vendredi 4 décembre 2020
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Manuel Valls, ministre de l'Intérieur (Photo Matthieu Guyot l'Essor)
Manuel Valls, ministre de l'Intérieur (Photo Matthieu Guyot l'Essor)

Barrage du Tarn: la suspension des travaux envisagée

Le président socialiste du Conseil général du Tarn a annoncé mercredi qu’il envisageait de “suspendre les travaux” sur le site du barrage contesté de Sivens, le temps d’une remise “à plat” du projet.Par ailleurs, le colonel Pierre Bouquin, porte-parole de la Gendarmerie, a déclaré, à propos du décès du jeune Toulousain “C’est un malheureux concours de circonstances, un accident”.

La ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, est sortie de son silence sur l’affaire pour annoncer qu’elle réunirait mardi prochain, à Paris, “l’ensemble des parties prenantes” au dossier, “des élus en particulier”. “Il faut que l’on trouve une solution qui justifie l’engagement des fonds publics et européens sur des ouvrages comme ceux-là”, a-t-elle dit. A Lisle-sur-Tarn, près de Gaillac, le projet vise à créer une modeste retenue d’eau d’1,5 million de mètres cubes, pour un coût d’investissement de 8,4 millions d’euros. Ce barrage-réservoir serait construit en travers d’un petit cours d’eau, afin de sécuriser l’irrigation des cultures.

Mais les travaux sont, de fait, interrompus depuis la mort du jeune Toulousain Rémi Fraisse, dans la nuit de samedi à dimanche, au cours de violents affrontements entre opposants au barrage et forces de l’ordre. Après la découverte de traces de TNT – un explosif militaire – sur ses vêtements, l’enquête privilégie désormais la thèse d’un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes.

 Un collectif appelle à l’abandon du projet

Le socialiste Thierry Carcenac,à la tête du conseil général du Tarn depuis 23 ans,  a expliqué mercredi dans La Dépêche du Midi qu’il envisageait de “suspendre les travaux mais en aucun cas “sine die”, comme l’avait affirmé son collègue au Sénat, l’écologiste Jean-Vincent Placé. Pour Thierry Carcenac, il va falloir “remettre les choses à plat”. Mais pas question a priori d’abandonner le projet: il s’agirait seulement de l'”améliorer”. “Il n’est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres”, a-t-il déclaré au journal Le Monde, en référence à une partie des manifestants venus “harceler” les forces de l’ordre.

“On ne peut pas accepter” de telles violences “dans une démocratie”, a dit le président François Hollande en ouverture du conseil des ministres, après avoir rappelé “la compassion à avoir” à l’égard de la famille de la victime.

Dans le Tarn, un collectif d’associations opposées depuis 2011 au projet de barrage a appelé les conseillers généraux du Tarn à “abandonner le projet dans sa version actuelle”, plutôt que de prendre le risque de “faire de nouvelles victimes”. Le porte-parole de ce collectif, Ben Lefetey, a évoqué une responsabilité du Premier ministre, Manuel Valls, qui devant de Jeunes agriculteurs en Gironde, avait dit le 6 septembre: “je sais l’importance de mobiliser la ressource en eau (…) c’est pour cela que nous avons tenu bon à Sivens. Les travaux de ce barrage vont enfin commencer”.

Pour Manuel Valls, il faut “redimensionner” le projet  

Mercredi matin, le Premier ministre a fait valoir que c’était “au Conseil général du Tarn” de décider du devenir des travaux”. Il a néanmoins affirmé que “beaucoup d’habitants” étaient “favorables à ce type de projets”. Pour le chef du gouvernement, “il faut évidemment le redimensionner” et “tirer les conséquences des préconisations des rapports” d’expertise.

A Albi, les conseillers généraux doivent débattre vendredi des préconisations des experts mandatés par Mme Royal. Ces derniers ont conclu que le projet était surdimensionné, coûteux par rapport au volume d’eau stockée, et ont regretté que les “solutions alternatives” n’aient pas été réellement analysées. Avant que la confrontation ne dégénère en affrontements, les opposants avaient multiplié les actions – recours en justice, grèves de la faim, manifestations, occupations des lieux et cabanes dans les arbres – pour tenter, en vain, d’empêcher la destruction de 13 hectares de “zones humides” de bois et prairies, un “réservoir de biodiversité” qui abritait 94 espèces protégées, selon eux.

“C’est un malheureux concours de circonstances”

Sur place, de nombreux opposants – encore remontés – restent présents et les visiteurs ne sont pas toujours les bienvenus: un photographe de la Dépêche du Midi a été violemment pris à partie mardi. Par ailleurs, de nombreuses questions se posent encore sur les circonstances de la mort de Rémi Fraisse, dimanche, en pleine nuit.

“C’est un malheureux concours de circonstances, un accident”, a plaidé le porte-parole de la Gendarmerie nationale, sur France Inter. Le colonel Pierre Bouquin a rappelé que “la grenade offensive ne pouvait “être employée et envoyée qu’à la main” par un gendarme. Et il a déclaré: “Il est deux heures du matin, il fait nuit, on est dans le noir le plus total, il y a des affrontements, les gendarmes sont harcelés, assaillis par des individus presque armés”.

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