mardi 17 septembre 2019
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Un système de cartographie de crise mis au point par la Gendarmerie

Le stade des Lumières à Lyon et trois autres stades (Bordeaux, Toulouse et Saint-Etienne) placés sous la protection de la Gendarmerie durant l’Euro 2016, sont désormais orthophotographiés. Ces images aériennes sont rectifiées géométriquement pour les utiliser comme des cartes géographiques. Ces cartes sont réalisées grâce au tout nouveau système de cartographie de crise (SC2) créé par deux officiers du Centre de planification et de gestion de crises (CPGC). Numériques, actualisées et personnalisables, elles peuvent être imprimées sur papier.

Les concepteurs du SC2. Les lieutenants-colonels Thibault Lucazeau (à g.auche) et Christophe Blanc (à droite)
Les concepteurs du SC2. Les lieutenants-colonels Thibault Lucazeau (à gauche) et Christophe Blanc (à droite). Crédit : ND.

Le système est double. « Nous avons développé un module terre et un module air », explique le lieutenant-colonel Thibault Lucazeau. Le module « air » comprend le matériel de prise de vue et de contrôle des déclenchements photographiques installé dans « pod ». Ce caisson de 14 kilos est fixé en moins de dix minutes sur la barre multifonctions de l’hélicoptère de type EC-135 ou EC-145. Les clichés sont stockés sur une tablette avec les informations de localisation et d’inclinaison de l’appareil.

Quant au module « terre », il se compose du logiciel cartographique et de l’imprimante capables de réaliser une carte à chaque minute sur un support papier ou un support indéchirable avec une encre dite « solide » qui résiste à l’eau. Pour un coût moitié moindre à celui d’une carte IGN vendu dans le commerce.

Orthophotographie du stade des Lumières à Lyon, zone placée sous la protection de la Gendarmerie dans le cadre de l’Euro 2016
Orthophotographie du stade des Lumières à Lyon, zone placée sous la protection de la Gendarmerie dans le cadre de l’Euro 2016. Crédit : ND.

Une enveloppe de 100.000 euros décrochée pour le projet

Les lieutenants-colonels Thibault Lucazeau et Christophe Blanc sont partis du constat qu’en temps de crise, la carte est généralement obsolète et que l’image satellite de l’IGN (Institut géographique national), bien que très précise, tarde souvent à venir. « A chaque fois que vous arrivez sur un crash, un technival ou autre, la carte ne correspond plus à la réalité », affirme Thibault Lucazeau.

Dès juillet 2013, les deux officiers, travaillant dans le même bureau du service de la planification, se mettent à imaginer un système cartographique.

Pour mener à bien leur projet, ils décrochent une enveloppe de 100.000 euros de la mission innovation défense (MID ), un fond alimenté par le ministère de la Défense et la Direction générale de l’armement (DGA) pour encourager les innovations en interne. Le projet sera mis en œuvre en deux ans en partenariat avec une petite PME française, L’Avion jaune, basée près de Montpellier.

Ce système pourrait également être utilisé par les armées.

« On a fait les premiers vols de qualification en mai 2015 et le système est devenu opérationnel en octobre de la même année », raconte le lieutenant-colonel Blanc. Le système, d’un coût de 140.000 euros, a déjà été utilisé lors d’une douzaine de missions opérationnelles en six mois, comme à Calais.

Rapidité, souplesse, efficacité 

Principal atout du SC2 : la rapidité de fabrication des cartes. «Entre le moment où on arrive au pied de l’hélicoptère, où l’on fixe le POD, et le moment où on sort la carte, il y a moins de quatre heures », détaille Thibault Lucazeau. L’appareil peut couvrir des zones allant jusqu’à 200 km2 avec une résolution moyenne d’un pixel pour 20 cm, ce qui permet, par exemple, d’identifier un véhicule. Pour cela, l’hélicoptère vole à 3.200 pieds (1.000 mètres).

Cette rapidité de tirage de la carte se double d’une grande souplesse dans la personnalisation de la carte numérique. « Automatiquement, via notre logiciel, nous venons apposer un carroyage (technique de quadrillage) sur la carte qui devient ainsi un outil opérationnel au service des gendarmes », ajoute l’officier. Le nom des rues vient également s’afficher sur le plan.

Sur la tablette, le rectangle rouge représente la zone à cartographier. Cette dernière est corrélée avec le pilotage automatique de  l’hélicoptère.
Sur la tablette, le rectangle rouge représente la zone à cartographier. Cette dernière est corrélée avec le pilotage automatique de l’hélicoptère. Crédit : ND.

Combiné au logiciel Obsgraphique de la Gendarmerie, développé là aussi en interne par le CPGC, plus de 400 icones peuvent être insérées sur la carte. Le commandant de brigade pourra donc s’aider de cet outil pour sécuriser des axes de circulation, tandis que l’état-major anticipera d’éventuels besoins de renforts dans des zones bien précises ou de tracer les limites d’une opération.

Une carte pour le centenaire de la Bataille de la Somme qui aura lieu en juillet est déjà prête. Des zooms avec les emplacements majeurs de la cérémonie ont été extraits pour davantage de visibilité, notamment le mémorial où aura lieu la cérémonie principale.

Une fois réalisées, toutes ces cartes sont mises à disposition sur le réseau interne de la Gendarmerie. Libre à chacun de les télécharger.

Carte réalisée pour le Centenaire de la Bataille de la Somme en juillet. Zoomés, les lieux des principales cérémonies ont été extraits.
Carte réalisée pour le Centenaire de la Bataille de la Somme en juillet. Zoomés, les lieux des principales cérémonies ont été extraits. Crédit : ND.

Le prototype réalisé par les deux officiers est actuellement en phase d’industrialisation. D’ici la fin de l’année, six modules terrestres et trois pods aéronautiques équiperont le Centre de planification de gestion de crises. Par la suite, le SC2 pourrait éventuellement être intégré dans le dispositif numérique NeoGend qui vise à équiper chaque gendarme en tablettes et smartphones d’ici 2017.

Nathalie DELEAU

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