mardi 29 septembre 2020
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Manoeuvres avec le bouclier au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier en Dordogne. Photo d'illustration M.G/L'Essor).
Manoeuvres avec le bouclier au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier en Dordogne. Photo d'illustration M.G/L'Essor).

Mort de Rémi Fraisse : la piste d’une grenade des gendarmes privilégiée

L’enquête sur la mort de Rémi Fraisse, dimanche sur le site du barrage contesté de Sivens, privilégie la thèse d’un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes, après la découverte de traces de TNT sur ses vêtements. “On a retrouvé des traces de TNT sur certains scellés provenant des effets vestimentaires de la victime”, a annoncé mardi, le procureur d’Albi, Claude Dérens.

Ces résultats d’analyses “orientent donc l’enquête puisque la mise en œuvre d’un explosif militaire de type ‘grenade offensive’ semble acquise au dossier”, a dit le magistrat. “Le TNT figure en effet dans la composition des charges des grenades lacrymogènes ou offensives utilisées par les gendarmes”, a précisé le procureur, lisant une déclaration écrite.

En résumé, l’enquête “ne peut donc aujourd’hui exclure le rôle de la grenade offensive jetée depuis la redoute où s’étaient retranchés les gendarmes dans la nuit de samedi à dimanche”, lorsqu’ils affrontaient des opposants au projet de barrage, à Lisle-sur-Tarn.

Le parquet de Toulouse saisi

Le corps de Rémi Fraisse, 21 ans, avait été récupéré par les forces de l’ordre, dimanche à 2h du matin, sur le lieu des heurts. Le procureur d’Albi a annoncé qu’il se dessaisissait du dossier au profit du parquet de Toulouse. C’est en effet du ressort du pôle criminel de Toulouse d’instruire des faits commis par des militaires de la Gendarmerie, dans le Tarn.

Réagissant à la déclaration du procureur, Me Arié Alimi, avocat de la famille de Rémi Fraisse, a déclaré : “L’hypothèse que nous soutenions depuis hier (lundi) se confirme. C’est bien une grenade offensive qui a été délibérément utilisée par les gendarmes dépendant du ministère de l’Intérieur et du ministère public”. “A la tragédie vécue par Rémi, et ses parents et ses proches, s’ajoute un véritable scandale sans précédent dont chacun devra tirer les conséquences, pour que plus jamais la violence d’État, sous toutes ses formes, ne puisse trouver encore à s’exercer”, a-t-il ajouté.

L’avocat a confirmé avoir déposé deux plaintes: l’une pour “homicide volontaire” et l’autre pour “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner”.

Appel au calme des parents

Il a de plus diffusé une déclaration des parents de Rémi qui appellent à “ne pas répondre à la violence par la violence”. Ils refusent de s’exprimer directement ou plus amplement pour l’instant. Les accusations de “violences policières” avaient suscité une vague de manifestations, et parfois des heurts, lundi soir dans plusieurs villes de France dont Albi. Un rassemblement avait été prévu mardi en fin d’après-midi à Gaillac (Tarn). Mais aucun militant ne s’y trouvait vers 17H30. Interrogé sur la possibilité d’une “bavure” de la Gendarmerie, le procureur a répondu: “Non, à mon avis, non. Mais ça, c’est l’enquête qui le déterminera”.

M.Valls défend l’action des policiers et des gendarmes

Dans sa première réaction après la mort, en milieu de journée, le président François Hollande avait promis “toute la vérité, sur ce qui s’est passé”. Prônant “l’apaisement”, le chef de l’État a appelé à “une responsabilité que chacun doit avoir, dans son expression” face au décès, une allusion à la charge sonnée par les écologistes.

Le Premier ministre Manuel Valls a affirmé qu’il “n’accept(ait) pas les mises en cause (…) à l’encontre du ministre de l’Intérieur” et a défendu “l’action des policiers et des gendarmes”, appelant à “la décence et la tempérance”. Le député européen José Bové avait accusé Bernard Cazeneuve : “Il est évident que le ministre de l’Intérieur a la responsabilité. Pourquoi mettre des policiers sur ce site alors qu’il n’y a rien à protéger? C’est une provocation”, a-t-il déclaré. La députée écologiste Cécile Duflot, ex-ministre du Logement, a qualifié la mort du manifestant de “tache indélébile sur l’action du gouvernement”.

“Provocation policière” 

Mardi matin, sur le site de la retenue d’eau en chantier, un opposant qui a participé à la contestation contre le nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, évoquait l’hypothèse qu’une grenade assourdissante ou désencerclante lancée par les gendarmes ait pu s’être coincée entre le dos de Rémi et son sac à dos, avant d’exploser.

L’opposant dénonçait par ailleurs une “provocation policière”: “Ils ont envoyé des forces de l’ordre pour protéger un grillage et un Algeco vide”, ajoutait-il sous couvert de l’anonymat. Quant à Rémi Fraisse, plusieurs témoins assuraient de son pacifisme. L’association France Nature Environnement a indiqué que “Rémi était un jeune bénévole actif au sein d’un groupe botanique”, qui “suivait la flore protégée en Haute-Garonne où il assurait la coordination du suivi de la renoncule à feuille d’ophioglosse”.

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