dimanche 25 février 2018
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Présentation de la police de sécurité du quotidien (Crédit photo:MG/L'Essor).
8 février. Présentation de la police de sécurité du quotidien. Gérard Collomb était entouré de la colonelle Florence Guillaume, commandant du groupement de l’Ain, et de la commissaire divisionnaire Laetitia Philippon, DDSP de la Dordogne, du préfet de police de Paris, du DGPN er du DGGN. (Crédit photo/ MG/L'Essor).

Police de sécurité du quotidien : ce qu’il faut retenir du discours de Gérard Collomb

Arrivée du ministre de l'Intérieur à l'Ecole militaire (Crédit photo: MG/L'Essor).
Arrivée du ministre de l’Intérieur à l’Ecole militaire (Crédit photo: MG/L’Essor).

Ce jeudi 8 février était entouré en rouge depuis plusieurs semaines dans l’agenda de Gérard Collomb.  Le ministre de l’Intérieur avait retenu cette journée pour présenter ce qui doit être sa réforme majeure du quinquennat d’Emmanuel Macron, la police de sécurité du quotidien.

Derrière cette annonce très attendue, sous forme de grand show à l’Ecole militaire, retransmis en direct sur Facebook,  un méli-mélo de différentes mesures, la plupart déjà connues, qui concernent à la fois la Police nationale et la Gendarmerie.

Ainsi, des quartiers de reconquête républicaine précis sont nommés pour la Police, tandis que pour la Gendarmerie, de manière parfois un peu plus vague, l’effort est mis sur certains départements, vingt, essentiellement en Auvergne-Rhône-Alpes et dans l’ouest de la France.

Les brigades de contact

La Gendarmerie a eu le nez creux en s’investissant, dès février 2017, sur le sujet de la proximité avec la population avec l’expérimentation de trente brigades territoriales de contact.

Carte des brigades et des groupes de contact

Un projet qui rentre à 100% dans le chantier de la police de sécurité du quotidien du nouvel exécutif. Gérard Collomb veut désormais porter cette formule, sous la forme de brigade ou de groupe de contact, à 250 d’ici 2019, avec comme objectif d’avoir au moins une structure par département.

Lire aussi sur L’Essor : Les brigades territoriales de contact, un avant goût de la police de la sécurité quotidienne

Autonomie de l’échelon local

La police de sécurité du quotidien repose en partie sur “une Police et une Gendarmerie sur-mesure“, explique le ministère de l’Intérieur. Pour cela, une certaine autonomie sera donnée à l’échelon local qui devra définir des priorités d’action et surtout, en rendre compte aux élus locaux.

“Les élus et les maires sont ceux qui connaissent le mieux leur territoire“, rappelle Gérard Collomb. Il demande ainsi que “dans les trois prochains mois” policiers et gendarmes prennent contact avec les élus locaux pour définir une stratégie de sécurité sur leur territoire. Pour le ministre, seule une “attitude partenariale” sera payante. Pour la renforcer, un référent doit être désigné par brigade pour informer le maire en temps réel sur les problématiques de sécurité.

Ces rendez-vous doivent se pérenniser. Les commandants de compagnie sont invités à réunir chaque trimestre les commandants d’unité avec les élus afin de rendre compte de l’activité de la Gendarmerie et définir des priorités, une demande déjà annoncée par Richard Lizurey est déjà effective dans nombre de groupements.

Le ministre appelle enfin les responsables locaux à “prendre des risques” en définissant leur action dans des contrats opérationnels qui les engageront.

L’outre-mer

Vingt départements sont considérés comme prioritaires pour la Gendarmerie, qui bénéficiera pour ces territoires d’un renfort de 500 gendarmes. Pour l’outre-mer, il s’agit de la Guyane et de Mayotte, tandis qu’un “quartier de reconquête républicaine” (la Cité Pierre Lenquette de Montravel) est identifié à Nouméa en Nouvelle-Calédonie pour la Police. Concrètement, précise Karine Lejeune, la porte-parole de la Gendarmerie, ces territoires devraient bénéficier de renforts de gendarmes adjoints volontaires et de l’apport de réservistes locaux.

Lire aussi sur L’Essor : Le directeur général “préoccupé par les outre-mer” et surtout par Mayotte et la Guyane

La brigade numérique

Ce projet phare de la Gendarmerie sera inauguré prochainement par Gérard Collomb lui-même à la fin du mois, a-t-il annoncé dans une interview au Point. Basée à Rennes – une information dévoilée en août dernier par L’Essor – cette brigade numérique sera fonctionnelle dans les prochaines semaines, a ajouté le directeur général de la Gendarmerie, Richard Lizurey. Accessible via un ordinateur, un téléphone intelligent, une tablette ou même par messagerie instantanée, elle doit offrir “les mêmes services qu’une brigade territoriale”, rappelle-t-il, telle que l’accueil, le renseignement ou l’information.

A charge pour elle d’orienter les usagers ou plaignants vers les services appropriés, telle que par exemple la nouvelle plateforme de signalement de faits de violences sexuelles ou sexistes attendue pour le printemps dernier. “La brigade numérique offrira un service adapté, permanent et complémentaire”, souligne Richard Lizurey, sans toutefois se substituer au rendez-vous de vis-à-vis, ou au traitement de l’appel d’urgence.

