mardi 18 juin 2019
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Vincent Crase, au centre (Crédit photo: Sénat).
Vincent Crase, au centre (Crédit photo: Sénat).

Affaire Benalla: Vincent Crase s’explique dans un livre confession

En janvier, Vincent Crase confiait aux sénateurs se consacrer à l’écriture. Trois mois plus tard, le résultat du travail de l’ancien réserviste de la Gendarmerie le plus célèbre de France est publié en ce début d’avril aux éditions Plon. Avec “Présumé coupable”, un ouvrage de 239 pages écrit avec un journaliste, l’ancien salarié de la République en marche, mis en cause avec l’ex-chargé de mission à l’Elysée Alexandre Benalla dans l’affaire des violences du 1er Mai, sort de son silence.

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"Présumé coupable", de Vincent Crase.
“Présumé coupable”, de Vincent Crase.

Ce jour-là, Vincent Crase, père de trois enfants, a prévu de retrouver sa famille à Louviers, dans l’Eure. Un coup de fil de son ami Alexandre Benalla interrompt ses préparatifs. “J’ai été invité par la préfecture de police pour assister aux opérations de maintien de l’ordre. Ca te dirait de venir avec moi?”, lui demande le jeune homme de 27 ans. Malgré treize années d’engagement dans la réserve opérationnelle de la Gendarmerie, essentiellement dans l’Eure, Vincent Crase n’a jamais pratiqué d’opérations de maintien de l’ordre. Curieux de voir comment la police gère les black blocs, il accepte l’invitation. Une décision funeste pour ce chef d’escadron de réserve, recruté par le commandement militaire de l’Elysée pour encadrer les quatorze nouvelles recrues. La suite est connue: les deux hommes, depuis mis en examen, sont soupçonnés de violences illégitimes. L’affaire, qui met en cause le Château, devient rapidement hors-normes après les premières révélations du Monde, le 18 juillet.

“Je ne devrais pas mais j’y vais”

Ce 1er Mai, Vincent Crase, au second plan de l’affaire, commet plusieurs fautes. Paris a beau être bouclée par les forces de l’ordre, il passe prendre son pistolet Glock au quartier général d’En Marche, craignant dit-il un attentat terroriste. Il n’a pourtant pas encore demandé le renouvellement de l’autorisation, caduque depuis la fin de l’élection, de la détention de l’arme pas censée sortir du QG. Puis, alors que les forces de police poursuivent des suspects réfugiés dans le Jardin des plantes, près du pont d’Austerlitz où les black blocs dévasteront des commerces, il sort de son rôle.

Alexandre Benalla interpellant violemment un manifestant, le 1er mai 2018, sur la place de la Contrescarpe (5e arrondissement) (photo : capture d'écran de la chaîne YouTube/T.Bouhafs)
Alexandre Benalla le 1er Mai 2018 (Capture d’écran de la chaîne YouTube/T.Bouhafs)

Nous avons agi, malgré notre statut de simples observateurs, pour essayer de mettre un terme aux agressions dont les forces de l’ordre, rincées par des heures d’affrontements, étaient les cibles incessantes“, confie dans son livre ce Normand né au Havre. Après cette première interpellation, il suit Alexandre Benalla, place de la Contrescarpe dans une nouvelle intervention. “Je le suis sans réfléchir, écrit-il. Fraternité d’armes, solidarité mal placée, appelez ça comme vous voulez: je ne devrais pas mais j’y vais. Porté, je tiens à le redire, par le sens du devoir qui m’incite à porter secours.” Vincent Crase se démarque toutefois ostensiblement d’Alexandre Benalla en précisant, pour la première intervention, ne pas avoir frappé l’individu arrêté, et pour sa seconde intervention litigieuse, avoir seulement “attrapé vertement” le jeune homme menacé en levant la main.

