dimanche , 13 juin 2021

Me Yassine Bouzrou et Assa Traoré devant le tribunal judiciaire de Paris à l'issue du procès de la jeune femme pour diffamation à l'égard de gendarmes. (M. GUYOT/ESSOR)
Me Yassine Bouzrou et Assa Traoré devant le tribunal judiciaire de Paris à l'issue du procès de la jeune femme pour diffamation à l'égard de gendarmes. (M. GUYOT/ESSOR)

Deux versions irréconciliables au procès pour diffamation d’Assa Traoré

Sans surprise, pour le second jour du procès en diffamation d’Assa Traoré vendredi 7 mai, les avocats des parties ont continué à défendre des visions totalement contradictoires du dossier d’instruction. La jeune femme comparaissait devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, pour avoir diffamé quatre gendarmes.

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Dans une tribune publiée sur Facebook le 18 juillet 2019 et intitulée “J’accuse”, elle reprochait à trois d’entre eux, auteurs de l’interpellation, d’être à l’origine de la mort de son frère. Quand à la dernière, une adjudante de la brigade de Persan, elle l’accusait d’avoir menti sur un procès verbal. Assa Traoré citait le nom des gendarmes en question.

Deux versions de la durée de l’interpellation

Pour les gendarmes interpellateurs, la discussion a notamment tourné autour de la durée de l’interpellation et des secours apportés au jeune homme lors de son malaise. La famille d’Adama Traoré prétend en effet que les gendarmes l’ont maintenu au sol 9 minutes durant l’interpellation. Faux, répond Me Sandra Chirac-Kollarik, avocate d’un des militaires cité dans la tribune: “Les gendarmes nous disent que le plaquage dure moins d’une minute.”

Elle ajoute que le principal témoin, le locataire de l’appartement où a eu lieu l’arrestation, mentionne également une durée de 30 secondes à une minute pour cette arrestation. Enfin Me Chirac-Kollarik rappelle les horaires et la teneur des messages radio des militaires qui confirment cette durée. “A 17h30, un message dit que l’individu est repéré. A 17h34, un autre dit qu’il est interpellé.”

Pour Me Yassine Bouzrou, défenseur d’Assa Traoré, la lecture est différente. En effet, à 17h40, les gendarmes annoncent sur les ondes qu’ils rentrent à la brigade. Durant ces six minutes supplémentaires, une fois qu’Adama Traoré “est menotté, on continue à le maîtriser”, assure Me Bouzrou. Il en déduit alors que les gendarmes restent sur le jeune homme durant tout ce temps. “Il peut y avoir des interpellations qui dérapent ce sont des choses qui arrivent.”

Gestes de premiers secours 

Même divergence pour les gestes de premiers secours effectués sur Adama Traoré dans la cour de la brigade de Persan. Me Chirac-Kollarik rappelle qu’Adama Traoré a fait un malaise devant le portail de l’unité. Les gendarmes le sortent alors du véhicule. “Ils l’ont maintenu en PLS (position latérale de sécurité) en lui prenant le pouls à deux reprises. Il n’y avait alors rien d’anormal. Ce sont les pompiers, qui ont constaté, en arrivant, qu’il ne respirait plus. Ça c’est ne pas porter secours?”

Autre lecture pour Me Bouzrou. “Il faut être un imbécile pour penser que pour simuler un malaise on se pisse dessus. Ils auraient dû aller à l’hôpital à quelques mètres de là”, assène-t-il. Il décrit ensuite Adama Traoré sur un “sol brûlant” car “il fait 40°C”. “Par terre, sans un matelas ou une nappe. Même un animal on lui met une nappe”, ajoute l’avocat, faisant fondre en larmes la mère d’Adama Traoré présente dans le public.

La diffamation, le droit à l’indignation et ses limites

De son côté, le procureur a rappelé qu’un point était “acquis au débat, c’est la nature des propos. Ils sont clairement diffamatoires”. Il a cependant rappelé que, dans la jurisprudence de la Cour de cassation et de la Cour européenne des droits de l’homme, un “droit à l’indignation” avait “émergé”.

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Celui-ci a cependant des limites, a rappelé le procureur. Il a souligné que la tribune d’Assa Traoré s’inspirait du “J’accuse” d’Emile Zola en reprenant ce titre et en le martelant au long du texte. Cependant, a-t-il rappelé, le texte de Zola comprenait également une démonstration de culpabilité, qu’il ne voit pas dans la tribune d’Assa Traoré. Tout en s’abstenant de requérir une peine, il a donc demandé au tribunal de condamner la jeune femme pour diffamation.

Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 1er juillet.

Matthieu Guyot

One comment

  1. J’espère que cette condamnation sera à hauteur de cette accusation… donc ferme !

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