lundi 24 février 2020
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Le nouveau Tribunal judiciaire de Paris, situé Porte de Clichy dans le 17e arrondissement. (Photo: LP/L'Essor)
Le nouveau Tribunal judiciaire de Paris, situé Porte de Clichy dans le 17e arrondissement. (Photo: LP/L'Essor)

Huit ans de prison pour l’ex-militaire qui voulait attaquer la base aérienne d’Evreux

Terroriste ou déséquilibré ? C’est le débat, qui a animé la 16e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris ce mercredi 5 février 2020. Elle était chargée de juger l’ancien militaire Alain Feuillerat, aujourd’hui âgé de 37 ans, accusé d’avoir préparé une attaque contre la base aérienne 105 d’Evreux-Fauville sur fond de radicalisation islamiste. Le tribunal l’a reconnu coupable d’“entreprise individuelle terroriste” et l’a condamné à huit ans d’emprisonnement. Une peine assortie d’une période de sûreté des deux tiers et d’un suivi socio-judiciaire de cinq ans à sa sortie, comportant notamment une injonction de soins psychiatriques.

Dans la nuit du 4 au 5 mai 2017, il avait été interpellé par les gendarmes du peloton de surveillance et d’intervention (Psig) d’Evreux et de la brigade de gendarmerie de l’Air de la base aérienne. L’homme venait de tenter de s’y introduire et projetait d’y commettre une attaque. Un fusil à pompe, deux révolvers à poudre noire, trois couteaux de combat et un gilet tactique lui appartenant avaient également été découverts à proximité.

Lire aussi : L’ex-soldat radicalisé arrêté par les gendarmes revendique auprès de la presse son geste

Le site est sensible. L’armée de l’Air utilise cette vaste base aérienne pour le transport de troupes ou de matériels. Elle abrite également l’escadrille GAM 56 Vaucluse, utilisée pour les missions clandestines des services de renseignements extérieurs français. Elle peut enfin accueillir des avions civils qui auraient été détournés par des pirates de l’air. Autant de missions qui font de cette infrastructure militaire un emplacement stratégique.

“Une vengeance contre la République”

Au soir du 4 mai 2017, Alain Feuillerat tente de mettre à exécution un plan qu’il prépare depuis plusieurs mois. Un projet détaillé dans plusieurs documents retrouvés chez lui et dans son véhicule, notamment un livre écrit de sa main, deux courriers de revendication ainsi que des plans et photos de la base. Il découpe alors à deux reprises la clôture d’enceinte de la base aérienne, près de l’endroit où stationnent les aéronefs militaires. Mais très vite, il se heurte à une deuxième clôture et des patrouilles militaires. “Il y avait des véhicules et des équipes cynophiles qui passaient régulièrement”.

Alors qu’il assurait dans ses écrits préparer une attaque sanglante, il assure finalement à l’audience qu’il n’avait en tête que des dégradations. Il souhaitait ainsi se venger de plusieurs perquisitions administratives subies entre 2015 et 2017. Il était alors fiché S en raison de sa radicalisation. “Je voulais juste passer un coup de gueule. Je n’avais pas l’intention de faire du mal à qui que ce soit. Juste faire des dégâts matériels. Détruire des avions. Je voulais montrer à Hollande et la République qu’il n’y a pas que des actes lâches.”

Procès d’un homme en colère

A plusieurs reprises, Alain Feuillerat clame que son procès est celui d’un homme en colère et pas d’un terroriste. “Lorsque j’ai été arrêté, je repartais. J’avais laissé tombé. J’ai compris que j’avais été repéré et j’ai abandonné. J’ai déposé les armes et attendu un peu que ça se calme pour repartir. Je voulais rentrer chez moi. J’étais frustré et énervé de ne pas avoir pu rentrer. J’ai été surpris quand ils me sont tombés dessus dans ma voiture. Je ne savais pas qu’il y avait des policiers.”

Quand le magistrat lui demande s’il aurait pu faire usage de ses armes contre les militaires, Alain Feuillerat répond par la négative. “J’aurais pu en tuer plusieurs. Mais ce n’était pas mon objectif. J’avais pris des armes pour intimider.”

Allégeance à l’État islamique

Se qualifiant lui-même de “soldat d’Allah attaché à défendre les musulmans du monde”, il confirme son allégeance à l’État islamique. Mais plus que tout, c’est sa “réponse aux ordres et à la volonté de Dieu” qui le guide. Interrogé sur sa perception des attentats terroristes qui ont frappés la France ces dernières années, à commencer par l’attaque ayant visée Charlie Hebdo, il répond: “Cela ne me fait ni chaud ni froid. Je ne m’en soucie pas. Ce n’est rien par rapport aux 150.000 personnes qui meurent chaque jour dans le monde, ni aux 350.000 musulmans massacrées en Irak et en Syrie”. Présents au dossier de l’instruction, plusieurs témoignages d’anciens collègues de travail ou de voisins mettent d’ailleurs en exergue sa propension à plaisanter, voire se réjouir des attentats sur le sol français.

Une personnalité paranoïaque et un besoin d’aide

Le contexte psychiatrique est aussi mis en avant par le parquet national antiterroriste. Lors de sa réquisition, le procureur indique que les actes n’ont pas été commis sous le coup d’une “pulsion délirante”. “Il n’y a pas, chez M. Feuillerat, d’altération du discernement”. Soulignant la dangerosité de la personnalité paranoïaque du prévenu relevée par les experts, un discours de victimisation et de mensonges, ainsi que la nécessité de sanctionner le “projet criminel meurtrier”, le procureur a requis la peine maximale à son encontre: dix années de prison assorties d’une période de sûreté des deux tiers de la peine et d’une obligation de suivi socio-judiciaire. L’inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait) est également demandée.

Après avoir argumenté sur le renoncement d’Alain Feuillerat à terminer son projet, la défense en appelle à ce que la justice tende la main à son client. Selon elle, la souffrance du prévenu doit être reconnue : “Il a besoin d’aide”.

Avant que la cour se retire pour délibérer, Alain Feuillerat, détenu à Fresnes depuis son arrestation en 2017, évoque “un comportement stupide, un coup de colère, une vengeance” et son envie de passer à autre chose et de s’investir dans son avenir et sa réinsertion. Le tribunal n’a pas suivi l’accusé et l’a condamné à huit ans d’emprisonnement.

LP

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