mardi 20 octobre 2020
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Des hommes lourdement armés ont attaqué mercredi le journal satirique Charlie Hebdo, aux cris de "Allah akbar", tuant douze personnes dont deux policiers. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a évoqué "trois criminels à l'origine" de l'attaque, sans préciser leur rôle.

Attentat contre Charlie Hebdo : Bernard Cazeneuve évoque “trois criminels à l’origine” de l’attaque

Paris frappée par le terrorisme : deux hommes lourdement armés ont attaqué mercredi le journal satirique Charlie Hebdo, aux cris de “Allah akbar”, tuant douze personnes dont les dessinateurs Cabu et Wolinski, dans le plus grave attentat en France depuis plus d’un demi-siècle.

Les agresseurs sont en fuite, selon des sources policières. “La France est aujourd’hui devant un choc, un choc qui est celui d’un attentat terroriste”, a déclaré François Hollande, qui s’adressera au pays à 20H00 depuis l’Elysée et s’est rendu à la cellule d’urgence médico-psychologique à l’Hôtel-Dieu.

Charb, Wolinski, Cabu et Tignous, figures historiques de “Charlie”, connus pour leurs dessins irrévérencieux, provocateurs, figurent parmi les morts, a-t-on appris de source judiciaire. L’économiste et chroniqueur Bernard Maris aussi, a confirmé Radio France. “Ils sont tous morts”, a dit Patrick Pelloux, urgentiste et chroniqueur de l’hebdomadaire, d’une voix blanche. “Je suis vivant mais Charb, Cabu, ils sont tous morts…”, a-t-il répété, hébété par le drame.

Selon un rescapé, les agresseurs, cagoulés et vêtus de noir, ont fait irruption lors d’une conférence de rédaction et crié: “Nous avons vengé le prophète!” et “Allah akbar”, a affirmé une source policière.

Douze morts dont deux policiers 

L’hebdomadaire était visé par des menaces constantes et faisait l’objet d’une protection policière depuis la publication de caricatures de Mahomet fin 2011, a rappelé son avocat, Richard Malka.

Parmi les morts figurent aussi deux policiers, selon le parquet de Paris. L’un d’entre eux assurait la protection de Charb (directeur de la publication), selon une source proche de l’enquête. L’autre, blessé et gisant à terre, a été exécuté à bout portant par l’un des assaillants lors de sa fuite, selon une vidéo amateur authentifiée par les enquêteurs.

#jesuischarlie 

L’attaque a également fait “huit blessés dont quatre en situation d’urgence absolue, a précisé le ministre de l’Intérieur à l’issue d’une réunion de crise à l’Élysée. Bernard Cazeneuve a par ailleurs évoqué “trois criminels à l’origine” de l’attaque, sans préciser leur rôle. Le plan Vigipirate a été relevé à “alerte attentats”, le niveau le plus élevé, en Ile-de-France et les sorties scolaires à Paris ont ainsi été suspendues.

Selon l’Intérieur, près de 500 CRS et gendarmes mobiles ont été déployés en renfort dans la capitale. Les drapeaux sont en berne sur les principaux centres du pouvoir, notamment l’Elysée ou l’Assemblée nationale.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées en fin d’après-midi à Paris en hommage aux victimes. “Les religions c’est de la merde. Charlie, c’est le droit de penser ça”, a commenté une manifestante, Béatrice Cano, la cinquantaine, arborant le dernier numéro du journal.

Les réactions indignées se sont multipliées dans le monde. John Kerry, secrétaire d’Etat américain, a assuré, en français, “les Parisiens et tous les Français” du soutien de “tous les Américains”. Ban Ki-moon s’est dit consterné, tandis qu’Angela Merkel condamnait un “attentat abominable”. Sur les réseaux sociaux, des milliers d’internautes exprimaient leur émotion, notamment derrière le hashtag #jesuischarlie.

“Vers 11H30, deux hommes, armés de kalachnikov, ont fait irruption” au siège du journal satirique dans l’est parisien et “un échange de feu a eu lieu avec les forces de l’ordre”, a décrit une source proche de l’enquête. Ils ont ensuite pris la fuite en voiture, braqué un automobiliste et percuté un piéton.

“Corps à terre, mares de sang”

Le mode opératoire des tueurs, leur calme, leur détermination et leur efficacité, sont la marque d’hommes ayant subi un entraînement poussé, de type militaire, ont souligné des sources policières. Un journaliste qui travaille dans les locaux en face de “Charlie” a décrit sur i-TELE “des corps à terre, des mares de sang, des blessés très graves”.

Bruno Leveillé a raconté avoir entendu, “à 11H30 pile, une trentaine de coups de feu pendant une dizaine de minutes”. Selon un autre voisin, “c’était fort, répété, très impressionnant”. “Il y a eu des échanges avec les policiers”, arrivés très vite sur place, a témoigné un employé d’atelier voisin.

Sur la Une de Charlie Hebdo paru ce mercredi, “les prédictions du mage Houellebecq: en 2015 je perds mes dents… En 2022 je fais Ramadan!”. Le livre de l’écrivain controversé “Soumission”, prédit l’arrivée au pouvoir d’un parti musulman en 2022. “C’est un journal qui a été décapité, comme en Syrie, en Irak…”, a réagi le dessinateur Willem.

En novembre 2011, le siège du journal avait été détruit dans un incendie criminel, alors qu’il publiait une caricature de Mahomet en Une. Son site web avait été piraté, la page d’accueil remplacée pendant plusieurs heures par une photo de La Mecque et le slogan: “No God but Allah” (“Pas d’autre Dieu qu’Allah”).

Enquête ouverte par la section antiterroriste

La brigade criminelle de la Police judiciaire parisienne et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été chargées de l’enquête ouverte par la section antiterroriste du parquet de Paris, notamment pour “assassinats en lien avec une entreprise terroriste”.

La France est militairement engagée sur plusieurs terrains contre des groupes militaires jihadistes. L’armée française est intervenue en janvier 2013 dans le nord du Mali, passé sous le contrôle de groupes jihadistes, avec l’opération Serval, à laquelle a succédé en août 2014 la force Barkhane, opérant sur l’ensemble de la zone sahélo-saharienne.

Des avions français participent par ailleurs aux bombardements en Irak contre le groupe Etat islamique (EI). En France, un millier de personnes sont concernées par les filières jihadistes menant à la Syrie et à l’Irak, avec près de 400 enrôlés dans les rangs de l’EI ou du groupe Jabat al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, et quelque 120 rentrés en France, après avoir soit subi un entraînement, soit participé aux combats ou avoir assisté à des scènes ultra-violentes.

L’hypothèse du retour de certains d’entre eux pour commettre des actes violents constitue l’une des obsessions des services de sécurité français.

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