jeudi 1 octobre 2020
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Hubert Germain, dernier officier de la Légion étrangère survivant de Bir Hakeim, en 2016.
Hubert Germain, dernier officier de la Légion étrangère survivant de Bir Hakeim, en 2016.

Il y a 75 ans, Bir Hakeim, la première victoire de la France Libre

Il y a 75 ans, 3.700 Français Libres,  retranchés à Bir Hakeim dans le désert libyen, résistèrent du 27 mai au 11 juin 1942 à 32.000 soldats allemands et italiens commandés par le général Erwin Rommel, retardant l’offensive du “Renard du désert” vers l’Egypte.

Cette victoire défensive a peut-être sauvé l’Egypte avant que les Britanniques ne remportent la bataille décisive d’El Alamein en novembre 1942. Succès militaire, Bir Hakeim fut aussi un combat politique gagné par le général de Gaulle pour faire reconnaître la France Libre comme puissance combattante.

Aujourd’hui, les survivants de cette bataille sont très peu nombreux, probablement moins d’une quinzaine. Parmi eux, trois Compagnons de la Libération : Constant Engels,  96 ans, commandeur de la Légion d’honneur, Pierre Simonet, 95 ans, grand officier de la Légion d’honneur et Hubert Germain 96 ans.

Jean-Mathieu Boris est décédé le 2 janvier 2017 à l’âge de 95 ans. Un autre vétéran de Bir Hakeim, Roger Nordmann est mort il y a deux ans à l’âge de 95 ans.

Le 10 juin,  une cérémonie à Paris marquera la sortie de vive force dans la nuit du 10 au 11 juin 1942 des « Free French » depuis leur camp retranché.  La 13ème demi-brigade la Légion étrangère (DBLE, stationnée au camp de Larzac) commémorera aux Invalides la fin de la bataille.

Les noms des 96  Compagnons de la Libération issus de cette prestigieuse unité seront appelés. La 13ème DBLE verra sa 4ème compagnie créée symboliquement dans les jardins de l’Ordre de la Libération aux Invalides. Hubert Germain, si son état de santé le lui permet, devrait témoigner des deux semaines de cette bataille lors d’une intervention au Musée de l’Armée.

Retour sur le déroulé de la bataille

Printemps 1942. Les Japonais contrôlent le Sud-Est asiatique. Les blindés allemands foncent vers le Caucase. En Libye, l’Afrikakorps de Rommel et les divisions blindées italiennes visent Alexandrie (Egypte) et Le Caire.

Les Britanniques organisent un front dans le désert libyen en Cyrénaïque. Marqué par des mines, le front va de la Méditerranée à Tobrouk, principale base britannique à l’ouest de l’Egypte, à Bir Hakeim à quelque 80 km au sud.

La position de Bir Hakeim, 16 km2 de cailloux et de sable, autour des ruines d’un fort turc, est confiée à la 1ère Division française libre (DFL) commandée par le général Marie-Pierre Koenig.

Ce légionnaire de 44 ans dispose de 3.723 soldats, une force hétéroclite regroupée sous l’emblème de la croix de Lorraine : officiers de carrière et étudiants qui ont rejoint la France Libre à Londres, forestiers d’Afrique équatoriale française encadrant des coupeurs noirs d’okoumé, goumiers marocains, Océaniens venus du lointain Pacifique, légionnaires républicains espagnols ou italiens antifascistes.

Koenig déploie son dispositif en hérisson par points d’appui, avec canons de 75 mm – le canon de la Grande Guerre – transformés en canons antichars, entourés de champs de mines, véhicules embossés et emplacements de combat enterrés.

 “Une forteresse à la Vauban remarquablement organisée“, racontait il y a cinq ans, Hubert Germain, dernier officier  de la Légion étrangère survivant de Bir Hakeim où il commandait une section antichars.

Le 27 mai, Rommel lance la division blindée italienne Ariete à l’assaut pendant que les Allemands progressent vers Tobrouk. En une heure, les canons de 75 mm détruisent une trentaine de chars italiens.

Rommel veut écraser la position, tenue par des Français qui combattent les Allemands pour la première fois depuis deux ans et la débâcle de l’été 1940. “Nous voulions casser du +Boche+“, racontait Hubert Germain.

Pendant près de deux semaines, les Français tiennent sous les bombardements incessants de l’artillerie et des stukas allemands et les tentatives des groupes d’assaut d’élite de Rommel.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, Koenig tente une sortie de vive force à travers les lignes allemandes pour rejoindre les Britanniques. “+Une fois la sortie opérée, vous vous dirigerez vers les Britanniques en vous fixant sur l’étoile Antarès+, nous avait dit Koenig“, se souvient Hubert Germain,  grand croix de la Légion d’honneur et Croix de guerre avec palmes.

L’opération réussit au prix d’un lourd bilan. Plus d’un quart des “Free French” sont tués, blessés ou disparus mais la 1ère DFL n’a pas été détruite et a réussi à retarder l’offensive de Rommel.

Si nous avions lâché à Bir Hakeim, c’en était fini de la France Libre“, dit encore Hubert Germain.

La Marseillaise, le journal de combat de la France Libre, glorifiera quelques jours plus tard ce “nouveau Valmy“. Au printemps 1943, un maquis de la région de Montpellier se baptisera “Bir Hakeim“.

Pierre-Marie Giraud

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