jeudi 18 avril 2019
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(Photo/Gendarmerie nationale).

Comment les gendarmes font tout pour éviter l’embourbement à Bure

A Notre-Dame-des-Landes (Photo/GF/PressPepper).

La Gendarmerie suit de près la contestation contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires (Cigéo) de Bure (Meuse). L’Arme ne veut surtout pas se retrouver dans le même bourbier qu’à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Après l’échec de l’opération d’évacuation César en 2012, le projet de construction d’un aéroport s’était envasé face à l’opposition déterminée d’un mélange d’agriculteurs locaux et de militants venus les rejoindre sur la zone d’aménagement différée (ZAD) devenue une “zone à défendre“. L’abandon du projet nécessitera la mobilisation en masse de plus de 2.500 militaires pour l’opération de maintien de l’ordre du printemps 2018.

Lire aussi sur L’Essor: Les quatre enseignements de l’opération de maintien de l’ordre à Notre-Dame-des-Landes

Conditions réunies

A Bure, les gendarmes sont déjà intervenus en février 2018 pour évacuer le Bois-Lejuc. Ce site, destiné à accueillir la décharge nucléaire, était lui aussi devenu une “zone à défendre” pour les opposants au chantier. Menée par 500 gendarmes et cinq escadrons de Gendarmerie mobile, l’opération mettra fin à l’occupation illégale de ce site de 221 hectares. La mission des militaires se poursuivra en mars pour empêcher tout retour des opposants.

“A Bure, toutes les conditions sont réunies”, souligne, satisfait, un général (2S) de l’Arme. “Il y a un discours très clair de la préfète, qui est très cohérente dans ses directives, loue également cet officier général. Les gendarmes utilisent toutes les ressources légales pour éviter un enkystement”.

Lire aussi sur L’Essor: Bure : 500 gendarmes mobilisés pour évacuer les anti-nucléaires (vidéo)

Pourtant, les opposants à Cigéo n’ont pas l’intention de baisser les bras. Ils disposent de deux bases: la maison de la résistance à Bure et l’ancienne gare de Luméville-en-Ornois. Mais, dans ce département rural, la convergence des luttes rassemble d’abord les gendarmes et le parquet.

Cellule dédiée

Les militaires sont ainsi mobilisés dans une cellule d’enquête dédiée, mise en place par la Gendarmerie depuis juin 2017. Ses effectifs, variables en fonction des besoins, peuvent monter jusqu’à une vingtaine d’enquêteurs issus de la section de recherches de Nancy et des brigades de recherches voisines.

Une mobilisation judiciaire peu du goût des opposants à Cigéo, qui pointent une “justice politique“. Le réseau Sortir du nucléaire avait ainsi dénoncé, dans une tribune signée en octobre 2018 avec d’autres organisations “la criminalisation de la lutte”.

“Il n’y a rien d’extraordinaire: cette cellule a été mise en place comme à chaque fois qu’il y a un phénomène délinquant identifié”, explique au contraire à L’Essor le procureur de Bar-le-Duc Olivier Glady.

“Nous avons affaire à des problématiques de groupe: il faut donc identifier ses composantes, comprendre comment ils fonctionnent pour obtenir des constatations et des preuves”, ajoute le magistrat. Les militaires accumulent des renseignements précieux. “On retrouve à Bure des personnes croisées à Notre-Dame-des-Landes“, souffle par exemple un gendarme proche du dossier.

Incendie d’un bâtiment administratif

Le tribunal de Bar-le-Duc (Crédit photo:GT/L'Essor).
Le tribunal de Bar-le-Duc (Crédit photo:GT/L’Essor).

Au tribunal de Bar-le-Duc, une affaire est au-dessus des autres dans la pile des dossiers en cours. Une information judiciaire a été ouverte pour faire la lumière sur des violences commises lors de la manifestation non déclarée du 15 août 2017, les dégradations de l’écothèque en février 2017 et surtout la tentative d’incendie de l’hôtel et restaurant administratif de l’Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires (Andra), en juin 2017.

Une vingtaine d’opposants ont franchi la clôture et ont cassé des vitres pour y jeter un produit inflammable, alors qu’une quinzaine de personnes dormaient à l’étage“, s’alarme le procureur de Bar-le-Duc Olivier Glady. “L’incendie a marqué une nouvelle étape: si le feu n’avait pas été maîtrisé par le concierge, il y avait des risques qu’il se propage rapidement”, poursuit-il.

