mercredi 12 mai 2021
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La cryptomonnaie Bitcoin à le vent en poupe. Aussi chez les cyberdélinquants (Photo d'illustration (Crédit photo: Microsiervos / Flick).
La cryptomonnaie Bitcoin à le vent en poupe. Aussi chez les cyberdélinquants (Photo d'illustration (Crédit photo: Microsiervos / Flick).

Le C3N affûte ses outils logiciels pour enquêter sur les cryptomonnaies

Le Centre de lutte contre la criminalité numérique (C3N) affûte ses outils logiciels pour faciliter le travail des enquêteurs sur les flux de cryptomonnaies.

Que ce soit des bitcoins, des ethereum ou des monero, pour ne citer que ces trois cryptomonnaies populaires, ces actifs financiers peuvent servir à blanchir des fonds. Si elles ne constituent qu’une part infime des avoirs saisis dans les procédures judiciaires, les cryptomonnaies sont devenues l’un des champs d’investigation des cybergendarmes. Les cyberenquêteurs de la Gendarmerie les retrouvent donc régulièrement dans leurs enquêtes.

Ces monnaies électroniques sont en effet un atout précieux. Les cryptoactifs reposent sur la technologie de la chaîne de blocs, un véritable livre de comptes à ciel ouvert, consultable à tout moment, où l’on peut retrouver les transactions liant des numéros de comptes. A charge ensuite aux enquêteurs d’identifier les propriétaires de ces comptes. Les gendarmes ont ainsi pu retracer, par exemple, les chemins de l’argent sale récolté par le rançongiciel Locky. Ce qui a permis de juger en France un ressortissant russe, Alexander Vinnik. Condamné en première instance, il a fait appel.

Lire aussi: Comment les gendarmes du C3N enquêtent sur les fraudes et blanchiments liés aux cryptomonnaies

Plusieurs outils de traçage des cryptomonnaies utilisés par le C3N

Au C3N, les enquêteurs utilisent plusieurs outils de traçage pour suivre ces transactions. “Notre idée, c’est de jouer sur la complémentarité pour avancer dans nos investigations”, explique le capitaine Alexandre Gillot, en charge des enquêtes dans cette unité en pointe sur ces sujets. Cependant, les enquêtes sur les transactions en cryptomonnaies peuvent être parfois bien compliquées. Ainsi, les internautes peuvent sauter d’un cryptoactif à un autre. On appelle ça le swap. Ce qui brouille les pistes à la faveur du changement de chaîne de blocs.

Il existe également des services de mixage qui permettent de mélanger différentes transactions pour obscurcir les flux. “Ces mixeurs tiennent le rôle de chambre de compensation“, décrypte Alexandre Gillot, qui s’exprimait à l’occasion d’une conférence organisée par le Forum international de la cybersécurité. Concrètement, l’utilisateur –qui peut être également un internaute juste soucieux du respect de sa vie privée– va pouvoir envoyer par exemple des bitcoins qui seront, moyennant des frais, mélangés à d’autres bitcoins, avant d’être à nouveau fractionnés vers plusieurs portefeuilles. Résultat? La traçabilité est moins claire. Pour l’enquêteur, il y a un risque non négligeable de se perdre dans des portefeuilles qui n’ont rien à voir avec son affaire. Voire même de demander par erreur l’interpellation du mauvais client.

Une parade en préparation

Un problème bien identifié au C3N. Face à ce problème, “nous sommes en train de créer, avec notre département de conception, des outils qui nous permettront d’essayer de démixer les transactions”, annonce Alexandre Gillot. Comment? En proposant à l’enquêteur d’identifier des adresses de sorties qui potentiellement peuvent correspondre à l’utilisation du mixeur considéré.

N’allez cependant pas croire que ces nouveaux logiciels seront l’arme miracle pour identifier les flux de blanchiment d’argent sale. “L’ outil n’est rien sans l’enquêteur qui est formé”, précise en effet l’officier. C’est la raison pour laquelle le C3N a mis sur pied il y a deux ans sa formation maison, Fintech, consacrée aux cryptoactifs. L’unité a déjà formé environ 80 enquêteurs à l’analyse et au traçage des cryptomonnaies. L’unité forme désormais chaque année une vingtaine d’enquêteurs.

Autant de spécialistes, au C3N ou dans ses antennes, qui pourront ensuite donner un coup de main dans des enquêtes en aidant à repérer et à saisir ces nouveaux types d’avoirs criminels. Qui intéressent de plus en plus les autorités. En mars, pour la première fois, l’Agence de gestion et de recouvrement de savoirs saisis et confisqués (Agrasc) a vendu aux enchères des bitcoins pour la coquette somme de 24,6 millions d’euros.

GT.

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