mercredi 25 novembre 2020
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Une kalachnikov AKMS 47 de fabrication russe. M. GUYOT/L’ESSOR

Kalachnikov, la grande faucheuse

Attentats de Paris et règlements de comptes à Marseille : depuis janvier 2015, plus de 170 personnes ont été tuées en France par une kalachnikov.

C’est l’arme qui a également tué un policier dans la soirée du jeudi 20 avril sur les Champs-Elysées, blessant grièvement un autre policier.

Classée dans les armes légères d’infanterie, elle n’est donc pas une « arme lourde » comme le répètent souvent des médias. La kalachnikov a pourtant provoqué de lourdes pertes lors des attentats dans la soirée du 13 novembre 2015 à Paris au Bataclan et sur les terrasses. La très grande majorité des victimes ont été tuées (130) ou blessées par les projectiles tirés par les kalachnikov ou des modèles dérivés.

Arme robuste et fiable, bon marché, simple à utiliser, la kalachnikov AK-47 était également l’arme des terroristes de janvier (Charlie Hebdo).
A Marseille, les trafiquants de drogue règlent régulièrement leurs comptes avec cette arme qui a tué une trentaine de personnes en 2015 et 2016 dans la cité phocéenne.

D’un calibre inférieur à celui des pistolets Colt 45 (11,43 mm) ou Sig-Sauer (9 mm), les balles blindées de 7,62 mm de la kalachnikov provoquent pourtant des dégâts beaucoup plus sévères, déchirant les chairs et broyant les os.

Beaucoup plus rapides que des balles de calibre supérieur, les projectiles d’AK-47 pénètrent en vrillant dans le corps qu’ils traversent, accentuant la gravité des blessures. Jean-Louis Courtois, expert balistique auprès des tribunaux, explique à L’Essor de la Gendarmerie que la même balle de kalachnikov peut traverser successivement trois corps humains. Même si comparaison n’est pas raison, il faut rappeler que la kalachnikov est utilisée en Afrique par les contrebandiers d’ivoire pour abattre les éléphants.

Une balle “full metal jacket”

La munition 7,62 mm de la kalachnikov sort du canon à 720 mètres par seconde (m/s) contre 245 pour la balle de 11,43 mm du Colt 45, arme semi automatique et vedette des règlements de comptes de l’après-guerre, fait remarquer Jean-Louis Courtois. Ce spécialiste des armes ajoute que les 32 cartouches d’un chargeur de kalachnikov peuvent être tirées, en mode rafale, en trois secondes. Un Colt 45 mettra cinq secondes pour vider ses 7 ou 8 cartouches de son chargeur.

Les chirurgiens d’hôpitaux marseillais, qui opèrent régulièrement des blessés par kalachnikov, connaissent bien les dégâts, souvent irréversibles, provoqués par cette arme. Le médecin-chef Eric Peytel, coordonnateur du bloc anesthésie-réanimation des urgences de l’hôpital militaire Laveran dans les quartiers nord de Marseille est en première ligne. Ancien médecin des commandos marine, il a participé à de nombreuses Opex (Afrique, Yougoslavie, Afghanistan …). A l’hôpital militaire de Marseille, il assure la prise en charge des blessés et leur «déchocage » à l’hôpital Laveran.

« La balle de kalachnikov AK-47 de calibre 7,62 mm est très puissante et lourde (9,8 grammes), relève Eric Peytel, elle possède donc une puissance d’impact importante ». Il rappelle que ce qui fait la gravité d’une blessure par balle de 7,62 mm, c’est sa pénétration car elle peut toucher plusieurs organes. C’est une balle « full metal jacket » (entièrement métallique) qui provoque des lésions profondes et d’importantes hémorragies », souligne Eric Peytel. Au thorax, il y a le risque vital de toucher le coeur et dans l’abdomen, le foie et la rate.

« Toute la complexité de la prise en charge des blessés par munition de kalachnikov réside dans le fait que la balle, avec sa puissance de pénétration, passe d’une zone à l’autre et qu’il faut très rapidement déterminer les organes touchés », explique l’urgentiste.

Il relève que 25 à 40 % des blessés sont hémorragiques et qu’il faut en priorité contrôler l’hémorragie, puis très rapidement commencer la transfusion avant d’entamer l’opération dans l’heure qui suit la blessure par balles.

