vendredi 22 juin 2018
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Gendarmes mobiles à Paris en 2016 (Crédit: MG/L'Essor)
Gendarmes mobiles à Paris en 2016 (Crédit: MG/L'Essor)

Les mobiles en surchauffe. Le pouvoir politique leur demande trop!

Illustration (MG/L’Essor).

Les compagnies républicaines de sécurité et les escadrons de gendarmerie mobile sont engagés sur de nombreux fronts. Trop, en réalité, par rapport au plafond d’emploi fixé, ce qui fait craindre un risque de surchauffe. “Les unités de forces mobiles sont engagées quasiment à leur capacité maximale”, reconnaît-on à l’Intérieur en marge d’un déplacement de Gérard Collomb au centre national d’entraînement des forces de la Gendarmerie de Saint-Astier (CNEFG), ce vendredi 8 juin.

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Dans la Police, on a compté ainsi 44 compagnies républicaines de sécurité mobilisées en moyenne, pour un plafond d’emploi fixé à 40. Pendant l’opération Notre-Dame-des-Landes, selon l’association Gendarmes et citoyens, ce sont 70 escadrons de gendarmerie mobile qui ont été engagés chaque jour sur les 109 que compte l’arme. Une surchauffe qui, paradoxalement, a finalement peu à voir avec une augmentation des manifestations.

Forces d’appoint

Le maintien de l’ordre, le cœur de métier des gendarmes mobiles, s’est métamorphosé en temps partiel. Ces opérations représentent aujourd’hui seulement moins de 20% des tâches confiées aux gendarmes mobiles. La lutte contre l’immigration illégale, les opérations de sécurisation ou d’autres missions accaparent près de 80% du temps des gendarmes mobiles. Ce qui explique qu’aujourd’hui les trois-quarts des engagements des gendarmes mobiles se situent dans la zone de compétence de la Police nationale!

“Depuis une quinzaine d’années, les forces mobiles sont de plus en plus engagées pour des missions de sécurisation ou comme forces d’appoint pour prévenir les violences urbaines, sans compter, depuis les attentats, les missions de surveillance des lieux à risque ou une mobilisation plus élevée suite à la multiplication des manifestations sociales”, explique à L’Essor Christophe Soullez, le chef de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.

Notre Dame des Landes
Barricades à Notre-Dame-des-Landes (Photo d’illustration Gendarmerie Nationale).

Dès lors, chaque opération d’ampleur pose la question de la mobilisation des effectifs. Une manœuvre comme celle de Notre-Dame-des-Landes n’a ainsi été possible qu’à la suite d’une gestion fine. Les gendarmes mobiles ont dû faire une croix sur “un certain nombre de créneaux de formation”, explique la Place Beauvau. Et le gouvernement a également mobilisé les armées. Les troupes de Sentinelle, invitées à reprendre temporairement certaines missions de sécurisation des forces mobiles, ont permis à ces dernières de se concentrer sur cette opération d’évacuation délicate.

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Diminuer la pression

Faute d’une hypothétique augmentation des effectifs de gendarmerie mobile, il n’existe aujourd’hui qu’un seul moyen pour diminuer ce taux d’emploi très élevé. C’est, explique un haut-gradé de la Gendarmerie, “en diminuant la pression missionnelle”, en recentrant les forces mobiles sur leur cœur de métier, le maintien de l’ordre. “Une réflexion plus stratégique sur l’intérêt de l’utilisation des forces mobiles en matière de lutte contre les violences de type urbaines pourrait être utilement engagée”, abonde Christophe Soullez.

Photo d’illustration (L’Essor).

 Pour permettre aux gendarmes mobiles de prendre leurs permissions, les escadrons sont récemment passés en “configuration bravo”. Ils partent en mission à trois pelotons et non plus quatre pour faciliter la prise des congés. “Il ne faudra pas que cette configuration se perdure et devienne un argument économique”, s’inquiète auprès de L’Essor Ludovic Lacipière, de l’association professionnelle Gendarmes et citoyens. Cet été, il devrait également y avoir moins de gendarmes mobiles engagés par rapport aux années précédentes pour compenser leur investissement du printemps.

Une pause bienvenue qui sitôt posée, risque d’être vite oubliée. Les préfets plébiscitent en effet les renforts de forces mobiles, des effectifs pouvant facilement être déplacés d’un territoire à un autre. Un secours appréciable pour prévenir tout incident lors d’une visite ministérielle, par exemple. “Je les vois mal se passer de l’apport des forces mobiles, observe Christophe Soullez. L’une des seules marges de manœuvre serait de parvenir à résister à des demandes préfectorales parfois inopportunes et mal évaluées.” Avec l’affaiblissement du renseignement territorial, les préfets naviguent parfois à vue. L’accalmie semble du coup bien lointaine pour les forces mobiles.

Gabriel Thierry

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