mardi 20 octobre 2020
Accueil / L'actualité Mayotte / Mayotte : procès aux assises d’un gendarme ayant blessé un enfant au flashball
Justice (Photo Matthieu GUYOT/Essor)
(Photo/MG/Essor).

Mayotte : procès aux assises d’un gendarme ayant blessé un enfant au flashball

Le procès d’un gendarme accusé d’avoir blessé un enfant de 9 ans, qui a perdu un œil à la suite d’un tir de flashball lors des violentes manifestations contre la vie chère en 2011, s’est ouvert jeudi devant les assises à Mayotte. L’accusé, placé sous contrôle judiciaire depuis les faits, a comparu libre au tribunal de Mamoudzou pour ce “premier tir de flashball jugé aux assises en France”, selon l’avocat de la défense, Me Laurent-Franck Liénard. Jusqu’à présent, les procès pour des tirs de flashball par des forces de l’ordre s’étaient tenus en correctionnelle, comme à Nantes en 2012 ou Bobigny le 5 mars.

Poursuivi pour “violences aggravées ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente” sur un mineur de moins de 15 ans, Boris Roumiantseff encourt 15 ans de réclusion criminelle. Agé maintenant de 12 ans, le jeune Nassur, la victime, était présent à l’audience, entouré de ses parents, frères et sœurs.

De septembre à novembre 2011, de nombreux Mahorais s’étaient mobilisés pour dénoncer la vie chère dans leur tout jeune département. Érection de barrages routiers, affrontements avec les forces de l’ordre: la tension était alors vive sur l’île. Le 7 octobre 2011, l’adjudant Roumiantseff était mobilisé sur le site portuaire de Longoni dans le nord de l’île pour débloquer la circulation et sécuriser le lieu.

A l’arrivée de son escadron, une dizaine de jeunes s’étaient enfuis. L’un des enfants, Nassur, s’était baissé et avait ramassé une pierre. Le militaire, qui a déclaré avoir voulu protéger son supérieur, avait prononcé les sommations d’usage puis tiré au flashball, touchant le garçonnet à l’oeil droit, causant hémorragies, fractures multiples puis perte totale de l’oeil qui a du lui être retiré.

A l’audience, Nassur a donné une autre version des faits. “Ce jour là on était quatre, on se baignait, on a vu les gendarmes arriver”, a-t-il raconté d’une voix fluette et très calme. Il raconte avoir eu peur de prendre la fuite. Allait-il lancer une pierre ? “Non, j’étais debout”, a assuré l’adolescent, qui porte à présent des lunettes avec un verre teinté du côté de l’oeil perdu. Il a réfuté s’être accroupi pour ramasser un projectile. Le collégien, scolarisé en classe de 6e, a aussi démenti s’être rendu au barrage érigé sur la route, surplombant la plage où il était avec ses amis.

L’audience s’est penchée sur la personnalité du gendarme, âgé de 34 ans, au parcours professionnel exemplaire, apprécié de ses supérieurs et déjà récompensé pour ses états de service en Guyane. “J’admets que je ne suis pas infaillible”, a-t-il déclaré à la barre, après la lecture d’un compte-rendu d’expertise psychologique signalant un excès de confiance en soi, mais soulignant aussi qu’il était “touché par le handicap qu’il a provoqué”.

Très ému, sanglotant à plusieurs reprises, Boris Roumiantseff a raconté que l’affaire avait provoqué sa rupture avec sa compagne. Comment vit-il ces trois dernières années ? “Je le vis très mal, c’est une véritable épreuve judiciaire”, a-t-il dit.

Le procès devrait se terminer vendredi soir.

Crowdfunding campaign banner

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Gratuit : la newsletter de "l'Essor"!

Recevez chaque semaine notre newsletter " Rue Bleue " : des articles inédits, une veille sur la presse et des informations pratiques

Votre inscription est réussie ! Pensez à confirmer cette inscription dans le mail que vous allez recevoir. Merci.