge les 24 généraux irresponsables ? Certes, elle va avoir derrière elle une floppée de “courtisans” qui vont adhérer a ses idées mais, à mon avis, elle est dans le faux. Dialoguer et écouter avant de menacer de sanctions. Cette lettre ouverte n’est pas une menace mais une mise en garde.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.