mardi 29 septembre 2020
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La kalachnikov, arme de destruction massive

Classée dans les armes légères d’infanterie, la kalachnikov a provoqué de lourdes pertes lors des attentats du 13 novembre à Paris. La très grande majorité des victimes ont été tuées ou blessées par les projectiles tirés par les kalachnikov – sans doute des AK-47 – utilisées.

Arme robuste et fiable, bon marché, simple à utiliser, la kalachnikov AK-47 est l’arme des terroristes de janvier (Charlie Hebdo, Hyper Cacher) et du 13 novembre (terrasses de cafés et Bataclan).

D’un calibre inférieur à celui des pistolets Colt 45 (11,43 mm) ou Sig-Sauer (9 mm), les balles blindées de 7,62 mm de la kalachnikov provoquent pourtant des dégâts plus sévères, déchirant les chairs et broyant les os.

Beaucoup plus rapides que des balles de calibre supérieur, les projectiles d’AK-47 pénètrent en vrillant dans le corps qu’ils traversent, accentuant la gravité des blessures.

Les chirurgiens d’hôpitaux marseillais, qui opèrent souvent des blessés par kalachnikov, connaissent bien ces dégâts souvent irréversibles : lésions internes et hémorragies très importantes, membres quasiment arrachés. Le même type de blessures constatées le 13 novembre par les chirurgiens parisiens.

Meurtrière, la kalachnikov est une arme d’utilisation simple. Quelques heures « d’apprentissage » suffisent pour la prendre en main. Il faut tenir fermement le dessus du canon pour éviter que les balles ne soient tirées vers le haut. Elle n’a en effet pratiquement pas de recul et peut tirer au coup par coup ou en rafales jusqu’à 600 balles à la minute.

Son chargeur courbe, symbole de la silhouette de l’arme,  contient 30 balles. En scotchant deux chargeurs l’un sur l’autre, son utilisateur peut changer de chargeur en quelques secondes et donc tirer 60 balles très rapidement.

Facilement transportable, elle peut tenir dans un sac à dos avec six chargeurs qui confèrent au tireur une puissance de feu de près de 200 balles.

Inventée en 1947 par l’ingénieur soviétique Mikhaïl Kalachnikov, l’AK-74 a été fabriquée à cent millions d’exemplaires en Russie, en Chine et dans les ex-pays de l’Est, sans compter ses multiples copies.

Robuste, s’enrayant rarement, ne craignant pas trop le sable ou l’eau et ne demandant pas beaucoup d’entretien, la kalachnikov a connu pratiquement toutes les guerres de libération et autres guerres civiles.

L’éclatement des Balkans a mis sur le marché illégal des dizaines de milliers d’armes. Pourtant, selon les spécialistes, le trafic de kalachnikov à destination de la France est un « trafic de fourmis » : quelques exemplaires dans la soute à bagages d’un bus ou dans une caisse à bord d’un camion venant d’un pays des Balkans. En 2014, sur 5.300 armes saisies en France, seulement 175 étaient des armes de guerre.

Sur le marché clandestin, une kalachnikov en état de marche se négocie entre 1.000 et 2.000 euros. Sur internet, les collectionneurs peuvent trouver des kalachnikov démilitarisées (canon bouché, culasse soudée …) pour 400 euros. Des armes réactivées sans trop de difficultés par un bon bricoleur.

Le ratio coût/efficacité des kalachnikovs dans les attentats du 13 novembre reste de très loin supérieur à celui des gilets explosifs. Ceux-ci nécessitent en effet un artificier confirmé pour leur mise au point opérationnelle, même si la confection du TATP (triperoxyde de tricycloacétone), un explosif très instable, peut être réalisée au fond d‘un garage ou même dans une cuisine.

Quant à la menace des armes chimiques brandie par le Premier ministre Manuel Valls, elle demeure pour l’instant moins inquiétante pour les spécialistes. Ce type d’armes est d’abord très difficile à fabriquer et à concentrer, même en laboratoire. De plus, sa diffusion dans un lieu fermé (métro, stade, salle de spectacles) pour éviter sa dispersion reste aléatoire. De même, la mise au point d’un vecteur de dispersion du produit toxique, comme un engin explosif, est fort délicate.

Pierre-Marie GIRAUD

Légende-photo : Paris, le 14 novembre. Dans la rue de Faidherbe, des policiers sécurisent la zone à proximité du croisement avec la rue de Charonne où un attentat a eu lieu la veille au soir. Photo: M. GUYOT/ESSOR

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