mardi 24 novembre 2020
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Traitement des prélèvements ADN à l'IRCGN (Photo d'illustration - MG/ESSOR)
Traitement des prélèvements ADN à l'IRCGN (Photo d'illustration - MG/ESSOR)

Puisseguin : le jour d’après, le temps du deuil et de l’enquête

Le recueillement, la solidarité avec les familles, étreignaient samedi plusieurs villages endeuillés de Gironde, au lendemain de la collision qui a fait au moins 43 morts, pour la plupart des personnes âgées, mais aussi un enfant, tandis que les gendarmes s’attelaient à l’identification des victimes et à tenter de percer les causes de l’accident.

Samedi matin, plus de 24 heures après le terrible drame, le bilan définitif restait incertain, un doute subsistant sur le nombre — 41 ou 42– de personnes décédées à bord de l’autocar, aucune liste officielle n’étant à la disposition des enquêteurs. Si la seconde hypthèse devait se vérifier, le bilan s’alourdirait à 44 morts.

Sur les huit rescapés, quatre blessés restaient hospitalisés samedi, trois au CHU de Bordeaux dont un en soins intensifs, et un à l’hôpital de Libourne. Plus aucun pronostic vital n’était engagé, selon la préfecture.

L’enquête est entrée dans sa phase active: des hommes de l’unité spécialisée de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), s’attelaient à la difficile identification des corps calcinés.

Comme dans un crash aérien

Quatre premiers corps — deux retrouvés dans le camion, le chauffeur et son fils de trois ans, ainsi que deux corps dans l’autocar– ont été extraits et transférés vers l’Institut médico-légal de Bordeaux L’identification formelle des victimes pourrait prendre jusqu’à “trois semaines”, a indiqué un responsable de l’IRCGN.

Sur le site de la collision, une équipe d’identification d’une vingtaine de personnes, en combinaisons blanches, s’affairait à la mi-journée, marquant d’étiquettes numérotées les pièces recueillies, parvenue à quelque 300 mètres de la collision. “Ils vont travailler corps par corps, de manière très méthodique”, en s’attachant notamment aux relevés dentaires et ADN, a indiqué le colonel Ghislain Réty, commandant du Groupement de gendarmerie de Gironde.

Ces experts travaillent “comme dans le cadre des accidents d’avion”, a-t-il précisé. Certains ont d’ailleurs travaillé sur la catastrophe de l’avion de la compagnie allemande Germanwings dans les Alpes le 24 mars et l’accident de l’appareil d’Air Algérie au Mali en 2014.

L’enjeu est aussi de déterminer le nombre de personnes qui se trouvaient à bord de l’autocar, car la seule “liste officielle”, qui était dans le bus, a brûlé.

“Besoin de se sentir ensemble”

Lundi étaient attendus des experts en accidentologie, en incendie, ainsi qu’en informatique pour exploiter des enregistreurs. Car les enquêteurs ont récupéré les “chrono-tachygraphes” dans le camion et de l’autocar, ces enregistreurs de divers paramètres comme vitesse et temps de parcours.

Mais ces enregistreurs sont “fortement carbonisés et endommagés”. “On ne peut pas se prononcer sur le résultat de leurs examens”, a précisé le colonel Patrick Touron de l’IRCGN.

La rapidité de l’embrasement est aussi une question pendante. “Le feu a démarré tout de suite. C’était comme un éclair”, se souvient Jean-Claude Leonardet, 73 ans, l’un des rares rescapés qui a réussi à sortir du car:  “On est retourné pour tirer deux personnes qui étaient coincées dans les marches et n’arrivaient pas à sortir”. Ensuite, “on n’a pas pu y retourner car le feu et la fumée envahissaient tout. Ça pétait de partout: les pneus, les vitres…”, a-t-il raconté au Parisien.

Dans les communes touchées par le drame, une journée de recueillement solidaire se déroulait dans le calme, Puisseguin offrant un contraste impressionnant avec le tourbillon de la veille, entre ambulances, voitures de gendarmes.

Le préfet d’Aquitaine et de Gironde, Pierre Dartout, y a réuni en fin de matinée les maires de huit communes, en présence de gendarmes, pour faire un point sur les investigations, et coordonner le soutien aux familles.

Dans la chapelle ardente, toute symbolique car sans corps, installée depuis vendredi soir dans le foyer municipal, des roses blanches ont été déposées sur 43 tonneaux recouverts d’un linceul blanc, une bougie allumée sur chacun d’eux. Dès 09H00 une première famille est venue se recueillir, une jeune femme effondrée soutenue par deux proches, alors que la presse était tenue à l’écart du foyer.

Une marche dimanche après-midi 

A Petit-Palais-et-Cornemps, à 7 km, une des communes qui a perdu le plus d’habitants, un psychiatre arrivait à la salle polyvalente du village, muée en cellule médico-psychologique, afin de “recevoir les familles qui le souhaitent”. Lors de tels drames, “c’est souvent important de réunir les gens en groupe, car ils partagent un récit commun de ce qui s’est passé et cela peut les aider à faire face au deuil”, a expliqué le Dr François Castandet, du Pôle psychiatrie de l’Hôpital de Libourne.

“On a besoin de se sentir tous ensemble, de se dire qu’on n’est pas tout seuls”, déclarait Jéremie Bessard, conseiller municipal, ajoutant qu’une marche, devrait avoir lieu dans le village dimanche après-midi.

L’accident s’est produit vers 07H30 sur la commune de Puisseguin, sur la Départementale 17. Selon les premiers éléments, le camion était en portefeuille en travers de la route quand le bus l’a percuté, dans une courbe. Les deux véhicules se sont embrasés très rapidement.

L’accident est le plus meurtrier en France depuis celui de Beaune (Côte d’Or) en 1982, qui avait coûté la vie à 53 personnes, pour la plupart des enfants.

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