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Onze mois plus tard, Vincent Crase a tout perdu. Sa place dans la réserve. Son travail dans la sécurité d’En Marche. Son prêt pour sa maison. Et son agrément d’agent de sécurité privée. Une chute dramatique pour celui qui caressait, après la victoire d’Emmanuel Macron, l’ambition de devenir député de l’Eure. Aujourd’hui, après s’être essayé au maraîchage, il compte refaire sa vie au Sénégal dont est originaire sa compagne.

La rencontre avec Alexandre Benalla

Alexandre Benalla et Sébastien Lecornu ont été réservistes opérationnels avant d’être promus dans la réserve des spécialistes (Capture d’écran celui-ci Twitter Cédric Pietralunga/Le Monde).

Rétrospectivement, Vincent Crase, ancien professeur d’histoire-géographie dans un centre de formation pour apprentis, sait que son destin s’est joué bien avant ce 1er Mai. En ce mois d’avril 2009, l’officier de réserve, breveté parachutiste pendant son service dans les commandos de l’Air à Evreux, fait la rencontre qui va changer sa vie. Chargé d’encadrer les nouvelles recrues des gendarmes, il repère un jeune de 17 ans qui aspire à devenir réserviste dans l’Arme: Alexandre Benalla. Le “chat maigre” l’impressionne: pendant son temps de repos, celui-ci fait un concours de pompes avec une autre recrue! Vincent Crase et Alexandre Benalla, tous les deux scouts, vont se découvrir et s’apprécier.

Fan de musique – du rock anglo-saxon mâtiné de punk (Bérurier noir) et de rap (NTM), Vincent Crase a la bougeotte. “C’est dans ma nature“, répond-il à ses détracteurs. Détective privé, commercial pour Axa ou  agent de sécurité: ce fils d’employés de banque ne tient pas en place. Plutôt droite libertaire que conservatrice, le quadragénaire est embarqué dans l’aventure d’En Marche par son ancienne recrue dans la réserve alors perdue de vue. Après le PS, Alexandre Benalla s’est en effet rapproché des Marcheurs. Vincent Crase s’investira avec passion dans son nouveau job. Quitte à monter la garde, la nuit, devant le bureau du patron, avec comme couette sur le canapé la couverture de son chien, ou à sacrifier sa nuit de Noël pour la protection du quartier général.

La Gendarmerie, un rêve

Aguerri aux armes, Vincent Crase est convaincant dans sa justification d’une commande effectuée en mars 2017, une demande qui avait fait jaser. Il prévoyait l’achat, finalement refusé par le directeur de campagne, de pistolets à gaz, d’un lanceur de balles de défense, de boucliers et de casques pour remettre à niveau la protection du site du candidat. Il est aussi lucide sur les coups de sang d’Alexandre Benalla, capable de monter dans les tours pour des broutilles. Il est cependant moins percutant dans ses explications sur le fameux contrat russe dont on peine à démêler les fils.

Lire aussi sur L’Essor: Les affaires de Vincent Crase intéressent les sénateurs (vidéo)

Ses plus grands regrets sont pour la Gendarmerie qu’il rêvait d’intégrer. “Certains gendarmes de carrière sont parfois usés par le terrain et aussi, soyons francs, par la réponse judiciaire qu’ils considèrent souvent bien faible“, confie-t-il ainsi à propos de l’Arme. A la faveur d’une invitation aux 45 ans d’anciens du GIGN, le réserviste côtoie même des mythes de l’Institution – il devisera avec eux d’ovnis et de civilisations disparues. “La guéguerre entre Police et Gendarmerie n’est pas un mythe, y compris à l’Elysée où les deux corps cohabitent pourtant en bonne intelligence“, analyse-t-il à propos de l’affaire. Persuadé qu’un chef de la Police aurait, pour écarter le remuant Alexandre Benalla, dégoupillé la grenade en fournissant à la presse “la confirmation qui manquait pour recouper l’identification” de l’homme visible sur les vidéos du 1er Mai.

Gabriel Thierry

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