samedi 21 avril 2018
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Le chef d'escadron Jean-Eudes (crédit photo: GT/L'Essor).
Le chef d'escadron Jean-Eudes (crédit photo: GT/L'Essor).

Rencontre avec le chef d’escadron Jean-Eudes, le seul gendarme présent au sein de la cyberdéfense française

Au Centre d’analyse de lutte informatique défensive (Calid) du ministère des Armées, il existe une touche de bleu dans un paysage bien kaki. Une note due à la présence du chef d’escadron Jean-Eudes, le seul gendarme présent dans ce centre crucial pour la cyberdéfense française. Adjoint au chef, conseiller juridique, ou encore officier de liaison avec le ministère de l’Intérieur, cet officier âgé de 44 ans cumule les différentes casquettes.

Ce militaire élancé est devenu aujourd’hui l’un des chefs d’orchestre de ce centre opérationnel créé en 2013. Discret, le Calid joue néanmoins un rôle clé dans la cyberdéfense des armées françaises. La structure est chargée de la sécurité des systèmes d’information de la Défense. Les 80 militaires et civils protègent les réseaux informatiques en faisant de la veille, de la détection ou de l’alerte. Une belle force de frappe qui grossit d’année en année grâce aux augmentations de crédits pour la cyberdéfense, une priorité gouvernementale depuis quelques années.

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Débusquer les vulnérabilités

Page d'un ransomware.
Page d’un ransomware.

“Ce qui nous intéresse, c’est l’impact opérationnel dans le cas où notre système informatique tombe”, explique le chef d’escadron Jean-Eudes. Concrètement, il s’agit de débusquer les vulnérabilités dans la kyrielle de systèmes informatiques utilisés dans les armées et d’appliquer des correctifs le plus rapidement possible. Les armées ont ainsi franchi la crise causée par le logiciel malveillant NotPetya sans encombre : la vulnérabilité avait bien été prise en compte.

Quand le gendarme rejoint les locaux parisiens du Calid, en 2013, ils ne sont d’ailleurs encore qu’une quarantaine de militaires. Confidentielle, la structure est méconnue. Le chef d’escadron, un geek ayant fait ses armes en brigade territoriale et en brigade de recherches, ignore lui-même tout du Calid.

La venue du gendarme a en réalité été orchestrée par le premier officier général à la cyberdéfense française, Arnaud Coustillière. Ce dernier souhaite renforcer ses équipes d’un expert capable de le conseiller en matière judiciaire ou de faire le travail de liaison pour judiciariser des attaques informatiques. Ce sera le chef d’escadron Jean-Eudes, un enquêteur passé par le creuset des NTech, ces gendarmes formés aux techniques d’investigation numérique.

Les frontières floues de la cyberdéfense

Mais s’il a été appelé pour son regard juridique, le travail du chef d’escadron est plus large. Veille informatique et anticipation opérationnelle avec des recherches en sources ouvertes sur les attaques informatiques sont au programme de ses premières années au Calid. Désormais, il suit et supervise des dossiers de lutte informatique défensive.

Un gendarme du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) (Crédit photo: GT/L'Essor).
Un gendarme du C3N (Crédit photo: GT/L’Essor).

Des tâches qui n’éloignent pas le chef d’escadron de la Gendarmerie. Certaines affaires sont renvoyées vers le centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N). Et des renseignements sont transmis à la sous-direction de l’anticipation opérationnelle. Car dans la cyberdéfense, les frontières sont floues.

Exemple avec cette attaque en déni de service (saturation d’un site web) du ministère de la Défense, en janvier 2015, revendiquée par le groupe Anonymous Operation GPII (Opération contre les grands projets inutiles et imposés). “C’était le ministère de l’Intérieur qui était d’abord visé, se souvient le chef d’escadron Jean-Eudes. Mais nous avons surveillé l’action car nous pouvions nous même devenir une cible en cas de réorientation de l’attaque informatique. C’est effectivement ce qu’il s’est passé.” Cette semaine, actualité oblige, le Calid a du coup un œil rivé sur Notre-Dame-des-Landes, qui pourrait susciter des actions contre les armées.

Bientôt, la cyberdéfense deviendra de l’histoire ancienne pour ce gendarme. Il quittera cet été ses bureaux parisiens pour rejoindre la tête d’une compagnie départementale dans les Pays-de-la-Loire. Et ensuite ? “Nous verrons bien où la Gendarmerie a besoin de moi, souffle le chef d’escadron Jean-Eudes. Mais c’est certain que j’aimerais bien, ensuite, revenir dans la cyber.”

Gabriel Thierry.

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