L'Essor

La nouvelle plateforme de déchiffrement d’Europol, l’aboutissement d’un projet lancé par un gendarme

Les bureaux de l'unité cyber d'Europol, l'ECE (Crédit photo: Europol).

Un chantier stratégique lancé par un ancien gendarme d’Europol vient d’aboutir la semaine dernière, avec l’annonce de l’inauguration de la nouvelle plateforme de déchiffrement de l’agence de police criminelle européenne.

Ce vendredi 18 décembre, la policière belge Catherine De Bolle a le sourire. L’agence qu’elle dirige, Europol, vient enfin de lancer sa nouvelle plateforme de déchiffrement. “Cette annonce marque la fin d’un voyage de trois ans”, explique-t-elle. Attendue au départ pour la fin de l’année 2019, la plateforme est basée dans le nord de l’Italie, à Ispra. Ce super-calculateur doit permettre de casser des terminaux chiffrés inaccessibles aux enquêteurs. La plateforme sera exploitée par le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) d’Europol. Elle a été développée avec le soutien du Centre commun de recherche, le laboratoire de recherche scientifique et technique de l’Union européenne. 

Jean-Dominique Nollet (Crédit photo: GT/L’Essor).

Ce projet stratégique, qui a coûté 5 millions d’euros, doit beaucoup à un gendarme. C’est en effet le colonel Jean-Dominique Nollet qui a porté ce projet. A Europol, ce Saint-Cyrien était le directeur du laboratoire de recherches de l’EC3. Un poste qu’il n’a quitté qu’à l’été 2018. Il rejoint alors le C3N, avant de rejoindre chez Total, un an plus tard, l’ancien directeur général Denis Favier. A Europol, l’officier supérieur observe une tendance inquiétante. Des polices d’Etats-membres appellent de plus en plus Europol à l’aide sur la question du chiffrement. Faute de capacités internes, ces polices demandent un coup de main à l’agence européenne. 

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Une première plateforme déjà lancée par Europol en 2014

Europol met alors, à partir de 2014, ses compétences à disposition des polices européennes. Si l’agence communique sur le nombre de saisines dont elle fait l’objet, elle attend trois ans pour faire la transparence sur son taux de réussite. En 2017, la plateforme est requise à 28 reprises, pour 9 réussites. L’année suivante, l’agence perce le chiffrement à 12 reprises pour 32 tentatives. Enfin, l’année dernière, Europol compte 23 réussites pour 59 tentatives. Selon nos informations, la plateforme a par exemple été utilisée dans l’enquête sur le meurtre en 2017 de la journaliste anti-corruption Daphne Caruana Galizia.

La nouvelle plateforme devrait permettre de booster considérablement les capacités d’Europol. L’ancienne plateforme comptait déjà des centaines de processeurs graphiques. Dotés de fortes capacités de calcul, ils permettent de casser des mots de passe par “force brute”, en utilisant par exemple le logiciel Hashcat – des experts de l’agence ont été formés à ce logiciel.

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Europol indique également, dans son dernier rapport annuel, avoir acquis des outils pour extraire des données sur des téléphones protégés par mot de passe. L’agence a ainsi examiné plus de 1750 périphériques au cours de l’année. A noter que les gendarmes français ne sont pas en reste sur cette question. Ils espèrent également pouvoir offrir des capacités de déchiffrement aux autres polices européennes avec leur projet Cerberus. Un chantier de plus de 2 millions d’euros, mené avec les Pays-Bas et l’Irlande, qui avance. Les serveurs de la plateforme viennent d’être mis en route.

GT.