jeudi 3 décembre 2020
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Véhicule de la Gendarmerie à Vence (Photo d'illustration S.D L'Essor).
Véhicule de la Gendarmerie à Vence (Photo d'illustration S.D L'Essor).

L’affaire Adama Traoré empoisonne Beaumont-sur-Oise et inquiète le gouvernement (papier d’angle AFP)

Deux conseils municipaux annulés, des scènes de violences urbaines, deux frères incarcérés: quatre mois après la mort d’Adama Traoré lors de son arrestation par les gendarmes, l’affaire n’en finit pas d’empoisonner la petite ville de Beaumont-sur-Oise et inquiète jusqu’au gouvernement.

Le 19 juillet, Adama Traoré, 24 ans, décédait dans les locaux de la

Photo d'illustration (Photo S.D L'Essor).
Photo d’illustration (Photo S.D L’Essor).

gendarmerie après son interpellation dans cette commune du Val-d’Oise, en grande banlieue parisienne.
Les circonstances de sa mort et l’attitude des autorités, qui tardent à annoncer le décès à sa famille, ont aussitôt nourri le soupçon chez ses proches qu’elles cherchaient à couvrir les gendarmes.
Aussitôt, Beaumont et les communes voisines s’embrasent.
Coups de feu contre les forces de l’ordre, tirs de mortiers artisanaux,voitures brûlées, bâtiments publics pris pour cible… L’épisode a marquécette ville des bords de l’Oise, qui n’avait jamais fait parler d’elle.
Sur le terrain, la situation semblait s’être apaisée. Mais, depuis dix jours, le climat s’est de nouveau dégradé, poussant le ministre de l’Intérieur à rompre le silence de l’État sur cette affaire.
Bernard Cazeneuve a appelé vendredi “au calme, à l’apaisement et au respect”. Car si “la famille Traoré a droit à la vérité sur les circonstances du décès”, “la vérité ne saurait cependant advenir dans un climat de violence”.
A l’origine de ce regain de tensions, la découverte par la famille Traoré que la maire de Beaumont, Nathalie Groux, entendait attaquer en diffamation Assa Traoré. La grande soeur d’Adama, qui a fait de sa mort une cause contre les “bavures policières”, s’est imposée comme porte-parole de cette famille nombreuse et solidement implantée dans le quartier Boyenval.
Le 17 novembre au soir, la situation dégénère quand gendarmes et policiers municipaux refoulent une partie de la famille qui veut assister au conseil municipal. La séance est interrompue et les heurts, démarrés devant l’Hôtel de ville, se poursuivent à Boyenval.

Les gendarmes ne peuvent plus patrouiller  

Quelques jours plus tard, deux frères Traoré, Bagui et Ysoufou, dit Youssouf, sont interpellés pour des violences et outrages qui auraient alors été commis contre huit policiers municipaux et gendarmes. Du côté de la municipalité, on décide de reporter encore le conseil par peur d’une nouvelle confrontation.
Mercredi, à l’issue de leur garde à vue, les deux frères sont amenés en comparution immédiate. Craignant qu’ils n’exercent des pressions sur les témoins, le tribunal décide de les écrouer dans l’attente de leur procès finalement renvoyé mi-décembre.
“On est dans un État antidémocratique. Quand on veut parler, on te met en prison”, a dénoncé auprès de l’AFP Assa Traoré, qui y voit une “vengeance” du tribunal de Pontoise après le dépaysement à Paris de l’enquête sur la mort d’Adama.
Alors que la famille et ses soutiens avaient quitté dans le calme le tribunal mercredi soir, une dizaine de jeunes, cagoulés, interceptent quelques heures plus tard un bus à Boyenval, molestent le chauffeur et mettent le feu.
Six voitures brûleront aussi au cours de la soirée – des événements aussitôt condamnés par la famille Traoré.
Face à cette situation, la maire ne cache pas son désarroi. Certes, elle a envisagé de porter plainte pour diffamation, mais “il s’agissait non pas d’attaquer mais de se défendre”, se justifie l’édile UDI.
Pour Nathalie Groux, la famille lui a mis “une cible dans le dos” en affirmant qu’elle s’était “rangée du côté des gendarmes” et “de la violence policière”. L’élue a par ailleurs porté plainte pour “toutes les menaces, les injures que je reçois en permanence depuis quatre mois”.
“Ma ville brûle, ma population souffre, est traumatisée et, pour moi, c’est insupportable”, souffle-t-elle.
Caty Richard, l’avocate des forces de l’ordre dans l’affaire qui les oppose aux frères Traoré, va plus loin, évoquant “un sentiment d’impunité” parmi les soutiens de la famille. “Les gendarmes ne peuvent plus patrouiller, leur simple présence est perçue comme une provocation”, affirme-t-elle.
Mercredi soir, pour éviter toute confrontation, les gendarmes ont laissé les habitants éteindre eux-mêmes l’incendie du bus.
Pour éviter de nouveaux incidents, deux escadrons, soit 140 gendarmes mobiles, ont été déployés en renfort “jusqu’à nouvel ordre”, selon la gendarmerie.

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Un commentaire

  1. retraite93

    Oui, c’est le climat actuel en France, pays devenu laxiste avec les fauteurs de trouble qu’ils soient d’origine étrangère, gens du voyage, etc…
    Il ne faut pas les verbaliser, ils ont le droit de ne pas respecter la Loi qui n’est pas pour eux, disent ils.
    Nous sommes dans un pays en pleine déliquescence et ça de la faute des gouvernants mous, des juges mous et du laxisme de ceux qui soutiennent ces catégories délinquantes de la population.
    Dans les années 80, tout a commencé avec la présidence d’un certain Mitterand; le laisser-faire a débuté à cette époque. Je sais, j’étais sur le terrain et nous avions déjà les mains liées.

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