samedi 15 mai 2021
Accueil / Articles abonnés / Avec le réchauffement climatique, la montagne s’effrite et les alpinistes trinquent
Effet du réchauffement climatique ? Nuage de poussière provoqué par un écroulement dans les Drus (Alpes), en septembre 2011 (Photo: DR).
Effet du réchauffement climatique ? Nuage de poussière provoqué par un écroulement dans les Drus (Alpes), en septembre 2011 (Photo: DR).

Avec le réchauffement climatique, la montagne s’effrite et les alpinistes trinquent

Vertical, parfois glacé ou enneigé, le milieu montagnard est dangereux. Le réchauffement climatique amplifie les risques pris par ceux qui le parcourent, notamment en provoquant des écroulements rocheux de plusieurs centaines de milliers de tonnes.

Pour les pratiquants de la cascade de glace, les effets du réchauffement climatique sont palpables. Mais la montée des températures a également des conséquences sur l’alpinisme estival. La montagne n’est en effet pas un bloc d’un seul tenant. Certaines parties des parois ne sont reliées entre elles que par “un ciment de glace”, explique Ludovic Ravanel, géomorphologue au CNRS, rattaché au laboratoire Environnements, dynamique et territoires de la montagne.

Le pergélisol s’est dégradé

L’existence de cette couche de glace est due au pergélisol, Permafrost en anglais, qui est l’état thermique dans lequel se trouvent les terrains dont la température reste durablement négative. Avec la multiplication, ces dernières années, des étés caniculaires, le pergélisol s’est dégradé, ce qui a eu pour effet de faire fondre la glace, et les écroulements rocheux se sont multipliés.

Ainsi en 2005, 292.000 m3 de roche se sont détachés de la face ouest des Drus, soit 800.000 tonnes de granit qui sont allées se fracasser au pied de la paroi. A titre de comparaison, ce volume représente “cinq fois l’Arc de triomphe“, précise Ludovic Ravanel.

En août 2018, deux gendarmes, un instructeur et l’un des chefs du Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la Gendarmerie (Cnisag) ont fait demi-tour sur l’arête des Cosmiques. Quelques heures plus tard, entre 300 et 400 m3 de roche se détachaient de cette voie très parcourue…

Pour l’instant, pas de morts en France dans des écroulements

En comparant les voies existantes aux descriptions figurant dans “Les 100 plus belles courses”, guide de référence rédigé par Gaston Rebuffat en 1973, Ludovic Ravanel a pu constater que trois d’entre elles avaient disparu. Pour 26 autres, “les conditions des itinéraires ne permettent plus une évolution en sécurité avec la même saisonnalité et selon la même technicité que dans les années 70″, ajoute-t-il.

Pour l’instant, en France, ces écroulements n’ont pas provoqué de morts, principalement “parce que les alpinistes sont prudents et que la pratique s’auto-régule”, explique le colonel Jean-Baptiste Estachy, conseiller technique montagne de la Gendarmerie. Reste que cette dangerosité accrue a contraint le Cnisag à avancer certains stages dans l’année, car la “haute montagne est alors en moins bonne condition”.

Lire aussi: Michel Lanne : que la montagne est belle !

Autre conséquence, qui pourrait paraître anecdotique : “Visuellement la haute montagne est moins belle qu’avant, avec des pentes de neige grise ou marron”, remarque le colonel Estachy. Un phénomène notoire, ajoute Ludovic Ravanel, qui précise que les guides évoquent même “une sorte de désenchantement” . Et le même d’expliquer que, dix ans auparavant, il n’avait pas idée de “la vitesse à laquelle les choses changeraient. Je n’imagine pas comment cela sera dans dix ans.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " :  articles inédits, veille sur la presse et infos pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.