mercredi 21 novembre 2018
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Murielle Bolle (Capture d'écran: vidéo Le Parisien).
Murielle Bolle (Capture d'écran: vidéo Le Parisien).

Affaire Grégory : le livre de Murielle Bolle scandalise un ancien gendarme

Murielle Bolle voulait briser le silence. Mission réussie avec son livre, qui à peine sorti, fait déjà du bruit chez les anciens gendarmes chargés de l’affaire Grégory. Dans “Briser le silence”, un ouvrage publié ce jeudi 8 novembre, la nièce de Bernard Laroche livre sa vérité sur la plus célèbre enquête criminelle française non-résolue. Ce personnage clé du dossier explique comment cette affaire a détruit sa vie. “On m’a fait passer pour une moins que rien, une menteuse, explique-t-elle au Parisien. Ma famille a été tellement salie”.

Publié après 34 ans d’investigations, ce livre survient en pleine offensive judiciaire. Les avocats de Murielle Bolle cherchent en effet à faire annuler la garde à vue de l’adolescente, les 2 et 3 novembre 1984. Ils ont déjà obtenu en septembre la saisine du Conseil constitutionnel. Ce dernier se prononcera le 16 novembre sur la conformité avec la Constitution de l’ordonnance sur l’enfance délinquante dans sa version de 1984.

Rétraction

Ce débat juridique de haut-vol se double désormais du nouveau témoignage, plus direct, de Murielle Bolle. Lors d’une garde à vue, en 1984, l’adolescente incrimine son beau-frère Bernard Laroche. Elle se rétractera plus tard, assurant avoir parlé sous la contrainte. Une version connue depuis le 7 novembre 1984 et répétée in extenso dans son ouvrage. La jeune femme affirme alors avoir eu peur des gendarmes. S’estimant piégée, elle rapporte également des menaces de placement en maison de correction.

 

L’accusation, si elle n’est pas nouvelle, est toujours aussi vive pour les gendarmes qui ont enquêté sur la mort de ce garçon de 4 ans, retrouvé pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges). “Je suis scandalisé, c’est insupportable”, confie à L’Essor le colonel (ER) Etienne Sesmat, commandant la compagnie d’Epinal au moment de l’affaire Grégory. “Les gendarmes de 1984 sont présentés comme des manipulateurs, des enquêteurs qui font pression”, regrette-t-il.

Pour l’ancien militaire, la pilule est d’autant plus amère qu’il existe déjà une vérité judiciaire sur cette garde à vue litigieuse. Déposée en juillet 1985 par la famille Bolle, une plainte pour subornation de témoin se soldera par un non-lieu, confirmé en appel et en cassation. “Ce livre a été écrit pour faire pression sur le Conseil constitutionnel“, analyse Etienne Sesmat.

Lire aussi sur L’Essor : Affaire Grégory : Etienne Sesmat, le premier enquêteur : “de bonnes chances pour que l’affaire aboutisse”

Des “négationnistes”

Autant d’éléments qui expliquent pourquoi l’ancien commandant d’Epinal a des mots très durs envers Murielle Bolle et ses avocats. “Ce sont des négationnistes de l’histoire judiciaire, dit l’enquêteur, l’un des interrogateurs de Murielle Bolle il y a 34 ans. Petit à petit, ils arrivent à transformer les faits. Bientôt, cette audition de Murielle Bolle n’aura peut-être jamais eu lieu.” Un avis partagé par l’avocat Thierry Moser, qui représente les parents du petit Grégory.

“Ce livre est malhonnête d’un point de vue moral et d’un point de vue intellectuel. Il faut que les lecteurs ne soient pas dupés. Le livre est en parfaite contradiction avec des décisions de justice. Je suis agacé de voir que, malgré les années qui passent, la vérité est encore piétinée par certaines personnes.” (Thierry Moser)

Au début du mois de novembre 1984, rappelle Etienne Sesmat, si les gendarmes de la brigade de Bruyères demandent à réentendre pour la troisième fois Murielle Bolle, c’est en raison des contradictions de son témoignage initial avec celui de Bernard Laroche. L’adolescente explique dans un premier temps avoir pris le bus scolaire, une version démentie par de nombreuses déclarations. C’est à ce moment-là qu’elle craque et explique aux gendarmes avoir accompagné Bernard Laroche en voiture. Elle déclare surtout avoir vu son beau-frère partir avec le petit Grégory avant de revenir seul.

Les gendarmes, “des copains”

Un arrêt de la cour d’appel de Dijon, dont L’Essor a eu copie, est à ce titre instructif. Ce 24 novembre 1988, la juridiction confirme le non-lieu de la plainte pour subornation de témoin de la famille Bolle. La justice relève ainsi que les premières accusations de Murielle Bolle envers son beau-frère ont lieu avant son placement en garde à vue, le 2 novembre au matin. Les menaces de placement en maison de correction, contestées par les enquêteurs, sont elles datées du 3 novembre. Soit 24 heures après l’incrimination, par Murielle Bolle, de son beau-frère. Ce même jour, un médecin viendra examiner l’adolescente. Souriante et détendue, elle assure au praticien qui l’interroge à propos d’éventuelles brutalités: “les gendarmes, c’est des copains”.

Lire aussi sur L’Essor : Affaire Grégory : l’annulation des mises en examen ne remet pas en cause l’enquête des gendarmes

L’enquête sur la mort du petit garçon a rebondi l’année dernière grâce au logiciel Anacrim. Si Bernard Laroche a été tué par le père de Grégory, Jean-Marie Villemin, en 1985, les gendarmes de la section de recherches de Dijon ne désespèrent pas de trouver le ou les coupables de cette affaire criminelle. Un dossier qui a ébranlé la Gendarmerie. La seule institution, rappelle Etienne Sesmat, qui a “rendu des comptes et tiré des enseignements de cette affaire”.

Gabriel Thierry

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