Si les incendiaires n’ont pas été identifiés pour le moment, cinq personnes ont été mises en examen en juin 2018 pour le volet des violences du 15 août commises contre des gendarmes. L’avocat historique des opposants, Me Etienne Ambroselli, a lui été placé sous le statut de témoin assisté dans ce même volet.

D’autres dossiers ont déjà abouti à un premier jugement. Trente-trois affaires ont été jugées depuis le 1er janvier 2018 à Bar-le-Duc, pour douze relaxes et quatre personnes incarcérées. La petite juridiction a mis en place des audiences dédiées pour maîtriser ce contention chronophage.

Lire aussi sur L’Essor: Derrière les audiences dédiées à Bure, le difficile quotidien des gendarmes

“Il n’y a pas forcément de réquisitions très fortes”, note le procureur Glady, qui n’a par exemple requis que des peines de prison avec sursis de quelques mois lors de la dernière audience. La justice sait cependant avoir la main plus lourde pour écarter les opposants les plus radicaux. En mars 2018, un militant de 24 ans, suspecté d’avoir jeté un bidon d’essence enflammé en direction des gendarmes, avait ainsi été condamné à trois mois de prison ferme, une peine assortie d’une interdiction de séjourner dans la Meuse.

Gabriel Thierry

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2 Commentaires

  1. Hugo

    Bonsoir,
    Monsieur Thierry est-il un Gendarme? Un expert nucléaire?
    Son article éclaire parfaitement les dérives inadmissibles de l’Engagement-pour-le-bien-commun.

    Il reste quand même difficile de vraiment cerner ce qui attend les enfants des enfants de nos enfants •))°!°((• bon, je suis, déjà, grand-père •))°!°((• et nous avons plusieurs savants atomistes dans la famille : Nous savons parfaitement que personne ne peut actuellement garantir le montant COMPLET de la facture finale….. et donc valider sincèrement l’argument de base de cette politique énergétique. “Moins chère que toute concurrence”.

    Un pari, franchement, préoccupant, vous ne croyez pas?
    Surtout après les (((errements, pour être gentil))) de l’information officielle à la suite du traitement totalement irrationnel, affolé, de l’emballement de la centrale de Tchernobyl en Ukraine. Il faut avouer que le processes était diabolique (WikiPedia l’analyse très-clairement….. longtemps après).

    (N.B. Dans la foulée, le gouvernement bulgare refusa catégoriquement un audit franco-allemand de son unique, énorme centrale soviétique, très-délabrée, en dénonçant une vile tentative occidentale de lui “sucer le sang”… et, en plus. de priver le pays de chauffage pendant tout l’hiver [?])

    Et (le pire), après LES MENSONGES de l’E.d.F. niant les graves défauts de fabrication de la “Cuve” de Creusot-Loire destinée à la Centrale de Flamanville…. pour ne pas risquer de perdre un gros contrat international (en Grande-Bretagne).

    Voici, enfin, un souvenir personnel :
    Mon meilleur compagnon de Service militaire était, lui aussi, Docteur en physique nucléaire. Le colonel lui demande “A quoi vous servez?” — Il répond, “Schématiquement, à construire de grosses bouilloires dont la vapeur fait tourner des turbines et produit de l’électricité”. Conclusion, dès le lendemain, il se trouve affecté à remplir de charbon les chaudières de la caserne.

    Bref, il me semble important que TOUT LE MONDE apprenne à écouter AVEC BIENVEILLANCE.

    Pouvons-nous en discuter, puisque vous avez mon adresse?

  2. Mesdames, Messieurs les gendarmes.
    Pourquoi mettez-vous votre vie en danger en intervenant sur un terrain pour déchets radioactifs ?!
    Croyez-vous, que vous n’inhalez pas ces déchets radioactifs ?
    L’armée est très bien placée pour mesurer le degré de radioactivité au sol et dans l’air! Faites-le !
    Ma fille est décédée 3 ans après Tchernobyl. Sa maladie est très rare. Hydrocephalie.
    Regardez sur Pinterest le dossier : ” les conséquences de Tchernobyl” et “les centrales nucléaires en France”!
    Vous verrez ce que vous respirez.
    Bon courage. Je suis anti-émeute.

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