Lire aussi sur L’Essor : La brigade numérique de la Gendarmerie s’installera à Rennes

La dématérialisation

L’objectif est ambitieux, pour ne pas dire inaccessible: la “dématérialisation totale du processus pénal” est annoncée, avec des premiers résultats dès 2020. Pour autant, rien de concret n’a été annoncé dans ce dossier qui en est qu’au tout début. D’après nos informations, l’objectif est de stocker toute la procédure sur des serveurs du ministère de la justice.

Un projet rendu complexe par les différents systèmes informatiques de la Police, de la Gendarmerie et de la justice. Si une dématérialisation totale semble à la portée de la Gendarmerie, la coordination des systèmes informatiques pécherait. Une source rapporte ainsi à L’Essor des difficultés liées au réseau informatique de la justice. L’exemple de la visioconférence en est une illustration. Bien déployé en Gendarmerie, ce dispositif semble idéal car il permet d’éviter des déplacements et donc de gagner du temps, de l’argent et de la sécurité. Pourtant, il ne peut bien souvent pas être mis en oeuvre faute d’équipement adéquat dans les tribunaux locaux.

La dématérialisation de certaines procédures pourrait toutefois changer très rapidement la vie des gendarmes. La fin de la gestion des procurations électorales est ainsi prévue pour 2021. En 2017, a rappelé Richard Lizurey, la Gendarmerie a réalisé pas moins de 1,8 million de procurations électorales, soit l’équivalent de 55.000 patrouilles de deux gendarmes pendant quatre heures !

Le high-tech

Les ministres de l’Intérieur se suivent et l’engouement pour le high-tech reste. Ainsi, l’exécutif annonce le déploiement de 10.000 caméras-piétons d’ici l’année prochaine, qui assure le ministre de l’Intérieur, “vont changer le rapport entre forces de sécurité intérieure et population”.

Lire aussi sur L’Essor : Info L’Essor: le plan massif de caméras-piéton pour la Gendarmerie

De même, la Place Beauvau vise désormais le déploiement de 110.000 terminaux numériques Neo (appelée Neogend dans la Gendarmerie). Une tâche bien avancée dans l’Institution, qui visait la mise à disposition, d’ici la fin de l’année dernière, de 65.000 tablettes ou téléphones intelligents dans les unités. Cela fait en effet plus de deux ans que l’Arme teste l’utilisation de ce type d’outils notamment en Bourgogne, et dans les Hauts-de-France.

“Ce qui m’a frappé, c’est la facilité d’appropriation, remarque Philippe Mirabaud, le commandant du groupement du Nord. Cela a révolutionné la manière de faire des contrôles, de quelques minutes à quelques secondes.” Et ce gendarme polytechnicien, spécialiste du numérique, de remarquer par exemple que les outils Neogend permettent de contrôler en quelques minutes un car de voyageurs. De nouvelles applications sont encore attendues. Avec, à terme, l’espoir de pouvoir saisir une plainte sur les lieux même d’un fait, évitant ainsi par exemple à une victime un fastidieux déplacement dans un commissariat ou une brigade.

Pierre-Marie Giraud, Matthieu Guyot, et Gabriel Thierry

Eric Ciotti : ” Sans surprise, la montagne a accouché d’une souris

Dans un communiqué,  Eric Ciotti, “le monsieur sécurité” des Républicains, député des Alpes-Maritimes, estime que “le dispositif  présenté ne répond ni aux attentes des policiers, ni à celles des Français. Loin d’être une grande réforme ambitieuse, c’est en réalité un dispositif cosmétique. Le seul moyen de faire reculer la délinquance c’est de faire condamner les délinquants. Dans un contexte propice à une refonte ambitieuse de la sécurité publique face au malaise profond qui touche nos forces de l’ordre devenues les cibles d’une délinquance de plus en plus violente, le gouvernement avait l’occasion d’engager un véritable tournant : cette PSQ dévoilée après un long teasing se révèle comme une énième occasion manquée sur le front de la sécurité. Le ministre n’a annoncé aucun volet budgétaire et aucun effectif supplémentaire pour accompagner ces mesures qui devront s’appuyer sur les moyens existants. Pour nos policiers il faudra donc faire plus, sans moyens supplémentaires ! C’est mission impossible. Diluer les effectifs de police sur tout le territoire peut être rassurant pour certains citoyens, mais le redéploiement prévu par le ministre se fera au détriment du travail d’investigation et d’interpellation des policiers. Nous avons donc assisté à une simple opération de communication et il faudra juger sur pièce les résultats éventuels. Mais la mise en œuvre de cette “PSQ” sur 30 quartiers prioritaires ressemble surtout à une copie des zones de sécurité prioritaire (ZSP) créées par François Hollande. Les vraies réponses sont naturellement d’une autre ampleur. Le véritable enjeu est de réarmer l’Etat et de redonner les moyens à nos forces de l’ordre pour qu’ils accomplissent leur travail. Il faut enfin réhabiliter la sanction pénale et mettre le paquet sur le judiciaire, sans quoi ces effets d’annonce n’auront aucun résultat concret dans la réalité quotidienne des Français.”

3 Commentaires

  1. La fin des procurations. Il y en a eu des promesses depuis les années 80. Alors je pense que tous les GD ne croient plus aux annonces. Et pourtant la dernière émanait de Nicolas Sarkozy président de la République.

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