L'Essor

Le parcours hors norme du capitaine Hervé Moreau

Dans son livre, Vérités d'un capitaine de Gendarmerie, qui dénonce le laxisme de la Justice et la DGGN, le capitaine Moreau, encore d'active pour quelques mois, brave le devoir de réserve. (HM)

Dans son livre, Vérités d'un capitaine de Gendarmerie, qui dénonce le laxisme de la Justice et la DGGN, le capitaine Moreau, encore d'active pour quelques mois, brave le devoir de réserve. (HM)

Saint-cyrien et encore capitaine à 50 ans au moment de raccrocher son képi. Auteur d’un livre très critique sur les institutions et la Gendarmerie en particulier. Un pavé de 440 pages en passe de devenir un succès d’édition alors qu’il est vendu en dehors des circuits traditionnels.

Au début du mois de février, “Les vérités d’un capitaine de Gendarmerie” de Hervé Moreau a dépassé les 5.000 ventes, à 22 euros pièce. Un palier atteint moins de quatre mois après sa sortie. Bref, un ovni éditorial et une réussite dont le tonitruant capitaine n’est pas peu fier.  

Un budget de 60.000 euros  

Il a en effet payé de sa poche l’impression de 10.000 exemplaires en Hongrie et les honoraires d’un avocat pour relire le livre. Soit un budget de 60.000 euros. Le capitaine Moreau se promet d’en faire retirer 10.000 autres exemplaires, cette fois-ci en Bourgogne, sa région d’adoption. Un retirage qui sera lancé dès qu’il aura vendu 8.000 exemplaires.

Un vrai pari pour cet officier, affecté dans une base de défense au nord de la région parisienne. Son ouvrage auto-édité, est vendu dans les grandes enseignes de distribution de l’est de la France et via son site. Sans aucune  publicité si ce n’est le bouche à oreille. Ainsi le livre a suscité un flot inédit de réactions très positives sur le site de L’Essor. De même, le livre n’a pas bénéficié de reprises dans la presse.

Ni dans la dentelle ni dans la nuance

Et pourtant, ce livre brûlot, écrit à l’emporte pièce, ne ménage pas grand monde. Hervé Moreau, qui se définit volontiers comme “vertueux“, ne fait ni dans la nuance, ni dans la dentelle.

Ainsi, il dénonce le “laxisme de la justice qui alimente l’impunité, les hauts fonctionnaires de “planqués, surpayés et déconnectés des réalités”. Quant aux généraux de l’Arme, ils passent leur carrière “à ramper et à la fermer“.

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Le capitaine Moreau fait aussi dans le registre de la provocation. Il suggère ainsi de faire passer la vitesse maximum sur les autoroutes de 130 à 150 km/h! L’officier réclame aussi la construction de nouvelles prisons, assurant qu’il manque en France une “trentaine de Fleury-Mérogis“. Et prône la “fin de l’assistanat pour ceux qui profitent du système“. Et ajoute “qu’il y a toujours de l’argent pour les cas sociaux mais pas pour les forces de sécurité intérieure, ou alors si peu“.

“Des lions commandés par des ânes”

Ces propositions sont issues des quatre années (2015-2019) passées à la compagnie de Beaune (Côte-d’Or) comme commandant en second. Il déclare un “grand amour de son métier de gendarme de terrain” avec des gendarmes qui ne comptent pas leurs heures. Les gendarmes, sont “des lions commandés par des ânes“, résume l’officier en reprenant la  formule prêtée au maréchal Foch. Il décrit longuement les crimes, agressions, violences intrafamiliales, trafic de drogues, pillages de grands vins. “Un combat, dit-il, une guerre au quotidien contre la délinquance et contre tout ce qui divise et affaiblit notre Nation“.

En résumé, un programme politique. Il annonce d’ailleurs qu’il se présentera aux élections législatives de juin 2022 dans la 5ème circonscription de la Côte-d’Or, celle de Beaune.

20 à 40 jours d’arrêt

Seule réaction officielle pour le moment, un entretien par vidéo avec son supérieur hiérarchique, le 3 décembre 2020. Celui-ci lui a dit qu’il transmettait son dossier à la Direction générale. Normalement, avance le capitaine Moreau, “je devrais écoper de 20 à 40 jours d’arrêt” pour avoir rompu le devoir de réserve. Pas de quoi l’inquiéter: “Je serai alors payé à ne rien faire”, glisse-t-il en riant.

Sanction ou pas, il quittera de toute façon la Gendarmerie le 24 mai avec les trois galons de capitaine. Après quatre ans dans l’Armée de terre à sa sortie de Saint-Cyr, près de 20 ans en Gendarmerie, dont quatre années en disponibilité. Soit 26 ans de service. Sans compter une enquête de commandement “dans laquelle il a été démoli” alors qu’il dirigeait l’escadron de gendarmerie mobile (EGM) 22/7 de Wissembourg (Alsace).

Une carrière dont le moins que l’on puisse dire –il le reconnaît bien volontiers– qu’elle n’aura pas été très brillante. Un haut responsable de l’Arme, qui a bien connu le capitaine Moreau, résume: “C’est un officier atypique, avec un bon fond, mais ça n’a pas collé pour lui en Gendarmerie”.

PMG