Une arme facile à prendre en main

Et, pour la protection du thorax et de l’abdomen, Eric Peytel prône le port de gilets pare-balles en kevlar.

Selon un responsable d’une unité d’intervention s’exprimant sous la condition de l’anonymat, la kalachnikov est une arme d’utilisation simple. Quelques heures suffisent pour la prendre en main. Il faut tenir fermement le dessus du canon pour éviter que les balles ne soient tirées vers le haut. Elle n’a en effet pratiquement pas de recul et peut tirer au coup par coup ou en rafales jusqu’à 600 balles à la minute.

Son chargeur courbe, symbole de la silhouette de l’arme,  contient 30 balles. En scotchant deux chargeurs l’un sur l’autre, son utilisateur peut changer de chargeur en quelques secondes et donc tirer 60 balles très rapidement en une dizaine de secondes.

Facilement transportable, elle peut tenir dans un sac à dos avec six chargeurs qui confèrent au tireur une puissance de feu de près de 200 balles.

Inventée en 1947 par l’ingénieur soviétique Mikhaïl Kalachnikov, l’AK-47 est en fait, raconte Jean-Louis Courtois, une évolution du Sturmegewehr 44 (calibre 7,92 mm), premier fusil d’assaut de l’histoire, mis au point par les Allemands dans les derniers mois de la Seconde guerre mondiale. Il ressemble étrangement à la kalachnikov avec son chargeur courbe de 10 ou 30 cartouches.

L’AK-47 a été fabriquée à cent millions d’exemplaires en Russie, en Chine et dans les ex-pays de l’Est, sans compter ses multiples copies.

Robuste, s’enrayant rarement, ne craignant pas trop le sable ou l’eau et ne demandant pas beaucoup d’entretien, la kalachnikov a connu pratiquement toutes les guerres de libération et autres guerres civiles.

L’éclatement des Balkans a provoqué la mise sur le marché clandestin de dizaines de milliers d’exemplaires. Selon Jean-Louis Courtois, les arsenaux albanais pillés après la chute du régime communiste contenaient 550.000 AK-47 et 1,5 milliard de cartouches !

Pourtant, selon les spécialistes de la police, le trafic de kalachnikov à destination de la France est un « trafic de fourmi » : quelques exemplaires dans la soute à bagages d’un bus ou dans une caisse à bord d’un camion venant d’un pays des Balkans. En 2014 (dernier chiffre connu) sur 5.300 armes saisies en France, seulement 175 étaient des armes de guerre, dont 80 kalachnikovs.

Sur le marché clandestin, une kalachnikov en état de marche se négocie, selon Jean-Louis Courtois, entre 800 et 1.500 euros, selon le nombre des munitions fournies avec l’arme. Les responsables de la lutte anti-terroriste ont d’ailleurs récemment demandé à leurs indics de les alerter en priorité sur les ventes de kalachnikov accompagnées de nombreuses munitions.

Le GIGN adopte le 7,62 mm

Sur internet, les collectionneurs peuvent trouver des kalachnikov démilitarisées (canon bouché, culasse soudée …) à l’étranger pour 400 euros. Des armes réactivées sans trop de difficultés par un bon bricoleur. Ce fut d’ailleurs le cas pour le fusil d’assaut tchèque VZ-58 de calibre 7,62 mm, dérivé de la kalachnikov et utilisé par Amedy Coulibaly en janvier 2015, lors de la prise d’otages à l’Hyper casher de Vincennes.

Ce fameux calibre 7,62 mm vient d’être adopté par le GIGN qui est en train de s’équiper d’un nouveau fusil d’assaut, le Bren 2 de calibre 7,62 mm de fabrication tchèque pour remplacer progressivement le HK-416 (5,56 mm) actuel.
Les gendarmes de l’unité d’élite avaient en effet constaté, lors des attaques des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly en janvier 2015, que les pistolets de calibre 9 mm et les fusils d’assaut de 5,56 mm manquaient de pouvoir d’arrêt sur des terroristes équipés de gilets pare-balles.

Pierre-Marie GIRAUD

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2 Commentaires

  1. Fred

    Le fait que des terroristes s’équipent de gilets pare-balles à conduit le GIGN à en tirer les conséquences:
    http://forcesoperations.com/du-cz-806-bren-2-pour-le-gign/

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